mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | OUANGARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 17 mai 2024, M. D A, représenté par Me Ouangari, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a prolongé son assignation à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter du lundi au vendredi à 10h00 au commissariat de police ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
En ce qui concerne le renouvèlement de son assignation à résidence :
- le préfet devra justifier qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire prise depuis moins de trois ans ;
- il n'est pas justifié des faits ayant donné lieu à l'obligation de quitter le territoire qui fonde la mesure d'assignation à résidence en litige ; le préfet n'a pu que commettre une erreur d'appréciation quant à sa situation ; il est soutenu par une dizaine de personnes qui apprécient son professionnalisme ;
- l'existence d'une perspective raisonnable à son éloignement n'est pas établie en méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il n'a pas reçu d'information sur les modalités d'exercice de ses droits ; cette information est donnée par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision, qui mentionne son droit d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation administrative ; cette information était primordiale car il peut se prévaloir de dispositions lui permettant d'obtenir un titre de séjour ;
- la nécessité de la mesure n'est pas établie, ni sa proportionnalité ; le préfet n'a ni exposé ni démontré en quoi il serait encore nécessaire de l'assigner à résidence si bien que la décision est entachée d'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de pointage :
- cette décision est nulle en raison de l'illégalité de la mesure d'assignation qui la fonde ;
- l'obligation de pointage n'est pas motivée ;
- le risque de fuite n'étant pas établi, la décision est entachée d'erreur de droit ;
- la nécessité et la proportionnalité de l'obligation de pointage ne sont pas établies, si bien que la décision est entachée d'erreur d'appréciation sur ce point au regard du contrat de travail dont il bénéficie.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 15 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1716 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Limoges a désigné Mme Gaullier-Chatagner, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,
- et les observations de Me Ouangari, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant de nationalité sierra-léonaise né en 1998, est entré en France au mois d'avril 2019 selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français et prolongation d'une interdiction de retour sur le territoire le 15 février 2024. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa décision du 14 mai 2024, cette même autorité a renouvelé pour la même durée la mesure d'assignation à résidence dont M. A faisait l'objet et lui a fait obligation de se présenter du lundi au vendredi au commissariat de police. M. A conteste cette décision.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle provisoire le 15 mai 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, M. C E, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision attaquée, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne le renouvèlement de la mesure d'assignation à résidence :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".
6. De première part, il ressort de la décision attaquée que pour justifier la prolongation de la mesure d'assignation à résidence attaquée, le préfet de la Haute-Vienne a relevé que l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français dont M. A a fait l'objet le 15 février 2024, et dont l'existence ainsi que la notification à M. A à la même date ressortent des pièces produites par le préfet, demeurait une perspective raisonnable, et d'autre part, que le laissez-passer consulaire nécessaire à son retour n'était pas encore délivré. Ainsi, le préfet de la Haute-Vienne a pu, sans erreur de droit ni erreur de fait, décider pour ces motifs le renouvèlement de la mesure d'assignation, laquelle constitue une mesure alternative au placement en rétention dès lors que l'intéressé présente des garanties de représentation suffisantes.
7. De deuxième part, en se bornant à soutenir que l' " on ignore " si son éloignement pourra être effectué à bref délai, le requérant ne fait état d'aucun élément permettant de contester le motif de la décision attaquée selon lequel l'exécution de l'obligation de quitter le territoire demeure une perspective raisonnable, alors que le préfet produit quant à lui un courrier du 25 mars 2024 par lequel il a sollicité des autorités consulaires un document transfrontalier permettant le retour de M. A dans son pays d'origine. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il est désireux de régulariser sa situation et que " le préfet n'a à aucun moment ne serait-ce qu'allégué, exposé et moins encore démontré en quoi il serait encore nécessaire d'assigner à résidence un étranger dont on connait parfaitement l'adresse ", le requérant ne démontre pas l'absence de nécessité et de proportionnalité de la mesure de renouvèlement en litige dans les circonstances de l'espèce. La disproportionnalité de la mesure ne résulte pas d'avantage de la production d'un contrat à durée indéterminée signé par le requérant le 1er décembre 2022 alors, d'une part, qu'il n'est pas démontré qu'une autorisation de travail aurait été délivrée pour ce contrat, et d'autre part que ce dernier prévoit une durée de travail de 15 heures par semaine réparties sur des demi-journées. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une perspective raisonnable d'exécution de la mesure et quant à la nécessité, aux diligences et à la proportionnalité de la mesure doivent être écartés.
8. En deuxième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée.
9. Il ressort de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination pris le 15 février 2024 par le préfet de la Haute-Vienne, sur lequel se fonde la décision attaquée, qu'il mentionne les voies et délai de recours et qu'il a été notifié le 15 février 2024 à 14h00 à M. A. En outre, le préfet de la Haute-Vienne indique sans être contredit sur ce point que cet arrêté n'a pas été contesté. Par suite, cet arrêt est devenu définitif et l'exception d'illégalité soulevée est irrecevable.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ".
11. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la remise du formulaire d'information mentionné doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Ainsi, cette formalité peut être remplie postérieurement à l'édiction de la décision d'assignation à résidence. Par suite, l'absence d'information telle que prévue par les articles cités ci-dessus est sans incidence sur la légalité de la décision litigieuse, laquelle s'apprécie à la date de son édiction. Le moyen est par suite inopérant et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de présentation :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de présentation au commissariat de police devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'assignation à résidence doit être écarté.
13. En deuxième lieu, l'obligation de présentation à laquelle M. A a été assujetti participe de la mise en œuvre de l'assignation à résidence décidée à son encontre. Par suite, sa motivation peut se confondre avec celle de l'assignation à résidence, laquelle décision est bien motivée en l'espèce dès lors qu'elle vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles elle a été prise et indique notamment que si son éloignement demeure une perspective raisonnable, le laissez-passer consulaire nécessaire à son retour n'a pas encore été délivré. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée, en particulier en ce qui concerne l'obligation de pointage, doit être écarté.
14. En troisième lieu, l'obligation faite à M. A de se présenter du lundi au vendredi à 10h00 du matin au commissariat de police de Limoges, ville dans laquelle il est domicilié, qui tend à assurer que celui-ci accomplit les diligences nécessaires à son départ dans le délai qui lui est imparti, concourt à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Le préfet de la Haute-Vienne a donc pu, sans erreur de droit, et afin de " faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation ", imposer une telle obligation, alors même que son adresse est connue. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier du contrat de travail et des fiches de paie produites par l'intéressé, dont il ressort qu'il est en tout état de cause employé à temps partiel, que les obligations de pointage précitées présenteraient pour l'intéressé un caractère disproportionné. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'absence de nécessité et d'une disproportion de la mesure de pointage doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Ouangari et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024 à 15h00
La magistrate désignée,
N. GAULLIER-CHATAGNERLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en Chef,
M. B
No 2400847
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026