mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2400996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2024, M. A B, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 2 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", subsidiairement de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans tous les cas de lui délivrer une attestation de demande d'asile immédiatement dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- Le signataire de l'arrêté en litige, pris dans son ensemble, ne justifie pas de sa compétence .
L'obligation de quitter le territoire français :
- révèle, par une mention erronée des faits de l'espèce, un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;
- est entachée d'erreur de fait ;
- au regard de son intégration, et de son entrée en France mineur, porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est intervenue en méconnaissance de la dispense de visa qui pouvait lui être accordée dès lors qu'il en remplit les conditions comme celles posées par les articles L. 435-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît le droit à une vie privée et familiale normale qu'il tient notamment de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'expose à des risques actuels pour sa vie et sa personne par un retour dans son pays d'origine.
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- est insuffisamment motivée ;
- porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan né le 4 juin 2005 à Kot, est, selon ses déclarations, entré le 29 septembre 2022, mineur, dans des conditions indéterminées en France où il a demandé l'asile le 12 juin 2023. Sa demande, enregistrée le 4 juillet 2023, sous le régime de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée le 29 novembre 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée le 29 avril 2024 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Concomitamment à sa demande d'asile, informé de cette possibilité, M. B avait présenté le 9 janvier 2024 une demande de titre de séjour en qualité d'étudiant, que le préfet de la Haute-Vienne a rejetée par une décision du 23 février 2024, contestée par l'intéressé devant le tribunal au jour du présent jugement. Au vu du rejet de la demande d'asile, par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a retiré l'attestation de demande d'asile de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
4. M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, à compter du 26 février 2024, d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-20287-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". M. B ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire en litige :
5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Il ressort des termes du dispositif de l'arrêté du 2 mai 2024, éclairé par sa motivation, dont M. B demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet de retirer à l'intéressé son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée M. B sur un autre fondement, dont notamment celle rejetée par la décision, distincte et contre laquelle un recours est pendant devant le tribunal, du 23 février 2024 mentionnée dans la motivation de l'arrêté, ou de lui refuser le séjour autrement que par le rejet de sa demande d'asile. Il suit de là que le préfet de la Haute-Vienne a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer pour cette dernière exclusivement dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige.
6. En premier lieu, il ressort des mentions portées dans l'arrêté du 2 mai 2024 en litige qu'à la date de sa signature à laquelle s'apprécie sa légalité, au titre des faits de l'espèce, le préfet de la Haute-Vienne a retenu que M. B " est célibataire, sans enfant, sans attache en France et n'établit pas en être dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu une majeure partie de sa vie, soit 20 ans " avant d'en conclure, dans le " considérant " suivant de la décision, qu'il n'est pas porté à cette situation telle " que décrit(e) ci-dessus " une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.
7. M. B fait valoir qu'il est entré mineur sur le territoire français et que le décompte d'une durée de vingt ans passés dans son pays d'origine avant son arrivée est ainsi erroné, entachant l'obligation de quitter le territoire en litige d'une erreur de fait, dont il doit par ailleurs être déduit un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle, qui serait par analogie corroboré par les mentions portées dans la décision du 23 février 2024 rejetant sa demande de titre de séjour d'étudiant. Toutefois, d'une part et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier produites à la présente instance que M. B est effectivement entré mineur en France. Les allégations de l'intéressé sur ce point, qu'il lui appartient d'établir, ne sont ainsi pas corroborées par les pièces du dossier et l'erreur de fait invoquée n'est par suite pas établie. D'autre part, à supposer que le préfet, qui n'établit pas plus la majorité de M. B à la date de son entrée sur le territoire, aurait par cette mention commis une erreur de plume, celle-ci en elle-même n'est pas à elle seule révélatrice d'un défaut d'examen sérieux, complet et personnel de la situation de M. B non plus au demeurant que d'une circonstance qui aurait été susceptible, au regard de la motivation de la décision en litige, de modifier le sens donné à cette dernière par le préfet. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de fait et d'un défaut d'examen personnalisé et sérieux de la situation de M. B doivent être écartés.
8. En deuxième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du même code, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français qui par ailleurs n'a pas pour objet de rejeter une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Compte tenu de ce qu'il vient d'être dit, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dirigé à l'encontre de l'arrêté contesté, qui comporte uniquement une décision portant obligation de quitter le territoire français et non le refus de délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté comme inopérant.
9. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ", d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.
10. M. B, ressortissant afghan, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français en septembre 2022, se prétendant mineur. Il fait valoir, à l'appui de sa requête, d'une part les risques qu'il encourrait en cas de retour en Afghanistan, d'autre part la scolarité qu'il a entamée en France au lycée professionnel Le Mas Jambost en vue d'obtenir un CAP " modèles et moules céramiques ".
11. Toutefois, et de première part, à supposer que M. B puisse utilement invoquer cette circonstance à l'appui de sa vie privée et familiale, s'il allègue qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants et d'atteinte à sa sécurité physique en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte pas à l'instance, après le rejet définitif de sa demande d'asile, d'élément probant et de nature à établir la réalité de cette affirmation, qui ne saurait découler des éléments généraux sur la situation dans son pays d'origine. De tels risques, en cet état dépourvus de caractère personnel, ne sauraient plus résulter de la seule évolution de la situation géopolitique et sécuritaire intervenue depuis le mois d'août 2021 alors qu'à l'occasion d'une décision n°22023959 du 14 février 2023, librement consultable sur son site internet, la Cour nationale du droit d'asile, s'appuyant sur les analyses récentes de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA) publiées en janvier 2023, a estimé que si douze des trente-quatre provinces d'Afghanistan, dont celle de Nangarhar d'où il est natif et celle de Kaboul, qu'il serait amené à traverser en cas de retour, étaient en proie à une situation de violence aveugle affectant les civils résultant d'un conflit armé, cette situation n'atteint cependant pas un niveau tel qu'il existerait des motifs sérieux et avérés d'estimer que chaque civil qui y retourne court, du seul fait de sa présence dans ces provinces, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne.
12. De seconde part, M. B, célibataire et sans enfant, fait valoir son engagement dans ses études pour justifier de liens qu'il pourrait entretenir avec la France. Cependant, alors que ses résultats scolaires mettent en évidence l'obstacle que constitue son allophonie et font apparaître de nombreuses absences dans les matières professionnelles, outre qu'il ne dispose d'aucune ressource, dont ne saurait tenir lieu l'allocation de demandeur d'asile par nature éminemment précaire, et au regard de son entrée récente sur le territoire, il n'apporte pas d'éléments permettant de démontrer l'existence d'une insertion particulière dans la société française. Il n'allègue pas même être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à son départ pour la France et où il a ainsi nécessairement tissé des liens. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale et de la méconnaissance notamment des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
13. Enfin, par les mêmes motifs, à supposer que M. B puisse utilement invoquer ce moyen à l'appui de son recours contre l'obligation de quitter le territoire en litige prise au motif du rejet de la demande d'asile de l'intéressé, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage en l'espèce du pouvoir qu'il tient des articles L. 422-1 et L. 412-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire du 2 mai 2024 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Il résulte en premier lieu de ce qui a été dit précédemment que le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
16. En deuxième lieu, et par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 435-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile articulé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
17. En troisième lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 à 12 du présent jugement, les moyens tirés d'une atteinte disproportionnée au droit de M. B à une vie privée et familiale normale doivent être écartés.
18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. ()". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
19. Si M. B allègue qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants et d'atteinte à sa sécurité physique en cas de retour en Afghanistan, il n'apporte toutefois pas à l'instance, après le rejet définitif de sa demande d'asile, d'élément probant et de nature à établir la réalité de cette affirmation ni ne justifie d'aucun élément nouveau permettant d'établir la réalité de risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour dans son pays d'origine ou encore, comme il vient d'être dit au point 11, qu'il existerait des motifs sérieux et avérés d'estimer qu'en sa seule qualité de civil qui y retourne il courrait, du seul fait de sa présence dans ces provinces, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne du fait d'une violence aveugle. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'en prenant à son encontre la décision fixant le pays de destination en litige le préfet, qui n'a pas méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation, aurait commis en cette dernière une erreur qui entacherait cette décision.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
20. Il résulte en premier lieu, de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français qui en procède.
21. En troisième lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 à 12 du présent jugement, en tant qu'ils sont articulés à l'appui des conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, les moyens tirés d'une atteinte disproportionnée au droit de M. B à une vie privée et familiale normale doivent être écartés.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
23. Il ressort des termes mêmes des dispositions de l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
24. La décision en litige fait ressortir, par sa motivation, que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué s'agissant des éléments dont l'administration avait connaissance à la date de sa signature, à laquelle s'apprécie sa légalité. Les termes mêmes de l'acte révèlent la prise en compte de l'entrée récente de l'intéressé sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de son cursus scolaire, et de sa demande de titre de séjour concomitante à la procédure de demande d'asile, et de sa situation familiale, traduisant ainsi l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la situation de M. B, dont la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, l'arrêté attaqué n'avait pas à préciser expressément s'il représentait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'une telle circonstance n'a pas été retenue par le préfet. Au regard de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an n'est pas suffisamment motivée et que le préfet de la Haute-Vienne a méconnu les dispositions énoncées à l'article L. 611-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
26. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. B au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:La requête de M. B est rejetée.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie en sera adressée pour information à Me Toulouse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
D. D
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. C
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026