vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401234 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | TERRIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juillet et 2 août 2024, Mme A C, représentée par Me Terrien, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à l'intervention de la décision de la Cour nationale du droit d'asile sur sa demande d'asile.
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
- le signataire de l'arrêté en litige ne justifie pas de sa compétence ;
Sur le retrait de l'attestation de demande d'asile :
- le préfet s'est à tort estimé lié par le rejet de la demande d'asile ;
- elle devait conserver son attestation de demande d'asile dès lors que sa situation est liée à celle de son époux qui a présenté des demandes de titre de séjour sur d'autres fondements que l'asile ;
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- l'obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité du retrait de son attestation de demande d'asile ;
- elle justifie devoir comparaître en personne devant la Cour nationale du droit d'asile pour apporter à l'audience les éléments indispensables à la défense de sa cause dans une globalité avec son époux et son fils, alors même que sa demande d'asile a été instruite selon la procédure accélérée ; elle est par suite fondé à obtenir, à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire en litige sur le fondement de l'article L. 752-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- au regard de l'état de santé de son époux auprès de qui sa présence est indispensable, l'obligation de quitter le territoire en litige est intervenue en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est intervenue en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du retrait de l'attestation de demande d'asile ;
- l'état de santé de son père nécessite un suivi pour des soins qui ne peuvent être dispensés qu'en France avec sa présence et auxquels l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ne peut légalement faire obstacle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Terrien, représentant Mme C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante géorgienne née le 7 janvier 1976 à Tchiatura (ex-URSS), est entrée, selon ses déclarations, le 10 août 2023, accompagnée de son époux et leur fils, en France, où elle a demandé l'asile le 25 septembre 2023. Sa demande, enregistrée le 20 octobre 2023 et examinée selon la procédure prévue par l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 16 mai 2024, notifiée le 13 juin 2024. Par un arrêté du 18 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne a retiré son attestation de demandeur d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français en lui fixant un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination, et lui a interdit le retour en France pendant un an. Mme C demande l'annulation de chacune de ces décisions.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté en litige pris dans son ensemble :
4. M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie, à compter du 26 février 2024, d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-20287-2024-029 du 15 février 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Mme C ne peut, en tout état de cause, utilement alléguer que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies en l'absence de toute condition mise à la délégation de signature sur ce point. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité du retrait de l'attestation de demande d'asile :
5. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 541-2 du même code précise que " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 542-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ". Aux termes de l'article L. 531-24 dudit code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; 2° Le demandeur a présenté une demande de réexamen qui n'est pas irrecevable ; 3° Le demandeur est maintenu en rétention en application de l'article L. 754-3. ". Il résulte de ces dispositions que le droit du demandeur d'asile à se maintenir sur le territoire, dans le cas où sa demande a été examinée par l'Ofpra selon la procédure accélérée prévue à l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cesse à la date de l'intervention de la décision de rejet prise par l'office.
6. Il ressort des pièces du dossier que, si Mme C justifie avoir obtenu, par une décision notifiée le 21 juin 2024, l'aide juridictionnelle en vue de présenter un recours devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision du 16 mai 2024 par laquelle l'Ofpra a rejeté sa demande d'asile examinée selon la procédure accélérée mentionnée dans l'arrêté en litige, cette décision lui a été notifiée le 13 juin 2024, antérieurement à l'édiction de la mesure en litige. Or, il ressort des termes du dispositif de l'arrêté du 18 juin 2024, éclairé par sa motivation, dont Mme C demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet de retirer à l'intéressée son attestation de demande d'asile, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée Mme C ou de lui refuser le séjour autrement que par le rejet de sa demande d'asile. Il suit de là que le préfet de la Haute-Vienne a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige. Dès lors, Mme C ne justifiait plus à cette date d'un droit au maintien sur le territoire français par sa demande d'asile. Par suite, Mme C pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement sans que le préfet ait été tenu d'attendre que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours introduit par l'intéressée. Par ailleurs, le droit à un recours effectif n'implique pas que l'étranger, dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée, puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile et ce alors qu'il peut se faire représenter devant cette juridiction.
7. Enfin, l'attestation de demande d'asile, dont l'objet est de justifier que son titulaire dispose, durant la période de l'instruction de son dossier de demande d'asile, de droits attachés à la qualité de demandeur d'asile, est par nature un document dont les effets sont limités à la procédure d'asile. Cette attestation, en tout état de cause, ne saurait être assimilée à un récépissé délivré à un étranger qui a formé une demande, fût-elle concomitante, de titre de séjour sur un autre fondement. Dès lors, la seule circonstance que l'époux de Mme C a pu présenter une demande de titre de séjour, au demeurant rejetée, au motif de son état de santé ne peut conduire l'intéressée à faire valoir un droit au maintien sur le territoire sous couvert de l'asile pour assister son mari. Le moyen tiré de cette circonstance est par suite inopérant sur la légalité du retrait de l'attestation de demande d'asile.
8. Il résulte de ce qui précède que, dans l'ensemble de ses branches, le moyen tiré, à l'appui des conclusions de la requête aux fins d'annulation du retrait de l'attestation de demandeur d'asile, de ce que le préfet de la Haute-Vienne, aurait entaché ce retrait d'illégalité en ne permettant pas à Mme C de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur son recours, doit être écarté.
9. En second lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, dont aucune disposition législative ou réglementaire n'imposerait à l'administration qu'elle retrace de manière exhaustive l'ensemble des circonstances de fait relatives à la situation de l'intéressée et notamment en l'espèce les considérations tirées d'éléments ne relevant pas de l'asile ou de la situation de son époux, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne se serait à tort estimé lié par le rejet de la demande d'asile pour prendre l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire en litige :
10. En premier lieu, et en tout état de cause, il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme C ne peut exciper de l'illégalité du retrait de l'attestation de demande d'asile à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire.
11. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire en litige énonce clairement les considérations de droit et de fait relatives à la situation personnelle de Mme C sur lesquelles elle se fonde, dans une mesure suffisante pour permettre à sa destinataire d'en connaître et discuter utilement les motifs, et pour mettre le juge de l'excès de pouvoir en mesure d'exercer son office en pleine connaissance de cause. Cette décision est, dès lors, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et, en tout état de cause, de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, qui mentionne ainsi qu'il vient d'être dit les circonstances propres à la situation personnelle de Mme C, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Le moyen qui en est tiré doit dès lors être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, aux termes des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
14. Mme C, ressortissante géorgienne, est entrée, selon ses déclarations, sur le territoire français en 2023, à l'âge de quarante-sept ans. Si elle était accompagnée de son époux et de son fils, devenu majeur, tous deux sont également en situation irrégulière sur le territoire, et au regard de leur entrée très récente sur le territoire, la famille, dépourvue de ressources, n'apporte pas d'éléments permettant de démontrer l'existence d'une insertion particulière dans la société française, ce que ne suffit pas à révéler les cours de français suivis par Mme C. Par ailleurs, Mme C n'établit pas ses allégations selon lesquelles elle serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-sept ans et où elle a ainsi nécessairement tissé des liens. Enfin, si elle fait état de la demande de titre de séjour de son époux en qualité d'étranger malade, elle n'apporte à l'instance aucun élément de nature à établir que les pathologies dont souffre celui-ci nécessiteraient des soins qui ne pourraient être dispensés qu'en France et que sa présence à ses côtés serait indispensable. Dans ces conditions, elle n'établit pas qu'à la date à laquelle elle est intervenue et s'apprécie sa légalité, la mesure d'éloignement porterait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, à la continuité de laquelle cette décision ne fait pas obstacle dans le pays d'origine commun de la famille. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale doit être écarté. Par les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas entaché, à la même date, l'obligation de quitter le territoire en litige d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de Mme C.
S'agissant des conclusions de la requête aux fins de suspension, à titre subsidiaire :
15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes :() b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ".
16. Il résulte des dispositions combinées du 7° de l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 6° du I de l'article L. 511-1, du I bis de l'article L. 512-1 et de l'article L. 512-3 du même code, qu'un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, peut contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi a la possibilité, le cas échéant, en application de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, le droit à un recours effectif tel que protégé notamment par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas que l'étranger dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile et ce alors qu'il peut se faire représenter devant cette juridiction.
17. Il découle de ces dispositions que le juge saisi de conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement sur le fondement des articles R. 776-13-1 à R. 776-13-3 ne peut, pour apprécier le mérite de ces conclusions, qu'écarter comme inopérants tous les moyens de la requête étrangers à la contestation par l'intéressé devant la Cour nationale du droit d'asile de la décision par laquelle l'Ofpra a rejeté sa demande d'asile et doit fonder sa décision sur le doute sérieux quant à son droit à l'asile que peuvent apporter les éléments nouveaux produits à l'instance par l'intéressé et la démonstration par celui-ci de la nécessité qu'il les présente en personne à l'audience devant la Cour nationale du droit d'asile.
18. En l'espèce, d'une part, et en tout état de cause, Mme C ne peut utilement faire valoir les considérations relatives à l'état de santé de son époux, qui sont étrangères à sa propre demande d'asile. D'autre part, si Mme C conteste dans ses écritures contentieuses les motifs de la décision de l'Ofpra du 16 mai 2024, elle n'apporte à l'instance aucun élément nouveau ou déterminant qui, d'une part, soulèverait un doute sérieux quant à son droit à l'asile, d'autre part, ne pourrait être exposé que par elle-même à l'audience de la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 18 juin 2024 doivent être rejetées.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
19. En premier lieu, il résulte de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire, que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
20. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
21. Si Mme C soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Géorgie par référence aux risques qu'encourrait son mari, elle n'apporte toutefois pas à l'instance, après le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), d'élément probant, dont s'agissant de la réalité de harcèlements graves ou d'une discrimination forte, de nature à établir la réalité de cette affirmation. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen articulé contre l'interdiction de retour sur le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du retrait de l'attestation de demande d'asile doit être écarté.
23. En second lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du présent jugement, le moyen, articulé contre l'interdiction de retour sur le territoire français, tiré de ce que cette mesure ferait obstacle illégalement à ce que les soins nécessités par l'état de santé de son époux, et notamment un traitement de sa surdité, lui soient dispensés exclusivement en France en sa présence, doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige ou, à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 18 juin 2024.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de Mme C au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C, et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie pour information en sera adressée à Me Terrien.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le magistrat désigné,
D. D
Le greffier,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef
Le Greffier
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026