vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400846 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mai et le 11 juin 2024, Mme C A, représentée par Me Ouangari, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre des frais de justice.
Elle soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
-il est entaché d'un vice d'incompétence.
Sur le refus de titre de séjour :
- la procédure suivie devant le collège médical de l'Ofii est irrégulière ;
- le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation et s'est cru à tort lié par l'avis du collège médical de l'Ofii ;
- la décision méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle contrevient à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixation du pays de renvoi :
- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle et d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elles méconnaissent les articles L. 611-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 6 juin et le 17 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martha a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de nationalité guinéenne née en 1993, est entrée irrégulièrement sur le territoire français, le 9 février 2019, selon ses dires. Elle a déposé une demande d'asile le 21 mars 2019, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 février 2020, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 20 avril 2021. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de l'admettre au séjour, l'a l'obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, à compter du 26 février 2024, d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-20287-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé, qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins, nommés par le directeur général de l'Ofii, auquel un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur qui ne siège pas au sein du collège, est préalablement transmis. A cet effet, l'article 1er de ce même arrêté prévoit que " le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".
6. D'une part, et tout d'abord, alors que le moyen tenant à l'irrégularité de la procédure de consultation du collège médical de l'Ofii n'est pas assortie de précisions, il ressort du bordereau de transmission de l'Ofii du 9 janvier 2024 et de l'avis du collège de médecins de l'Office du même jour que le rapport médical relatif à l'état de santé de Mme A a été établi le 20 décembre 2023 par un médecin qui n'a pas siégé au sein du collège qui a rendu l'avis selon lequel son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine.
7. Ensuite, si Mme A allègue que le préfet ne lui a pas remis le dossier comprenant la notice explicative l'informant de la procédure à suivre prévu par l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016, il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que cette omission, à la supposer même établie, l'aurait privé d'une garantie ou aurait exercé une influence sur le sens de l'avis ou de la décision dès lors que le collège des médecins a effectivement traité sa demande, au vu d'un rapport médical établi par un médecin instructeur.
8. D'autre part, pour prendre sa décision, le préfet de la Haute-Vienne s'est notamment fondé sur l'avis du collège médical de l'Ofii du 9 janvier 2024 selon lequel l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine.
9. Tout d'abord, il ne ressort pas des termes de la décision contestée ni d'aucune autre pièces du dossier que le préfet, qui a relevé qu'aucune des pièces transmises par Mme A ne venait contredire l'avis du collège médical de l'Ofii, se serait cru lié par l'avis de ce collège et n'aurait pas exercé son pouvoir d'appréciation.
10. Ensuite, pour remettre en cause l'appréciation portée par le préfet, Mme A, qui a levé le secret médical, indique en le justifiant qu'elle est porteuse d'une hépatite B chronique et qu'elle est suivie régulièrement au centre hospitalier universitaire de Limoges en maladies infectieuses. Toutefois, le seul certificat médical du 6 juin 2024 qu'elle produit, lequel émane d'un médecin généraliste, se borne à indiquer que cette pathologie fait l'objet " d'une surveillance régulière et étroite au CHU de Limoges [et] nécessite un suivi hospitalier régulier " n'est pas de nature, en l'absence de tout élément circonstancié quant à un traitement que suivrait Mme A pour cette pathologie et quant aux risques auxquels elle serait exposée en cas d'arrêt de ce traitement, pour remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur la base de l'avis du collège médical de l'Ofii. Par suite, Mme A, qui ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions citées au point 4.
11. En deuxième lieu, Mme A fait état de sa présence en France depuis 5 ans, de sa relation avec un compatriote guinéen avec lequel elle a eu deux enfants, respectivement nés en 2020 et en 2022. Toutefois, il n'est pas contesté que Mme A s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 9 février 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal. En outre, il ressort des pièces du dossier que son compagnon est également en situation irrégulière en France et n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 9 février 2022, dont la légalité a également été confirmée par le tribunal le 21 avril 2022. En outre, l'intéressée ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où la cellule familiale pourra se reconstituer. Dans ces conditions, et alors qu'ainsi que dit précédemment, il n'est pas établi que le défaut de prise en charge exposerait Mme A à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu son droit au respect de la vie privée et familiale tel qu'il est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 23 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A.
12. En dernier lieu, les deux enfants de Mme A, de nationalité guinéenne comme leurs parents, ont vocation à accompagner ces derniers en Guinée et pour le plus âgé poursuivre sa scolarité dans ce pays. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour qui lui a été opposée méconnaitrait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions portant la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de ces deux décisions doit être écarté.
14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, et alors qu'il ne ressort pas des termes de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet n'aurait pas examiné la situation personnelle de l'intéressée, le moyen tenant à l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision du préfet sur la situation personnelle et familiale de la requérante doit être écarté.
15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, laquelle a fixé une durée limitée à un an et est suffisamment motivée, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées aux fins d'injonction et en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique sont également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme C A, et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 2 juillet 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Crosnier, premier conseiller,
- M. Martha, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
Le rapporteur
F. MARTHA
Le président
D. ARTUS
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
La greffière,
M. B
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026