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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400868

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400868

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2024, M. A B, représenté par Me Plas, demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative :

1°) de désigner un expert chargé de déterminer si la réalisation du projet de 2 x 2 voies de la RN 147 au nord de Limoges va causer des préjudices visuels, sonores et de perte de valeur vénale à sa maison d'habitation, parcelle A 321, située Ferme de Laplaud sur la commune de Nieul (86510), et dire si les désagréments présentent un caractère anormal et spécial ;

2°) de réserver les dépens.

Il soutient que :

- par arrêté ministériel en date du 18 juin 2020, les travaux de mise en 2 x 2 voies de la RN 147 au nord de Limoges classant au statut de route express cet aménagement et emportant mise en compatibilité des documents d'urbanisme des communes de Nieul et Couzeix dans le département de la Haute-Vienne ont été déclarés d'utilité publique ;

- par arrêté n° 107-2023 en date du 16 novembre 2023 du préfet de la Haute-Vienne, l'enquête parcellaire concernant le projet de mise à 2 x 2 voies de la RN 147 au Nord de Limoges, sur les communes de Nieul et Couzeix a été ouverte ; sa parcelle est directement impactée par le projet sur une emprise de 176 m2 ;

- sa propriété va subir une perte de valeur estimée à 50%, son bien ayant fait l'objet d'une estimation en mars 2022 à environ 330 000 euros, selon un avis de valeur de l'agence Citya Immobilier du fait de la réalisation du projet de mise en 2 x 2 voies ; les nuisances sonores seront également considérables, raison pour laquelle il a sollicité du préfet de région Nouvelle-Aquitaine, que le projet soit décalé de 100 m à l'ouest, ce qui lui a été refusé ;

-les désagréments causés par certains ouvrages publics sont considérés comme anormaux, et donneront droit à réparation, s'il est établi que l'ouvrage public en cause a modifié d'une façon grave les conditions d'habitation ou d'exploitation d'un immeuble, compte tenu des conditions normales d'habitation ou d'exploitation des immeubles dans le quartier, et de l'activité des requérants, ou, a diminué sa valeur vénale ;

-la mesure d'expertise est utile puisqu'elle permettra de déterminer si la réalisation du projet en litige va causer des préjudices visuels, sonores et de perte de valeur vénale de sa maison d'habitation, parcelle A 321, située Ferme de Laplaud sur la commune du Nieul (86510), et de dire s'ils présentent un caractère anormal et spécial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine, sollicite du tribunal le rejet de la requête de M. B.

Il fait valoir que :

- les préjudices invoqués ne sont pas certains dès lors que la mise en service de l'aménagement est prévue pour 2028 ; les nuisances alléguées et la perte de valeur du bien du requérant sont futures et éventuelles, rendant inutile la désignation d'un expert qui ne pourra pas apprécier l'existence de nuisances qui n'existent pas ;

- sur le préjudice de jouissance, les niveaux sonores au droit du bâtiment d'habitation du requérant seront, à l'horizon 2043, inférieurs aux seuils règlementaires à respecter et, ceci, sans protection acoustique ; au point le plus proche de l'habitation du requérant, la voie sera réalisée en déblai de huit mètres par rapport au terrain naturel, ce qui constituera une protection acoustique de fait ; le déblai aura également pour effet de limiter l'impact visuel de la RN 147 ; à le supposer établi, le préjudice de jouissance invoqué ne revêtira pas le caractère d'anormalité ;

- sur le préjudice patrimonial, le requérant n'établit pas son droit de propriété sur la parcelle cadastrée A 321 de la commune du Nieul ; l'état parcellaire réalisé dans le cadre de la phase administrative de la procédure d'expropriation révèle que cette parcelle est la propriété de la SCI Agfan ; M. B ne saurait se prévaloir d'un quelconque préjudice patrimonial à l'égard d'un bien qui ne lui appartient pas ;

- la mesure d'expertise sollicitée ne présente pas l'utilité requise pour qu'elle soit ordonnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". Si le juge des référés n'est pas saisi du principal, l'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il lui est demandé d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, relevant lui-même de la compétence de la juridiction à laquelle ce juge appartient, et auquel cette mesure est susceptible de se rattacher.

2. S'agissant des préjudices de jouissance, le requérant estime que la construction de la 2 x 2 voies à proximité de son habitation va lui causer des préjudices sonores et visuels. En l'état du projet, aucune expertise ne saurait être en mesure de déterminer de tels préjudices, la mise en service de l'aménagement étant prévue pour 2028. Dès lors, en l'absence de préjudice certain et actuel susceptible d'engager la responsabilité de la région Nouvelle-Aquitaine, les conclusions tendant à ce que soit diligentée une expertise ne peuvent qu'être rejetées.

3. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que la maison d'habitation, parcelle A 321, située Ferme de Laplaud sur la commune de Nieul (86510) appartient à la SCI Agfan, représentée par sa gérante, Mme D. M. B n'ayant pas la qualité pour introduire une éventuelle action indemnitaire s'agissant du préjudice lié à une maison d'habitation dont il n'est pas propriétaire, les conclusions tendant à ce qu'il soit prononcé une expertise ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'allocation provisionnelle :

4. Les mesures d'expertise sollicitées par M. B n'entrant pas dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu de faire droit à sa demande.

5. Par voie de conséquence, et en tout état de cause, il n'y a pas lieu de se prononcer sur les conclusions relatives à la fixation du montant d'une allocation provisionnelle, ni sur les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie au préfet de la région Nouvelle-Aquitaine.

Fait à Limoges, le 17 juillet 2024.

Le juge des référés,

N. NORMAND

La République mande et ordonne

au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en cheffe,

La Greffière,

M. C

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