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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400897

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400897

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400897
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2024, M. C A, représenté par Me Tierney-Hancock, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 28 mars 2024 du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) portant cessation du bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil (CMA), jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa décision.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il se trouve, en conséquence du refus qui lui a été opposé, dans une situation d'extrême précarité matérielle menaçant son état de santé ; la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le prive également de toute assistance administrative ce qui pourrait avoir des conséquences graves et néfastes pour sa demande d'asile ;

- plusieurs moyens sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

' il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

' la décision n'est motivée ni en droit ni en fait ; elle se borne à préciser que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargés de l'asile ;

' l'Ofii n'a pas pris en compte sa situation de vulnérabilité au titre notamment de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que le requérant s'est placé lui-même dans la situation qu'il invoque :

- M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargés de l'asile, il s'est lui-même soustrait volontairement à son transfert qui lui a été notifié le 5 mars 2024, pour le même jour, pour un vol à l'aéroport de Bordeaux à destination de Bruxelles ;

- l'intéressé qui bénéficiait d'une prise en charge complète au titre des CMA à laquelle il s'est volontairement soustrait, n'apporte aucun élément justifiant de ses conditions de vie actuelles ;

- aucun moyen n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 25 mai 2024 sous le n° 2400898 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu, au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A ressortissant guinéen, est entré, selon ses déclarations, en France le 22 août 2023 et y a sollicité l'asile le 7 septembre 2023 auprès de la préfecture de la Haute-Vienne. Les autorités françaises ont, le 22 septembre 2023, sollicité des autorités belges leur accord pour l'admission de M. A au titre de la procédure Dublin, et pour le traitement de sa demande d'asile, déposée en France. Les autorités belges ont explicitement accepté la prise en charge de M. A, le 4 octobre 2023. Par un courrier recommandé avec accusé de réception du 23 décembre 2023, le préfet de la Gironde a notifié au requérant son transfert auprès des autorités belges. Le 4 mars 2024, les services préfectoraux ont adressé un courrier M. A, afin de lui signifier que son transfert devait avoir lieu le 5 mars 2024 à 06h00 à l'aéroport de Bordeaux. M. A ne s'est pas rendu à l'aéroport. Par un courrier du 28 mars 2024, l'Ofii a informé le requérant de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A qui a formé un recours tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de son exécution dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ()". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ".

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'Etat responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet Etat. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat. " et aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : ()3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ".

5. Pour justifier que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, M. A soutient que cette décision le laisse sans ressource sur le territoire français et le place dans un état de profonde vulnérabilité. Il n'apporte toutefois pas d'explication sur ses conditions de vie depuis la cessation de ses conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a contribué à créer la situation d'urgence qu'il invoque, ce dernier ne s'étant pas présenté le 5 mars 2024 à l'aéroport de Bordeaux pour l'embarquement du vol prévu à destination de la Belgique. En outre, le requérant a contesté le transfert vers la Belgique, alors même que celui-ci était parfaitement informé que la France n'était pas responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il lui appartenait de solliciter une protection en Belgique. Enfin, si M. A soutient dépendre des conditions matérielles d'accueil pour bénéficier de ressources décentes et d'un logement, il résulte toutefois de la décision rendue par l'Ofii, établie le 28 mars 2024, que l'intéressé bénéficie d'un accompagnement social assuré par les services de la structure de premier accueil pour demandeur d'asile (Spada) vers lequel il a été orienté expressément par la décision litigieuse. Il est constant que cette structure peut l'orienter vers son réseau de partenaire afin qu'il bénéficie d'une prise en charge au titre de l'hébergement ainsi que de la distribution de colis alimentaires ou de produits d'hygiène le cas échéant. Par suite, au regard de l'ensemble de ces circonstances, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision par laquelle le directeur territorial de l'Ofii a porté cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Tierney-Hancock.

GHELLAMGGGG

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le juge des référés,

N. B

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La greffière en chef,

A. BLANCHON

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