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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401187

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401187

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401187
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantOUANGARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 3 juillet 2024, et un mémoire ampliatif, enregistré le 13 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Ouangari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé d'une autorité qui ne justifie pas de sa compétence ;

- la mesure ne pouvait intervenir alors que la décision de la CNDA statuant sur son recours ne lui a pas été notifiée ;

- l'obligation de quitter le territoire, le refus de délivrance d'une attestation de demandeur d'asile et la décision fixant le pays de destination portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale ;

- le préfet, qui devait examiner l'ensemble de sa situation, a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation ; la mesure révèle un défaut d'examen sérieux et personnalisé de sa situation ; le préfet s'est à tort estimé lié par le rejet de la demande d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination sont intervenues en violation des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 611-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle se fonde sur la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut :

- au rejet de la requête ;

- à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Josserand-Jaillet, président honoraire, pour statuer notamment sur les litiges visés aux articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Josserand-Jaillet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1996 à Surkhab, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement le 1er juillet 2023 en France où il a demandé l'asile le 6 juillet 2023. Sa demande a été rejetée le 8 janvier 2024 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 mai 2024. Par un arrêté du 5 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. M. B a formé le 2 septembre 2024 une demande de réexamen de sa demande d'asile, au vu de laquelle lui a été délivrée une nouvelle attestation de demande d'asile valide à compter de cette date. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 5 juin 2024.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le requérant fait valoir qu'il a été muni d'une attestation de demande d'asile à compter du 2 septembre 2024, cette décision, postérieure à l'intervention de l'arrêté du 5 juin 2024, n'a toutefois pas eu pour objet ni pour effet de retirer, fût-ce implicitement, d'une part, le retrait de l'attestation de demande d'asile antérieure, d'autre part, l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français, ensemble contenus dans l'arrêté en litige, dès lors que du 28 mai 2024, date de lecture de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, au 2 septembre 2024, M. B ne justifiait pas de la qualité de demandeur d'asile. Par ailleurs, l'arrêté du 5 juin 2024, modifiant la situation administrative de l'intéressé sur le territoire, a emporté ses effets sur la même période, nonobstant la circonstance qu'à compter du 2 septembre 2024, ainsi que le relève le requérant, la délivrance de l'attestation de demande d'asile faisait obstacle à l'exécution, et uniquement celle-ci, de la mesure d'éloignement, sans pour autant avoir d'incidence sur la légalité de cette dernière. Il y a dès lors lieu de statuer sur les conclusions de M. B dirigées contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

3. M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, à compter du 26 février 2024, d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-20287-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". M. B ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le retrait de l'attestation de demande d'asile, l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination du 5 juin 2024 en litige :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : ()/ 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 542-3 de ce code dispose : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ".

5. Il résulte de ce qui précède que, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit, lorsque la Cour nationale du droit d'asile a été saisie, à compter de la date de lecture en audience publique de sa décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé " TelemOfpra ", dont les mentions ne sont sur ce point pas utilement contestées, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d'asile de M. B a été lue en audience publique le 28 mai 2024, et au surplus notifiée le 7 juin 2024. M. B ne disposait dès lors plus, à compter de la date de lecture, du droit de se maintenir sur le territoire français et c'est à bon droit que le préfet lui a retiré, par la décision en litige, son attestation de demande d'asile en application des dispositions précitées de l'article L. 542-1. La circonstance qu'ait été délivrée postérieurement à l'intéressé, au vu de sa demande de réexamen de demande d'asile enregistrée le 2 septembre 2024 en procédure dite " accélérée ", une nouvelle attestation de demande d'asile, est en tout état de cause sans incidence et, dès lors que le retrait avait emporté ses effets à compter du 5 juin 2024, n'a pu implicitement retirer cette dernière mesure.

6. En deuxième lieu, il ressort des termes du dispositif de l'arrêté du 5 juin 2024, éclairé par sa motivation, dont M. B demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet de retirer à l'intéressé son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour, dont ne saurait tenir lieu la demande d'asile, qu'aurait présentée M. B, ou de lui refuser le séjour autrement que par le rejet de sa demande d'asile. Il s'infère de là que le préfet de la Haute-Vienne, à qui aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obligation d'examiner d'office l'intégralité des droits au séjour de l'étranger qui s'était borné à une demande d'asile, a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige. Il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, qui mentionne clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. B sur lesquelles il se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas ainsi procédé à un examen réel, sérieux et complet de la situation personnelle de M. B à l'issue duquel il se serait abstenu d'exercer l'intégralité de sa compétence en s'estimant à tort lié par le rejet de la demande d'asile et en omettant de prendre en compte les autres éléments caractérisant la situation de l'intéressé. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne, dont il ressort d'ailleurs de la motivation de l'arrêté en litige qu'il a pris en compte l'ensemble des éléments utiles caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. B, ressortissant afghan, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français en juillet 2023, à l'âge de vingt-sept ans. Il fait valoir, à l'appui de sa requête et s'agissant des éléments relatifs à sa vie privée et familiale, les risques qu'il encourrait en cas de retour dans son pays d'origine après s'être inséré en France. Toutefois, en se bornant à faire valoir cet élément dont au demeurant il ne justifie pas, et au regard de son entrée très récente sur le territoire où il est isolé et sans ressources, alors qu'il n'allègue pas même être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et y a ainsi nécessairement tissé des liens, il n'apporte aucun élément permettant de corroborer ses allégations quant à son insertion dans la société française. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, tiré notamment de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Par les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de M. B.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. ()". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ". D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. D'une part, M. B ne peut utilement invoquer l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire, distincte de la décision fixant le pays de destination, et qui par elle-même n'a pas pour objet ni pour effet de désigner le pays vers lequel l'intéressé devra être éloigné pour l'exécution de cette mesure. Le moyen qui en est tiré ne peut par suite qu'être écarté comme inopérant en tant qu'il est articulé à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire en litige.

11. D'autre part, si M. B allègue qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants et d'atteinte à sa sécurité physique en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte toutefois pas à l'instance, après le rejet de sa demande d'asile, d'élément probant et de nature à établir la réalité de cette affirmation, qui ne saurait être rétablie par le récit qu'il produit à l'instance tiré de sa demande de réexamen de demande d'asile et évalué comme succinct lors du premier examen de cette dernière. Par ailleurs, la production d'éléments généraux sur la situation dans son pays d'origine ou les attestations de participation à diverses activités associatives en France tendant à montrer son acculturation occidentale nouvellement produits à l'instance après la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'établissent pas par eux-mêmes la réalité de risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour en Afghanistan, lesquels ne sauraient résulter de la seule évolution de la situation géopolitique et sécuritaire intervenue depuis le mois d'août 2021 alors qu'à l'occasion d'une décision n°22023959 du 14 février 2023, librement consultable sur son site internet, la Cour nationale du droit d'asile, s'appuyant sur les analyses récentes de l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA) publiées en janvier 2023, a estimé que si douze des trente-quatre provinces d'Afghanistan, dont celle de Kaboul, dont l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a relevé qu'il serait amené à la traverser en cas de retour, étaient en proie à une situation de violence aveugle affectant les civils résultant d'un conflit armé, cette situation n'atteint cependant pas un niveau tel qu'il existerait des motifs sérieux et avérés d'estimer que chaque civil qui y retourne court, du seul fait de sa présence dans ces provinces, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'en prenant à son encontre l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination en litige le préfet, qui n'a pas méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation, aurait commis en cette dernière une erreur qui entacherait ces deux décisions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du retrait de l'attestation de demande d'asile, de l'obligation de quitter le territoire et de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen dirigé contre l'interdiction de retour sur le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. B au titre des frais liés au litige. Il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de l'Etat les frais exposés à l'instance par le préfet de la Haute-Vienne et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2: Les conclusions de l'Etat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Haute-Vienne.

Copie pour information en sera adressée à Me Ouangari.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

D. JOSSERAND-JAILLET

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef

La greffière,

M. A2

cg

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