jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401177 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 juillet 2024 à 15h39, M. A D B, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et, d'autre part, l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Guéret pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas justifié de la compétence de son auteur ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 233-1, L. 233-2, R. 233-1, R. 233-3 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il n'est pas démontré que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 18 juillet 2024 lui refusant un titre de séjour en qualité de conjoint de citoyen européen pour les motifs ci-avant exposés ;
- elle est également illégale en raison de l'illégalité de la décision du 23 décembre 2023 lui refusant un titre de séjour en qualité d'étranger malade, dont il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur, qui est entachée de défaut d'examen réel et sérieux de sa situation et qui méconnaît les dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12, R. 425-13 et L. 429-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- il n'est pas démontré que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- il n'est pas démontré que son comportement constitue une menace pour l'ordre public ;
- cette décision apparaît disproportionnée ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des autres décisions contenues dans le même arrêté ;
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
M. D B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nicolas Normand, vice-président, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- et les observations de Me Toulouse, représentant M. D B.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant congolais né le 1er décembre 1985, M. A D B est entré en France au printemps 2023. Il y a déposé une demande d'asile le 10 mai 2023 dont le rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été confirmé le 19 janvier 2024 par une décision de la Cour nationale du droit d'asile devenue définitive. Le 12 septembre 2023, M. D B a déposé une première demande d'admission au séjour pour raisons de santé, rejetée le 22 décembre suivant. Le 19 mars 2024, l'intéressé a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour en invoquant la présence en France de son épouse de nationalité grecque. Par un arrêté du 18 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le 2 juillet suivant, cette même autorité l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Guéret pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. D B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article
L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.
3. M. D B a été assigné à résidence par un arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 2 juillet 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité de l'arrêté l'assignant à résidence dont la légalité est contestée, ainsi que sur l'arrêté du même jour obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. En revanche, il y a lieu de renvoyer à une formation collégiale les conclusions du requérant dirigées contre la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision, qui en sont l'accessoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
5. A l'appui de sa demande d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, M. D B se prévaut de l'illégalité de l'arrêté du 22 décembre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision fait l'objet d'une requête en annulation enregistrée par le greffe du tribunal le 15 mars 2024 sous le n° 2400420-2, encore pendante à la date du présent jugement.
6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Selon son article R. 425-12 : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ".
7. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'un rapport médical relatif à l'état de santé de l'étranger qui a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, doit être transmis au collège des médecins de l'office chargé de donner son avis sur le cas de cet étranger et, d'autre part, que le médecin ayant établi ce rapport ne doit pas siéger au sein de ce collège. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport au vu duquel le collège de médecins a émis son avis et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège.
8. Le préfet de la Haute-Vienne n'a pas produit, à l'appui de son mémoire en défense produit quelques heures avant la clôture de l'instruction, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur la base duquel l'arrêté précité du 22 décembre 2023 a été pris, de sorte qu'il n'est pas possible de vérifier que cet avis existe, ni qu'il a été adopté régulièrement. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que cet arrêté a été pris à la suite d'une procédure irrégulière.
9. Le vice ci-dessus constaté, qui affecte la légalité du refus de l'admission au séjour de l'intéressé eu égard à son état de santé, faisait obstacle à ce que le préfet puisse légalement obliger M. D B à quitter le territoire français alors même que cette autorité administrative a ultérieurement refusé son admission au séjour sur un autre fondement. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à se prévaloir de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé le 22 décembre 2023 pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, ainsi que celle, par voie de conséquence, des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les frais du litige :
10. M. D B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Toulouse, avocat de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Toulouse.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. D B dirigées contre la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions aux fins d'injonction afférentes à cette décision sont renvoyées devant une formation collégiale.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 18 juin 2024 est annulé en tant qu'il oblige M. D B à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui interdit de retourner sur le territoire pour une durée de deux ans.
Article 3 : L'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 2 juillet 2024 assignant M. D B à résidence est annulé.
Article 4 : L'État versera à Me Toulouse, avocat de M. D B, une somme de mille deux cents (1 200) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Toulouse renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024 à 11h00.
Le magistrat désigné,
N. ELa greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le greffier en chef,
La Greffière
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026