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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401213

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401213

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantAVOC'ARENES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en juge unique, a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du 1er juillet 2024 de la préfète de la Creuse l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a estimé que la décision était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas le droit à une vie privée et familiale normale, ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968. La solution retenue s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'accord franco-algérien.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Pau le 2 juillet 2024, M. C A a demandé au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi.

Il soutient que la mesure, insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale, qu'il justifie avoir établie en France et qu'il exerce une activité professionnelle.

Par une ordonnance n° 2401686 en date du 4 juillet 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Pau, constatant la remise en liberté de l'intéressé par l'autorité judiciaire, a renvoyé au tribunal administratif de Limoges le dossier de la requête de M. A, qui a indiqué à ce tribunal ne pas avoir sollicité l'aide juridictionnelle et a expressément renoncé à être assisté d'un avocat, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 juillet et le 1er août 2024, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête.

Elle soutient :

- que les conclusions dirigées contre l'assignation à résidence en litige sont irrecevables ;

- qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré au greffe le 30 juillet 2024, M. A, alors représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

- de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

- d'annuler l'arrêté en date du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

- d'annuler l'arrêté en date du 3 juillet 2024 par lequel la préfète de la Creuse l'a assigné à résidence ;

- d'enjoindre à la préfète de la Creuse, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence d'algérien d'une durée d'un an, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans tous les cas, de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté en litige ne justifie pas de sa compétence ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle ne procède pas d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est intervenue en violation de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

-elle méconnaît les articles 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire qui la fonde et pour les mêmes motifs que cette dernière ;

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire qui la fonde et pour les mêmes motifs que cette dernière ;

- le signataire de cette décision ne justifie pas de sa compétence ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît les articles 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 22 janvier 1996 à Tizi-Ouzou, est, selon ses allégations, entré irrégulièrement en 2020 en France où il s'est depuis maintenu en situation irrégulière, en méconnaissance d'un premier arrêté du 5 février 2020 par lequel le préfet de l'Essonne, à la suite de son interpellation pour des faits de vol, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Interpellé le 22 juin 2023 à la suite de sa soustraction à un contrôle routier, il a fait l'objet d'un arrêté du 23 juin 2023, par lequel la préfète de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an. M. A, qui s'est maintenu irrégulièrement en France, a de nouveau été interpellé le 29 juin 2024 dans le cadre de l'instruction d'une plainte pour viol. Par un nouvel arrêté du 30 juin 2024, la préfète de la Creuse l'a de nouveau obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé l'Algérie pour destination de la mesure d'éloignement, puis, par un arrêté du 1er juillet 2024, notifié le jour même, la préfète de la Creuse a repris les mêmes mesures à l'encontre de M. A. Placé en rétention administrative, M. A a été remis en liberté au motif d'une irrégularité de procédure par le juge des libertés et de la détention, par une ordonnance qui vise l'obligation de quitter le territoire du 1er juillet 2024, circonstance qui a conduit la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Pau à transmettre, par une ordonnance du 4 juillet 2024, au tribunal administratif de Limoges la requête, enregistrée le 2 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024. Par un arrêté du 3 juillet 2024, la préfète de la Creuse a assigné M. A à résidence à Guéret pendant une durée de quarante-cinq jours. Par un mémoire enregistré le 30 juillet au greffe du tribunal administratif de Limoges, M. A demande l'annulation de cette dernière mesure et de l'arrêté de la préfète de la Creuse, en date du 1er juillet 2024, qu'il produit à l'appui de sa requête et de ses dernières écritures, lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notification, mentionnant les voies et délais de recours, de l'arrêté du 1er juillet 2024, nonobstant le constat du refus de l'intéressé de signer celle-ci, et de l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du 3 juillet 2024, que l'obligation de quitter le territoire français en litige a été notifiée à M. A le 1er juillet 2024 à 09h55. Par ailleurs, M. A, qui n'a pas coché dans le formulaire qu'il a utilisé pour sa requête la case signalant une demande d'avocat commis d'office, a expressément, signant le 15 juillet 2024 le reçu de notification de l'avis de convocation à l'audience publique du 2 août 2024 au tribunal administratif de Limoges, déclaré ne pas avoir déposé de demande d'aide juridictionnelle et ne pas souhaiter l'assistance d'un avocat commis d'office. Il ne résulte pas de l'instruction que, dans le délai du recours contentieux de 48 heures, en l'absence notamment de toute mention sur ce point dans l'ordonnance de renvoi du 4 juillet 2024, et au vu des échanges entre conseils produits à l'instance, M. A aurait présenté une demande d'aide juridictionnelle. Dès lors, en l'absence de preuve de dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle avant l'enregistrement de la requête, il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur l'étendue du litige :

4. Il ressort tant de la requête de M. A enregistrée le 2 juillet 2024 au greffe du tribunal administratif de Pau que des visas de l'ordonnance du 4 juillet 2024 susvisée que M. A s'est borné, dans la présente instance, à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel la préfète de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Il suit de là que n'ont pas été mis en cause à la date d'enregistrement de la requête l'arrêté du 23 juin 2023, au demeurant devenu définitif et en vigueur à la date du présent jugement, non plus que l'arrêté du 30 juin 2024 mentionné au point 1 de ce dernier, ni l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel la préfète de la Creuse a assigné M. A à résidence à Guéret pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur la recevabilité des conclusions nouvelles présentées par M. A dans son mémoire enregistré le 30 juillet 2024 :

5. Si les conclusions de M. A tendant au prononcé d'une injonction et à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative nouvellement présentées dans son mémoire enregistré au greffe le 30 juillet 2024 peuvent être regardées comme accessoires aux conclusions qu'il a dirigées contre l'arrêté du 1er juillet 2024 en litige dans sa requête enregistrée le 2 juillet, à l'intérieur du délai de recours contentieux, les conclusions nouvelles présentées dans le même mémoire tendant à l'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence du 3 juillet 2024, notifié le même jour, enregistrées le 30 juillet 2024, après l'expiration du délai de recours contentieux, sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

6. En premier lieu, par un arrêté n° 23-2024-01-05-00001en date du 5 janvier 2024 de la préfète de la Creuse, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 23-2024-003 du même jour, M. Ottman Zair, secrétaire général de la préfecture de la Creuse, a reçu délégation pour signer, à compter du 8 janvier 2024, toutes décisions hors celles expressément énumérées dans ledit arrêté, et notamment en matière de séjour et d'éloignement des étrangers, telles que les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ce dernier doit être écarté.

7. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : /1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ". Il résulte de ces dispositions que les stipulations de l'accord franco-algérien ne peuvent être utilement invoquées pour contester une mesure d'éloignement décidée en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment des 1° et 2° précités de son article L. 611-1.

9. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté en litige et des procès-verbaux d'audition de l'intéressé en date des 5 février 2020 et 29 juin 2024, ainsi que du procès-verbal de constatations en enquête de flagrance du 22 juin 2023, que, depuis son entrée irrégulière sur le territoire français, en 2020 selon ses déclarations non assorties de justificatifs, M. A n'a effectué de toute cette période jusqu'à l'intervention de la mesure en litige aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative au regard de son droit au séjour. Le comportement de l'intéressé, qui le fait ainsi entrer dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 précité, constitue une circonstance suffisante pour que la préfète de la Creuse, qui au regard de la motivation de l'arrêté en litige a entendu également appliquer le 2° du même article en relevant le fait que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France en méconnaissance d'une précédente mesure d'éloignement du 23 juin 2023 et de l'interdiction de retour, en vigueur à la date de l'arrêté en litige, dont cette dernière est assortie, décide, en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'obliger à quitter le territoire français. Les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne privent pas par ailleurs l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue, comme la préfète l'a également estimé en l'espèce, une menace pour l'ordre public.

10. En troisième lieu, l'obligation de quitter le territoire en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de M. A sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à son destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration qu'elle devrait reprendre exhaustivement tous les éléments de la situation de fait de l'intéressé, est, dès lors, suffisamment motivée notamment au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation, celui-ci déduit du premier et tiré d'une contestation de fond, étrangère à la motivation qui relève de la légalité externe de l'acte, de l'exactitude matérielle des faits mentionnés, manquent dès lors en fait et doivent être écartés.

11. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient, sous réserve, en tout état de cause, de l'ordre public, à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui, sans l'établir et selon ses affirmations, qu'il contredit devant les services de police en indiquant avoir, à la date d'une audition du 29 juin 2024, cessé toute activité depuis un mois, allègue justifier d'une activité professionnelle, n'a effectué, ainsi qu'il a été dit précédemment avant l'intervention de la décision en litige aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative. Il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire irrégulièrement en méconnaissance de deux mesures d'éloignement prise à son encontre, pour la première dès le 5 février 2020 par le préfet de l'Essonne. Il n'établit enfin pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où il a ainsi nécessairement tissé des liens. Au surplus, et sans qu'il ressorte de la motivation de l'arrêté en litige que la préfète de la Creuse ait entendu opposer principalement cette considération d'ordre public à l'intéressé, M. A, déjà mis en cause pour des faits de vol en réunion peu après son arrivée en France puis pour s'être soustrait en 2023 à un contrôle routier en état de conduite de véhicule sous stupéfiants, à l'occasion duquel il a produit à l'enquête des documents administratifs à la valeur probante non démontrée, était à la date de l'arrêté en litige visé par une plainte pour viol. L'ensemble de ces circonstances n'est pas de nature à révéler une insertion adéquate dans la société française. Par ailleurs, la seule circonstance, qui en tout état de cause ne lui ouvre par elle-même aucun droit au séjour, que deux de ses frères résideraient en France ne constitue pas une attache sur le territoire. Enfin, s'il allègue, contredisant ses déclarations durant ses auditions, mener une vie maritale, depuis juillet 2023, avec une ressortissante française, il ne l'établit pas par les éléments qu'il produit, notamment un bail locatif portant une date de signature postérieure à la décision en litige, au demeurant, s'agissant particulièrement de l'attestation de la personne présentée comme sa compagne, entachée de discordances, sur la forme et sur le fond, ainsi que le relève la préfète dans ses écritures contentieuses ou encore des attestations de témoignages peu circonstanciées. Dans ces conditions, la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces mesures ont a été prises. La préfète n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni porté, notamment au regard des considérations d'ordre public, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale ou encore entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. A.

13. Il résulte de ce qui précède que la préfète de la Creuse a pu légalement, sur le fondement des dispositions précitées des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décider d'obliger M. A à quitter le territoire français sans délai et fixer son pays d'origine pour destination, outre l'interdiction de retour sur le territoire français, du 23 juin 2023, dont l'intéressé restait l'objet à la date de l'intervention des décisions en litige.

14. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

15. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Dès lors, par voie de conséquence, les conclusions de sa requête aux fins d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. A au titre des frais liés au litige.

D E C I D E:

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de la Creuse.

Copie pour information en sera adressée à Me Toulouse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

Le magistrat désigné,

D. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en Chef

La greffière,

M. B

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