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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401059

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401059

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 14 juin, 17 juin et 10 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision du 17 avril 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 750 euros à verser à l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- dès lors que Mme A n'établit pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle dans le délai de recours contentieux de trente jours ouverts à compter de la date de notification de l'arrêté du 17 avril 2024, sa requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- Mme A ne soulève aucun moyen de nature à entraîner l'annulation de son arrêté du 17 avril 2024.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Boschet a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante algérienne née le 16 septembre 1974, Mme A indique être entrée en France le 21 juin 2015 avec un visa de court séjour. Les 24 juin 2017, 7 juillet 2020 et 12 mai 2022, elle a fait l'objet d'arrêtés l'obligeant à quitter le territoire français. Le 1er septembre 2023, elle a déposé auprès de la préfecture de la Haute-Vienne une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 17 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

3. A supposer, comme elle le déclare, que Mme A soit entrée en France en juin 2015, soit il y a près de neuf ans à la date de l'arrêté en litige, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle n'a jamais été titulaire d'un titre de séjour et qu'elle s'y maintient irrégulièrement malgré trois précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre les 24 juin 2017, 7 juillet 2020 et 12 mai 2022 qu'elle n'a pas exécutées. Si elle soutient que son père est un ancien combattant de l'armée française, elle n'établit ni même n'allègue que celui-ci vivrait régulièrement en France et elle ne démontre en tout état de cause pas l'ancienneté et la stabilité des liens qu'elle entretiendrait avec lui. Célibataire et sans enfant, Mme A ne justifie pas qu'elle disposerait, en France, de liens privés ou familiaux d'une particulière intensité. En outre, la requérante n'établit pas qu'elle serait dépourvue d'attaches en Algérie, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où, selon les motifs non contestés de l'arrêté en litige, résident des membres de sa famille, notamment sa mère et ses frères et sœurs. Dans ces conditions, en dépit de ses activités associatives, de sa participation à des ateliers linguistiques et de la demande d'autorisation de travail déposée par la société N Destock N Food qui souhaitait la recruter en contrat à durée indéterminée en qualité de vendeuse, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés. Pour les mêmes raisons, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 17 avril 2024 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 17 avril 2022 du préfet de la Haute-Vienne et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par Mme A doivent être rejetées.

5. En second lieu, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Ce jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Karakus.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Christophe, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

F.J. REVEL La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

La Greffière

M. C

jb

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