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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401034

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401034

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2024, M. B A C, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré sa protection subsidiaire, lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour " bénéficiaire de la protection subsidiaire " de six mois ou un titre de séjour " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au regard du droit au séjour dans le même délai, et dans les deux cas, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, lequel a renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable n'ayant appris l'existence de cette décision qu'à l'occasion de son passage à la préfecture le 19 février 2024 pour renouveler son autorisation provisoire ;

La décision portant retrait de sa protection subsidiaire :

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de la procédure contradictoire préalable prévue à l'article L. 121-1 du code des relations du public avec l'administration ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une violation de l'article 2 c) de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du conseil du 4 mars 2022 ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 §1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que son pays d'origine, le République Démocratique du Congo, est en proie à d'importants troubles sécuritaires et celui où il vivait avant son entrée en France, l'Ukraine, est en situation de guerre.

La décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité affectant celle de retrait de sa protection subsidiaire.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale en raison de l'illégalité affectant celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 §1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait peser un risque actuel sur sa vie et sa personne en méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle n'exclut pas l'Ukraine comme pays de renvoi en méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la même somme que celle qu'il réclame au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens ne sont pas fondés.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 mars 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les pièces produites le 17 septembre 2024 à 9h50.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2001/55CE du Conseil du 20 juillet 2001 ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit

1. M. A C, ressortissant congolais né en 1985, est, selon ses déclarations, entré en France le 17 mars 2022 en provenance d'Ukraine, suite à l'offensive russe contre ce pays. En sa qualité de conjoint d'une ressortissante ukrainienne, il s'est vu remettre une autorisation provisoire de séjour " bénéficiaire de la protection subsidiaire " le 25 avril 2022, renouvelée à trois reprises, la dernière le 4 septembre 2023. Par un arrêté du 20 novembre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a retiré sa protection subsidiaire, lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision de retrait de la protection temporaire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations du public avec l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 12 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne a informé M. A C de son intention de procéder au retrait de son autorisation provisoire de séjour au motif qu'il vivait séparé de son épouse et qu'aucun élément de son dossier ne démontrait une communauté de vie avec cette dernière. Ce courrier a été présenté au domicile du requérant le 15 septembre 2023 et en son absence a été mis en instance au bureau de poste de Limoges Carnot d'où il a été retourné à la préfecture de la Haute-Vienne avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dès lors, le moyen selon lequel le requérant n'a pas pu présenter ses observations doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : " 1. L'existence d'un afflux massif de personnes déplacées est constatée par une décision du Conseil () / () / 3. La décision du Conseil a pour effet d'entraîner, à l'égard des personnes déplacées qu'elle vise, la mise en œuvre dans tous les États membres de la protection temporaire conformément aux dispositions de la présente directive. La décision contient au moins : / a) une description des groupes spécifiques de personnes auxquels s'applique la protection temporaire / b) la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur/ () ".

5. Pour assurer la transposition de ces dispositions, l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le bénéfice du régime de la protection temporaire " est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire () ". Selon l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article

L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire : " L'existence d'un afflux massif dans l'Union de personnes déplacées qui ont dû quitter l'Ukraine en raison d'un conflit armé est constatée ". Aux termes de l'article 2 de cette même décision : " 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; / () et, / c) les membres de la famille des personnes visées aux points a) et b). / 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables / () / 4. Aux fins du paragraphe 1, point c), les personnes suivantes sont considérées comme membres de la famille, dans la mesure où la famille était déjà présente et résidait en Ukraine avant le 24 février 2022 : / a) le conjoint d'une personne visée au paragraphe 1, point a) ou b), ou le partenaire non marié engagé dans une relation stable, lorsque la législation ou la pratique en vigueur dans l'État membre concerné traite les couples non mariés de manière comparable aux couples mariés dans le cadre de son droit national sur les étrangers ; () ".

7. Il est constant que M. A C est marié depuis le 10 septembre 2016 à une ressortissante ukrainienne et a bénéficié, dans un premier temps, à ce titre, de la protection temporaire de l'état français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé seul en France et y demeure depuis sans son épouse. S'il indique avoir fui l'Ukraine en compagnie de cette dernière, être passé par la Pologne où elle aurait décidé de rester car ne parlant pas le français, et lui, aurait poursuivi sa route jusqu'en France, il précise également que son épouse est depuis retournée en Ukraine pour s'occuper de sa mère malade. Or, il ressort de la lettre même des dispositions précitées que celles-ci n'ouvrent droit à la protection temporaire qu'aux membres de la famille des ressortissants ukrainiens qui ont été " déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date ". Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'épouse de M. A C, aurait été " déplacée d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date ", le requérant n'entre pas dans les catégories de personnes visées par les dispositions du 1.c) de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382. En outre, la simple production d'un diplôme et de relevés de notes datant de 2015, d'un relevé bancaire d'opérations réalisées en 2020 et 2021 et d'une carte de permis temporaire de résidence ukrainienne expirée depuis le 22 juin 2021 ne permettent pas de démontrer que l'intéressé résidait en Ukraine avec son épouse avant le 24 février 2022 conformément au point 4 de l'article 2 de la décision d'exécution. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux et de l'erreur manifeste d'appréciation en violation de l'article 2 c) de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / " . Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. D'une part, sont inopérants, devant le juge de l'excès de pouvoir, les moyens de légalité interne qui, sans rapport avec la teneur de la décision, ne contestent pas utilement la légalité des motifs et du dispositif de la décision administrative attaquée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant qui a seulement sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour au titre de la protection temporaire aurait également sollicité son admission au séjour au motif de sa vie privée et familiale, ni que le préfet aurait examiné l'opportunité d'admettre au séjour M. A C sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si M. A C est marié avec une ressortissante ukrainienne, d'une part, il a déclaré dans sa demande d'asile déposée le 21 février 2024 au titre de sa situation familiale être séparé, d'autre part, il indique que son épouse réside en Ukraine. Le couple n'a pas d'enfant. L'intéressé se prévaut de sa volonté d'intégration et fait valoir qu'il a effectué des missions en intérim de novembre 2023 à février 2024, qu'il a suivi une formation " action préparatoire aux métiers du numérique et informatique " de décembre 2023 à avril 2024. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir une insertion socio-professionnelle particulière ni que le requérant, qui ne dispose pas d'attaches proches sur le territoire français, aurait désormais en France le centre de ses intérêts personnels à la date de l'arrêté en litige. Enfin, si M. A C soutient être suivi en France pour un diabète de type 2 et présenterait une maladie cardiaque non encore identifiée, les documents produits tous datés de 2022, ne permettent pas d'établir l'existence d'un tel suivi ni la nécessité d'une prise en charge qui devrait se dérouler en France. En tout état de cause, le requérant ne démontre pas l'impossibilité de poursuivre les soins dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas, en refusant de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, porté au respect dû à la protection de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris sa décision, ni méconnu les stipulations conventionnelles précitées.

11. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'un refus d'autorisation provisoire de séjour alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué que M. A C aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage des éléments produits devant le tribunal et notamment pas des mentions de l'arrêté en litige, que l'autorité préfectorale aurait examiné le droit au séjour de M. A C au regard desdites dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dernières est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

12. En cinquième et dernier lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que le refus de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen étant inopérant à l'encontre de décisions distinctes de celle fixant le pays de destination. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Il résulte de ce qui précède que, les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de la protection temporaire étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français, en raison de l'illégalité du retrait de la protection temporaire, doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le préfet n'a pas méconnu l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen sera écarté.

15. En deuxième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile articulé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

17. Ces textes font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de renvoi ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

18. En se bornant à soutenir qu'il est originaire de la ville de Goma en République Démocratique du Congo sans l'établir, à produire des articles de presse relatant des évènements qui se sont déroulés dans cette même ville en mai 2024 et qu'il encourt des risques pour sa vie, le requérant ne justifie par aucun élément ou document la réalité des risques personnels auxquels il allègue être exposé dans son pays d'origine. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. A C a effectué un voyage en République Démocratique du Congo du 30 décembre 2022 au 7 mars 2023 contredisant les craintes qu'il expose en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, M. A C ne démontre pas en quoi le renvoi en République Démocratique du Congo l'exposerait personnellement à des peines ou des traitements contraires aux articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

19. Le requérant soutient enfin qu'il risque d'être mobilisé de force dans le conflit russo-ukrainien et risque sa vie en cas de retour en Ukraine dans la mesure où ce pays est toujours en plein conflit. Toutefois, aucun des éléments produits devant le tribunal ne tend à conforter ces allégations et à corroborer que M. A C encourrait personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Ukraine. En outre, en tout état de cause, par l'article 5 de l'arrêté attaqué le préfet de la Haute-Vienne a précisé que, si M. A C n'a pas satisfait à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, cette décision pourra être mise à exécution " à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible " ". Dès lors, l'autorité préfectorale n'a pas fixé l'Ukraine comme pays de renvoi. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en n'excluant pas l'Ukraine des pays de renvoi, l'autorité préfectorale aurait méconnu les stipulations précitées des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Haute-Vienne, que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

21. Ces dispositions font obstacle, d'une part, à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. A C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens et, d'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de M. A C la somme que le préfet demande au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A C est rejetée.

Article 2:Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. DUCOURTIOUX

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. DUCOURTIOUX

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