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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401058

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401058

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMALABRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 juin 2024 et le 5 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Malabre, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet de la Corrèze lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, l'a astreint à se présenter au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze, à titre principal, de l'admettre au séjour et au travail, et à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 400 euros, à verser à son conseil, en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des articles L. 432-13 et L. 435-1 al. 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de fait, d'appréciation et de droit sur l'absence de ressources et de domicile stables ;

- n'a pas examiné sa situation professionnelle au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance du préambule de la Constitution de 1946, de l'article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants en violation des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur de droit sur le motif de délivrance et de renouvellement de son titre temporaire " vie privée et familiale ".

Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

- doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- violent son droit à une privée et familiale et sont entachées d'une erreur d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

- méconnaissent l'intérêt supérieur de ses enfants.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- viole le principe du contradictoire prévu aux articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations du public avec l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- viole son droit à une privée et familiale et est entachée d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

- méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non fondée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Malabre, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1987, est entré en France le 10 mars 2013. En sa qualité de parent d'enfant français, il a obtenu un titre de séjour " vie privée et familiale " le 20 octobre 2017, régulièrement renouvelé jusqu'au 16 octobre 2022. A la suite de sa demande de renouvellement, le préfet de la Corrèze par un arrêté du 23 février 2024 lui a refusé ce renouvellement, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de renouveler son titre de séjour à M. A, le préfet de la Corrèze a notamment relevé qu'il ne remplissait pas les conditions prévues par les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la reconnaissance de paternité effectuée le 9 juin 2017 au profit de l'enfant français de sa conjointe d'alors, a fait l'objet d'une annulation le 22 décembre 2023 par le tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde, en l'absence d'entretien de liens familiaux et privés en France et de ce qu'il était sans ressource et domicile stables. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que si l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a bien été visé, aucun examen d'une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 n'apparaît dans les motivations. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de la Corrèze du 23 février 2024 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée retenu ci-dessus, et alors qu'aucun autre moyen n'apparaît fondé en l'état du dossier, l'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de la Corrèze délivre à M. A un titre de séjour. En revanche, il y a lieu, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réexaminer la demande de renouvellement de son titre de séjour présentée par M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Malabre sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er: L'arrêté du préfet de la Corrèze du 23 février 2024 est annulé.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Corrèze de réexaminer la demande de renouvellement du titre de séjour de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:L'Etat versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Malabre sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Malabre et au préfet de la Corrèze.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Boschet, premier conseiller,

- M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. DUCOURTIOUX

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. DUCOURTIOUX

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