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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400799

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400799

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, M. B C A, représenté par Me Malabre, avocat, demande au juge des référés :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision d'un montant global de 26 961,53 euros, subsidiairement de 26 761,53 euros, outre intérêts au taux légal à compter du 23 février 2024, et capitalisation annuelle de ces derniers en réparation des troubles dans ses conditions d'existence, du préjudice moral et du préjudice matériel qu'il a subis du fait, d'une part, du refus de délivrance de tout titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination en date du 15 juin 2023, et du délai anormal d'admission au séjour et au travail ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les sommes de 960 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, et de 1 440 euros à lui-même en application dudit article L. 761-1.

M. A soutient que :

- les décisions en cause ont été annulées par un jugement du Tribunal n° 2301282 du 9 novembre 2023 ; l'illégalité de ces décisions constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;

- le refus d'admission au séjour était de surcroît illégal pour être intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière et d'un examen insuffisant, d'une méconnaissance par le préfet de l'étendue de ses compétences, être insuffisamment motivé et être entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- l'admission au séjour accordée finalement le 1er mars 2024 pour exécuter le jugement du 9 novembre 2023 est intervenue, en l'absence de toute circonstance particulière, au terme d'un délai anormalement long et supérieur à celui imparti ;

- ces fautes ont entraîné pour lui un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, ainsi qu'un préjudice matériel résultant de la perte de ses revenus professionnels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la demande.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête n° 2400799 est irrecevable, dès lors qu'elle est identique à la requête n° 2400553 enregistrée le 2 avril 2024 ;

- à titre subsidiaire, la demande n'est pas fondée.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 14 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs du juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant. Il en découle qu'il appartient au demandeur d'apporter tous les éléments utiles à l'appui de la démonstration de l'existence, de la nature, de la consistance et du montant de la créance dont il se prévaut.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet à la demande :

2. M. B C A, ressortissant pakistanais né le 7 juin 1994 à Gujrat, est entré en France au mois de septembre 2010 alors qu'il était mineur. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance. Il s'est vu délivrer, à compter du mois de juin 2012, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", renouvelée jusqu'au mois de juin 2017. Sa dernière demande de renouvellement en date, le 22 juin 2017, alors qu'il était incarcéré en vertu d'une condamnation par la cour d'assises d'appel de la Corrèze en date du 19 mai 2017 à une peine d'emprisonnement de trois ans, dont un avec sursis, assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans, a été rejetée par un arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 29 décembre 2017, portant également obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'intéressé. Le recours de M. A contre ces décisions a été rejeté en dernier lieu par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux n° 18BX02351 du 31 décembre 2018. Le 25 janvier 2021, M. A a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail. Par un arrêté du 15 juin 2023, au vu d'un avis favorable de la commission du titre de séjour en date du 6 juillet 2022, la préfète de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2301282 du 9 novembre 2023, le tribunal administratif a annulé l'ensemble de ces décisions au motif qu'elles étaient entachées d'une erreur d'appréciation de la situation de l'intéressé au regard de l'atteinte à l'ordre public, leur motif principal, et a enjoint à l'administration de réexaminer la demande. Mis en possession d'un récépissé, l'autorisant à travailler, le 15 janvier 2024, M. A a finalement été doté d'une carte de séjour temporaire valide du 14 février 2024 au 15 février 2025. Par un courrier en date du 23 février 2024 reçu par l'administration le 26 février 2024, M. A a demandé l'indemnisation des préjudices qu'il soutient avoir subis du fait du refus d'admission au séjour du 15 juin 2023 à hauteur de 50 000 euros. Sa demande a été rejetée explicitement par une décision du 22 mars 2024. Par une requête enregistrée le 2 avril 2024 sous le n° 2400553, M. A a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la condamnation de l'Etat à lui verser une provision d'un montant global de 26 961,53 euros à titre principal. Par une ordonnance n° 2400553, en date du même jour que la présente ordonnance mais antérieure, le juge des référés a statué sur la demande, en condamnant l'Etat à verser à M. B C A une somme de 3 000 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 23 février 2024, à titre de provision sur la réparation de l'ensemble de ses préjudices, a statué sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

3. Par la présente requête, enregistrée le 3 mai 2024 sous le n° 2400799, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la condamnation de l'Etat à lui verser une provision d'un montant global de 26 961,53 euros à titre principal, à valoir sur la réparation des mêmes préjudices, dont dans leur montant, en faisant valoir des moyens strictement identiques, tels que visés ci-dessus. Dans ces conditions, la requête n° 2400799, qui met en cause les mêmes parties, est identique dans sa cause et son objet à la requête n° 2400553 sur laquelle il a été intégralement statué, par une ordonnance qui par son fondement n'est pas revêtue de l'autorité de chose jugée. Il suit de là qu'à la date de la présente ordonnance l'objet de la demande n° 2400799 a disparu, en cours d'instance. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Dans les circonstances particulières de l'espèce, l'Etat ne pouvant être regardé en tout état de cause comme partie perdante à la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à sa charge à ce titre. Les conclusions de la demande tendant à ce que soient mises à la charge de l'Etat les sommes de 960 euros à verser au conseil de M. A et de 1 440 euros à lui-même ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu à statuer sur la demande de provision n° 2400799 de M. A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer. Une copie pour information en sera adressée au préfet de la Haute-Vienne et à Me Malabre.

Limoges, le 25 juillet 2024.

Le juge des référés,

D. JOSSERAND-JAILLET

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

A. BLANCHON

No 2400799

lg

N°2400799

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