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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400805

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400805

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2024, M. A C, représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait rétroactivement faire application des dispositions de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation juridique était née avant l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2024 ;

- le préfet de la Corrèze a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français accordant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :

- ces décisions sont entachées d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent ;

- elles sont entachées d'erreur de droit, le préfet n'ayant pas exercé son pouvoir d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chambellant a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien, né en 1988, est entré irrégulièrement en France le 3 septembre 2020, selon ses déclarations. Le 5 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 février 2024, le préfet de la Corrèze a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, dans son courrier du 5 octobre 2023 adressé au préfet de la Corrèze, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Quand bien même il n'avait pas précisé les dispositions législatives ou réglementaires qu'il entendait invoquer, les éléments susmentionnés étaient suffisamment précis pour caractériser une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la demande. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Corrèze, dans sa décision du 21 février 2024, s'est borné à examiner la demande de titre de séjour de M. C sur le fondement des articles L. 312-2, L. 421-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans examiner la demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. Il s'ensuit que le refus de titre de séjour opposé à M. C est entaché d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen de la demande de titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 du même code et formulée le 5 octobre 2023. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision portant refus d'un titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2024 en tant qu'il lui a refusé le séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Le présent jugement implique seulement, au regard du motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, la somme que demande M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a rejeté la demande de titre de séjour de M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois, a fixé le pays à destination est annulé.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Marty et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

J. CHAMBELLANT

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. B

lg

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