mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, M. D A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", subsidiairement de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans tous les cas de lui délivrer une attestation de demande d'asile immédiatement dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- Le signataire de l'arrêté en litige, pris dans son ensemble, ne justifie pas de sa compétence ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- révèle, par une motivation erronée dans les faits de l'espèce, un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;
- est entachée d'erreurs de fait ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux enfants tel que garanti par l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.
- L'abrogation de son attestation de demande d'asile est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît le droit à une vie privée et familiale normale qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'expose à des risques actuels pour sa vie et sa personne par un retour dans son pays d'origine ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- est insuffisamment motivée ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant congolais né le 28 février 1985 à Brazzaville, est, selon ses déclarations, entré le 30 mars 2023, dans des conditions indéterminées en France où il a demandé l'asile le 12 avril 2023. Sa demande, enregistrée le 4 mai 2023, a été rejetée le 19 septembre 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée le 29 avril 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
4. M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, à compter du 26 février 2024, d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-20287-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". M. A ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire en litige :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "
6. Il résulte de ces dispositions, outre au demeurant des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, que, si aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre de manière exhaustive tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, l'obligation de quitter le territoire français n'en doit pas moins énoncer clairement les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde relatives à la situation personnelle de l'étranger qui en fait l'objet, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause.
7. Il ressort des mentions portées dans l'arrêté du 2 mai 2024 en litige qu'à la date de sa signature à laquelle s'apprécie sa légalité, au titre des faits de l'espèce, le préfet de la Haute-Vienne a retenu que M. A " est célibataire, sans attache en France et n'établit pas en être dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses enfants " avant d'en conclure, dans le " considérant " suivant de la décision, qu'il n'est pas porté à cette situation telle " que décrit(e) ci-dessus " une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
8. Il ressort par ailleurs des écritures contentieuses en défense que, si le préfet a entendu se placer exclusivement dans le cadre des dispositions précitées au point 5 du présent jugement, il n'en a pas moins pris en compte, afin de vérifier, ainsi qu'il est mentionné dans l'arrêté en litige, si M. A entrait dans l'une des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. M. A fait valoir, à l'appui du moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale qu'il invoque, la circonstance qu'il est le père d'un enfant né le 30 mars 2024, antérieurement à l'intervention de l'arrêté en litige, et qu'il entretiendrait avec celui-ci et sa mère des liens à caractère familial.
10. Si l'omission dans l'arrêté du 2 mai 2024 de toute mention relative à ces éléments de fait caractérisant la situation de M. A ne révèle pas par elle-même une erreur de fait comme le soutient par ailleurs le requérant, ni même un défaut d'examen sérieux de cette situation, cette carence dans la motivation de cette décision entrave la possibilité pour son destinataire d'en discuter précisément ce point utilement et ne permet pas, au stade du débat contentieux, d'apprécier dans quelle mesure le préfet en a tenu compte au moment de sa décision pour en déterminer le sens de celle-ci. Dans ces conditions particulières à l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la motivation de l'obligation de quitter le territoire en litige, par cette carence, est de nature à révéler un défaut d'examen complet de sa situation, susceptible d'avoir influé sur le sens de la décision. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire du 2 mai 2024.
En ce qui concerne le surplus des conclusions aux fins d'annulation :
11. Il résulte de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que M. A est fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision abrogeant son attestation de demande d'asile, ainsi que la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français qui en procèdent. Il suit de là que ces décisions doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation des décisions litigieuses, le présent jugement implique nécessairement, mais seulement, que le préfet de la Haute-Vienne réexamine la situation de M. A au regard du droit au séjour. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de munir M. A, dans l'attente, dans un délai de huit jours, d'une autorisation provisoire de séjour. En revanche, le surplus des conclusions de la requête à fin d'injonction doit être rejeté.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Toulouse, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Toulouse de la somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:L'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a abrogé l'attestation de demande d'asile de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an est annulé.
Article 3 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer la situation de M. A au regard du droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de munir M. A, dans l'attente, dans un délai de huit jours, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 :L'Etat versera à Me Toulouse une somme de 1 100 (mille cent) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Toulouse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 :Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie en sera adressée pour information à Me Toulouse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
Le magistrat désigné,
D. C
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026