mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024, Mme A C, représentée par Me B, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel elle serait éloignée à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 15 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement consultée ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- le préfet de la Haute-Vienne n'est pas en situation de compétence liée pour édicter cette obligation ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 10 septembre 2024.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gillet,
- et les observations de M. B, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 24 août 1981 à Sidi Ali, est entrée en France le 21 juillet 2018 sous couvert d'un visa C de court séjour d'une durée de quatre-vingt-dix jours délivré par les autorités françaises à Oran (Algérie). Elle a déposé le 10 octobre 2023 une demande de certificat de résidence algérien mention " vie privée et familiale " sur le fondement du cinquième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 16 avril 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France le 21 juillet 2018, sous couvert d'un visa C de court séjour, et s'y est ensuite maintenue irrégulièrement alors qu'elle avait fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français non exécutée en date du 5 octobre 2020. Son mariage le 22 mai 2023 avec un ressortissant algérien, titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 1er juillet 2031, qu'elle aurait rencontré le 4 septembre 2022, et avec lequel elle soutient, sans toutefois en justifier, avoir vécu en concubinage depuis cette date, ne permet pas d'établir, à la date de l'arrêté attaqué, l'ancienneté et l'intensité des liens qu'elle prétend avoir tissés en France. De même, les attestations fournies par des membres de sa famille ainsi que par une association auprès de laquelle elle s'est inscrite aux cours de français en 2019 et 2020, ne suffisent pas à démontrer la réalité de son insertion dans la société française. En outre, le couple est sans enfant et Mme C ne démontre pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, où vivent encore ses parents et sa fratrie selon les mentions portées dans sa demande de titre de séjour, où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et où elle n'établit pas qu'elle ne pourrait se réinsérer socialement. Dans ces conditions, l'arrêté pris par le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas les stipulations précitées de l'accord franco-algérien et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen doit être écarté ainsi que, par voie de conséquence, le moyen tiré de l'absence irrégulière de saisine de la commission du titre de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Vienne ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation familiale de Mme C dès lors qu'il relève que l'intéressée est mariée, sans enfant et n'indique pas être dépourvue de tout lien personnel et familial dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait atteinte à son droit à la vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
7. Mme C n'établit pas que, par le prononcé d'une obligation de quitter le territoire français à son encontre, l'intérêt supérieur de l'enfant de son conjoint serait méconnu dès lors que ce dernier est en situation régulière sur le territoire français et rien ne fait obstacle à ce qu'il y demeure avec son fils, lequel n'est pas l'enfant de la requérante. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur les autres conclusions :
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que de celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Martha, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
K. GILLET
Le président,
D. ARTUSLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,
La greffière
M. D
cg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026