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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400821

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400821

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400821
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 2

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 8 et 14 mai 2024, Mme A C, représentée par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de la reloger en tenant compte de ses besoins et capacités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle a fait l'objet d'une ordonnance d'expulsion suite à un impayé de loyer et d'un commandement de quitter les lieux ; elle a trois enfants à charge et est bénéficiaire du revenu de solidarité active ;

- alors que par une décision du 21 septembre 2023, la commission de médiation du département de la Haute-Vienne l'a reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence, aucune solution de relogement ne lui a été proposée depuis par les services de la préfecture ;

- possédant un véhicule et disposant d'un permis de conduire, elle accepterait une proposition adaptée dans les secteurs de l'agglomération de Limoges tels que Panazol, Feytiat ou Landouge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que tous les partenaires mobilisés pour reloger Mme C ont fait le nécessaire pour trouver un logement en adéquation avec les besoins et les capacités de la famille et que la requérante, par son manque de sincérité sur sa situation, fait elle-même obstacle à son relogement.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à laquelle le préfet de la Haute-Vienne n'était ni présent ni représenté par un agent mandaté :

- le rapport de M. Normand,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure public,

- et les observations de Me Marty, représentant Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / Le demandeur peut être assisté par les services sociaux, par un organisme bénéficiant de l'agrément relatif à l'ingénierie sociale, financière et technique prévu à l'article L. 365-3 ou par une association agréée de défense des personnes en situation d'exclusion. / Ce recours est ouvert à compter du 1er décembre 2008 aux personnes mentionnées au deuxième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 et, à compter du 1er janvier 2012, aux demandeurs mentionnés au premier alinéa du même II. / En l'absence de commission de médiation dans le département, le demandeur peut exercer le recours mentionné à l'alinéa précédent si, après avoir saisi le représentant de l'Etat dans le département, il n'a pas reçu une offre tenant compte de ses besoins et de ses capacités dans un délai fixé par voie réglementaire. Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. () / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l'article L. 300-2. ". Aux termes, par ailleurs, de l'article R. 441-16-1 du même code : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

2. Il résulte des dispositions précitées que le juge, saisi sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, s'il constate qu'un demandeur de logement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d'urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités définis par la commission, doit ordonner à l'administration de loger ou reloger l'intéressé, sauf si celle-ci apporte la preuve que l'urgence a complètement disparu. Toutefois, un comportement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation qui serait de nature à faire obstacle à l'exécution de cette décision peut délier l'administration de l'obligation de résultat qui pèse sur elle. La seule circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, le bénéficiaire de cette décision n'ait pas renouvelé sa demande de logement social n'a pas, par elle-même, pour effet de délier l'Etat de l'obligation qui pèse sur lui d'en assurer l'exécution. Il n'en va ainsi que si cette absence de renouvellement résulte de l'exécution même de la décision de la commission de médiation ou si les faits qui l'ont motivée révèlent, de la part de l'intéressé, une renonciation au bénéfice de cette décision ou un comportement faisant obstacle à son exécution par le préfet.

3. Par une décision du 28 septembre 2023, la commission de médiation du département de la Haute-Vienne a reconnu Mme C comme étant prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type T3 ou T4. Le préfet de la Haute-Vienne disposait dès lors, en vertu de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, d'un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation, soit jusqu'au 28 décembre 2023, pour attribuer un logement à la requérante. Il est constant que, à la date du présent jugement, aucune proposition de logement n'a été faite à celle-ci.

4. Si le préfet fait valoir en défense que le manque de sincérité de la requérante sur sa situation, fait par lui-même obstacle à son relogement, dès lors notamment qu'il existe une incohérence entre la composition exacte de son foyer qui ne comprend pas seulement trois enfants mineurs comme elle l'avait déclaré auprès de la commission de médiation mais en réalité sept personnes dont ses frères défavorablement connus, d'une part, ces circonstances ne sont pas suffisamment établies, et d'autre part, le préfet de la Haute-Vienne n'établit pas que Mme C aurait volontairement dissimulé de tels éléments de fait à la commission de médiation à la date à laquelle celle-ci a statué. Il s'en suit que l'absence d'offre de logements faite à Mme C ne lui est pas imputable. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C aurait renoncé au bénéfice de la décision de la commission de médiation, de sorte que le préfet ne saurait utilement se prévaloir de la circonstance que la requérante n'a pas renouvelé sa demande de logement social ou qu'elle élargisse dans sa requête en injonction la liste des communes pour lesquelles elle demande l'attribution d'un logement.

5. Dans ces conditions, alors en outre que l'administration ne soutient pas que l'urgence à reloger Mme C ait disparu du fait de circonstances postérieures à la décision de la commission de médiation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de faire à l'intéressée une offre de logement correspondant à ses besoins et capacités, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur la demande d'astreinte :

6. En définissant, à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, un régime d'astreinte spécifique applicable à la procédure de mise en œuvre du droit au logement opposable, le législateur a nécessairement exclu que le juge puisse prononcer, dans le cadre de cette procédure, une astreinte sur le fondement des dispositions générales des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions tendant au versement d'une astreinte sur le fondement de ces dispositions sont rejetées.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir d'office l'injonction prononcée au point 5 de l'astreinte prévue à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

Sur les frais du litige :

8. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Marty, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du préfet de la Haute-Vienne le versement à Me Marty de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne d'attribuer à Mme C un logement de type T3 ou T4 tenant compte de ses besoins, dans l'une des communes du département de la Haute-Vienne, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2:L'Etat versera à Me Marty, avocat de Mme C, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Marty renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

N. NORMANDLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. D

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