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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401085

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401085

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, M. B C, représenté par Me Dia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", subsidiairement de prendre une nouvelle décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 920 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation ;

- elle méconnait l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle contrevient à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de renvoi :

- ces décisions sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. C d'une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, d'une part, que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, d'autre part, que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a produit un mémoire le 7 octobre 2024 qui a été enregistré sans être communiqué.

M. C été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,,

- et les observations de Me Dia, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant sénégalais né en 1998, est entré en France le 9 septembre 2022 sous-couvert d'un visa long séjour mention " étudiant " valable du 30 août 2022 au 29 août 2023 afin d'y poursuivre des études. Par un arrêté du 17 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande l'annulation de ces décisions ainsi que de la décision du 26 juin 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions applicables à la situation de M. C et mentionne l'ensemble des éléments relatifs à sa situation administrative et personnelle ainsi que les raisons pour lesquelles l'autorité administrative a rejeté ses demandes de titre de séjour portant la mention " étudiant " et pour raisons de santé. La décision, qui contient l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement est, dès lors, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ressort de cette motivation que la décision attaquée a été prise après un examen approfondi de la situation personnelle de M. C.

4. En troisième lieu , aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 : "Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi (). Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. Les intéressés reçoivent le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ". L'article 13 de la même convention dispose : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ".

5. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour dans le but de poursuivre des études sur le territoire français, les autorités peuvent légalement fonder leur décision de refus sur le défaut de caractère sérieux des études.

6. D'une part, le requérant, inscrit au titre de l'année 2022-2023 en master 1 " Transferts culturels et traduction espagnol-anglais ", a été déclaré défaillant à l'issue de son année universitaire. Il a été admis le 18 septembre 2023 à suivre une formation " Accompagnement Educatif et Social " organisée par la Croix Rouge mais a bénéficié d'un report d'un an pour son inscription en formation de sorte qu'il ne peut être regardé comme inscrit dans une formation au titre de l'année scolaire 2023-2024. De plus, cette réorientation, qui ne s'inscrit pas dans une logique de cohérence du parcours universitaire suivi précédemment, parcours dans lequel l'intéressé ne justifie pas de sa progression, n'est pas de nature à démontrer le caractère réel et sérieux des études suivies par M. C, ses problèmes de santé invoqués n'étant pas de nature à expliquer à eux seuls son échec pour l'année scolaire 2022-2023 ni la nécessité de se réorienter. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions et stipulations citées au point 4 que le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ".

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

8. Pour refuser d'admettre le requérant au séjour en raison de son état de santé, le préfet de la Haute-Vienne s'est notamment fondé sur l'avis du collège médical de l'Ofii du 18 mars 2024 aux termes duquel l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant produit à l'instance plusieurs certificats médicaux du docteur A, faisant état de ce qu'il a bénéficié d'une chirurgie en août 2023 du fait de sa pathologie, une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit et qu'il a besoin, dans le cadre de sa rééducation, de séances de kinésithérapie et d'un suivi tous les deux mois. Ces seuls éléments ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur la base de l'avis du collège médical du 18 mars 2024. Par suite, en refusant d'admettre au séjour M. C sur le fondement des dispositions citées au point 7, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, invoqué par voie d'exception à l'encontre de ces deux décisions doit être écarté.

10. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français se réfère à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique qu'elle a été prise au regard de la décision de refus de titre de séjour opposé à l'intéressé, laquelle décision comporte de manière suffisamment développée les éléments de fait sur laquelle elle se fonde, notamment quant à l'état de santé de M. C. Par suite, le moyen tenant à l'insuffisance de motivation de la décision d'éloignement doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

Sur les frais de justice sollicités par le préfet :

12. Il n'y a pas lieu, dès lors qu'il ne justifie pas avoir exposé des frais de conseil, de faire droit aux conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Gillet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef,

La greffière,

M. D

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