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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2400957

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2400957

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2400957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFAUGERAS ANNE-SOPHIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire complémentaires enregistrés les 31 mai, 8 août et 19 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Faugeras, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de réexaminer sa situation, dans ce même délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne au titre des frais liés au litige.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Haute-Vienne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- le préfet de la Haute-Vienne a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors qu'il n'a pas examiné s'il pouvait obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée et demande qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 750 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Boschet,

- les observations de Me Toulouse, pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 25 juin 1999, M. C est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France en 2018 ou en 2019. Le 12 novembre 2020, la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par deux arrêtés du 21 mars 2023, la préfète de la Haute-Vienne l'a ensuite obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Limoges pour une durée de six mois. Ces arrêtés ont toutefois été retirés par un arrêté du 13 avril 2023. Le 28 juillet 2023, se prévalant notamment de son mariage le 24 juin 2023 avec Mme B D, ressortissante française, M. C a demandé la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. C, la décision du 2 mai 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, alors que, dans son arrêté du 2 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a suffisamment précisé les raisons relatives à la situation personnelle et familiale de M. C qui l'ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, la seule circonstance qu'à une reprise, il a indiqué, au prix d'une simple erreur de droit, que l'intéressé était marié à une personne nommée " Aurélie Durand " et non à Mme B D, qu'il a au demeurant correctement mentionnée dans les autres motifs de son arrêté, n'est pas de nature à révéler qu'il n'a pas été fait un examen sérieux de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, en examinant la demande de M. C au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet a examiné si le refus d'autoriser son séjour portait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissant la même situation, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa demande de titre de séjour au regard de ces stipulations.

5. En quatrième lieu, si M. C déclare être entré en France en 2018 ou en 2019, il ne l'établit pas et il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet, le 12 novembre 2020, d'une précédente mesure d'éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande de titre de séjour avant le 28 juillet 2023. A supposer même, comme il le soutient, qu'il puisse être regardé comme démontrant l'existence d'une communauté de vie avec Mme B D depuis la fin de l'année 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier que leur mariage est récent et qu'ils n'ont pas d'enfant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C est défavorablement connu des services de police notamment pour des faits de vente à la sauvette de paquets de cigarettes qu'il ne conteste pas sérieusement avoir commis en novembre 2020 et que, par un jugement du 2 février 2024 du tribunal judiciaire de Limoges, il a été condamné à une peine d'un an d'emprisonnement dont huit mois avec sursis pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Si M. C, qui ne justifie pas avoir perçu des revenus professionnels depuis son entrée sur le territoire français, indique que, depuis le 4 juillet 2024, il est devenu gérant de la société Envi Bâti, il ne peut utilement se prévaloir de cette activité débutée selon ses propres écritures après la date d'édiction de l'arrêté en litige, et, en tout état de cause, il n'apporte aucun élément susceptible de démontrer que cette société générerait effectivement un chiffre d'affaires. Il ne ressort également pas des pièces du dossier que M. C serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident plusieurs membres de sa famille. Dans ces conditions, et en dépit des attestations en sa faveur établies par ses proches, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. C.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Dès lors que l'obligation de quitter le territoire français a été prise sur le fondement d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour elle-même motivée, cette mesure d'éloignement n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté comme inopérant.

7. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 à 5, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une part, serait entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, d'autre part, méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. En premier lieu, la décision du 2 mai 2024 fixant le pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été indiqué aux points 6 et 7, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C serait exposé à des risques de peines ou de traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 2 mai 2024 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction avec astreinte présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Ce jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Faugeras.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

J.B BOSCHET

Le président,

F.J. REVEL

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. E

jb

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