mardi 19 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401249 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 10 juillet, le 16 septembre et le 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prolongé pour une durée de deux ans, son interdiction de retour sur le territoire français de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien " vie privée et familial " d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au regard de son droit au séjour dans les mêmes conditions de délais, et dans les deux cas, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et des paragraphes 4 et 5 de l'article de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants ;
- sa présence ne constitue pas actuellement une menace suffisante à l'ordre public telle que prévue à l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour.
La décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée en doit et en fait ;
- est disproportionnée au regard de son droit à une vie privée et familiale.
La décision portant fixation du pays de renvoi :
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée et à ce soit mise à la charge du requérant la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Christophe,
- et les observations de Me Toulouse, représentant M.A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né en 1992, est entré irrégulièrement en France le 24 novembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office de protection des réfugiés et apatrides du 8 février 2021, confirmée le 15 décembre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a sollicité le 9 juin 2023 la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de parent de deux enfants français. Il a été entendu le 28 novembre 2023 par la commission du titre de séjour qui a émis un avis défavorable daté du même jour. Par un arrêté du 16 avril 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prolongé pour une durée de deux ans son interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Il est constant que M. A, entré en France le 24 novembre 2019, est le père de deux enfants de nationalité française, nés le 21 novembre 2022 et le 18 février 2024 de sa relation avec une ressortissante française chez laquelle il réside depuis près de deux ans. Il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient le préfet en défense que le requérant qui dispose de l'autorité parentale, participe effectivement à leur éducation et leur entretien. Plusieurs attestations émanant de la famille de sa conjointe, sa mère, sa grand-mère et sa tante soulignent que M. A s'occupe au quotidien de ses deux filles aussi bien dans les tâches domestiques, la préparation des repas et les changes, que dans les activités de loisirs, promenades et jeux. Chacune met en avant le côté respectueux du requérant à leur égard. Le médecin de la protection maternelle et infantile du conseil départemental de la Haute-Vienne atteste que M. A vient régulièrement en consultation avec ses deux enfants dans le cadre de leurs suivis médicaux. Deux autres attestations des 6 juillet et 12 août 2024 émanant de médecins confirment que le requérant a accompagné l'une de ses deux filles en consultation. M. A produit également plusieurs factures d'achat à son nom de produits alimentaires, vêtements ou jouets pour enfants attestant de sa participation à l'entretien de ses deux filles. Les extraits du bulletin n°2 de son casier judiciaire en date des 26 juin et 19 octobre 2023 font apparaître trois mentions, deux ordonnances pénales prononcées le 10 novembre 2021 pour usage illicite de stupéfiants et le 10 mars 2022 pour recel de bien provenant d'un vol pour lesquelles il a été condamné respectivement à 500 et 200 euros d'amende, et une condamnation le 25 juillet 2023 à 10 mois d'emprisonnement pour des faits d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, détention, transport et acquisition non autorisée de stupéfiants. Si ces condamnations sont récentes et répétées sur un lapse de temps très court, il ressort toutefois des pièces du dossier que dès son arrivée à la maison d'arrêt de Guéret, M. A a entamé des démarches de soins et un suivi régulier auprès d'un psychologue et d'un addictologue au centre hospitalier de La Valette ainsi qu'en attestent les certificats produits par le requérant. Il a également participé à des cours de remise à niveau en français et en mathématiques pour lesquels l'enseignant a souligné son assiduité et sa volonté. Dans ces conditions, malgré le caractère réitéré des infractions commises, et alors que le refus de séjour opposé à M. A fait obstacle à ce qu'il puisse travailler régulièrement pour subvenir aux besoins de ses enfants, en refusant de lui délivrer le certificat de résidence d'un an au motif que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Vienne a méconnu l'intérêt supérieur de ces derniers protégé par les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Haute-Vienne lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et prolongation de l'interdiction de retour.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard à ces motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention vie privée et familiale. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention vie privée et familiale, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Toulouse renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé à M. A de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prolongé pour une durée de deux ans son interdiction de retour sur le territoire français de trois ans est annulé.
Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:L'Etat versera à Me Toulouse la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir l'aide juridictionnelle.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Chambellant, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J. REVEL
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. C
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026