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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401210

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401210

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401210
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Marty, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 24 juin 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de regroupement familial, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 920 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la situation d'urgence :

- en raison de son éloignement, son époux n'a pu assister à la naissance en France de leur fils A, dont il demeure séparé ;

- elle doit présenter le concours d'entrée à l'école des avocats à compter du 3 septembre 2024 et ne dispose pas de moyens financiers ou humains pour la garde de leur fils A ;

- la séparation du couple ne peut perdurer compte tenu de ses conditions d'existence et du très jeune âge de l'enfant ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas exercé son pouvoir discrétionnaire d'appréciation en ne prenant en compte que la seule condition de ressources ;

- la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'intérêt supérieur de son fils en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 juillet 2024 sous le n° 2401211 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pierre-Marie Houssais, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension :

1. M. E D, ressortissant arménien, s'est marié à Limoges le 11 mars 2023 avec Mme B C. Par un arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. E D qu'il a assorti d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Le 20 septembre 2023, M. D a été éloigné vers l'Arménie. Le 4 mars 2024, Mme C a déposé une demande de regroupement familial que le préfet a rejeté par une décision du 24 juin 2024. Mme C demande la suspension de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Selon l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire. () ". Enfin, l'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision rejetant sa demande de regroupement familial au profit de son époux, Mme C, qui ne conteste pas qu'elle ne remplit pas la condition de ressources prévue à l'article L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait valoir que son conjoint n'a pu, en raison de son éloignement le 20 septembre 2023, assister à la naissance en France de leur fils A le 14 février 2024 dont il demeure séparé, qu'elle ne dispose pas de moyens financiers et humains pour la garde de leur fils A alors qu'elle va présenter l'examen d'entrée à l'école des avocats à compter du 3 septembre 2024 et que la séparation du couple ne peut perdurer compte tenu de ses conditions d'existence et du très jeune âge de l'enfant.

5. Il résulte toutefois de l'instruction que M. D, dont le recours formé contre l'arrêté préfectoral du 7 juillet 2023 prononçant son éloignement à raison de sa situation irrégulière sur le territoire français a été rejeté par le tribunal administratif par un jugement n° 2301463 du 23 novembre 2023, a été condamné pour des faits de violences conjugales à une peine de six mois d'emprisonnement assortie du sursis simple par le tribunal correctionnel de Strasbourg le 31 août 2023. En outre, il n'est pas établi ni même allégué que M. D aurait, en dépit de son éloignement, contribué à l'entretien et à l'éducation de son fils. Par ailleurs, Mme C qui produit un courriel de la commune de Limoges du 15 mai 2024 l'informant que sa demande de réservation de place en crèche pour l'accueil de son fils a fait l'objet d'une décision défavorable de la commission d'admission réunie le 14 mai 2024 ne démontre pas, par cette seule pièce, qu'elle serait dépourvue de tout moyen de garde pour son fils A, notamment lors des épreuves du concours d'entrée à l'école des avocats qu'elle présentera à compter du 3 septembre 2024. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, que les conclusions de la requête présentées par Mme C, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le juge des référés,

P.-M. HOUSSAIS

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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