lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401263 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme C D, épouse E, représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 20 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, a refusé de lui renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, et lui a interdit le retour sur le territoire pendant un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an portant la mention " étranger malade ", subsidiairement de réexaminer sa situation, l'ensemble dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et dans tous les cas de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour immédiatement dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le refus de séjour révèle, par sa motivation reprise uniquement d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;
- en rompant la continuité des soins qui lui sont nécessaires à peine de conséquences d'une extrême gravité, le refus de séjour est intervenu en violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- faute de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 8 mars 2024, le refus de séjour méconnaît les articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- au regard des conditions de son séjour en France et de son état de santé, ce refus porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- cette même décision est intervenue en violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire sur lesquels elle se fonde ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 20 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit à l'instance ses observations sur la situation médicale de Mme E, celle-ci ayant, par le contenu de ses écritures contentieuses et les pièces produites à l'appui, levé le secret médical.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 13 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F ;
- les observations de Mme E, assistée de Mme A, interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante géorgienne née le 15 juillet 1985 à Lentekhi (ex-URSS), est, selon ses déclarations, entrée le 21 août 2023, accompagnée de son époux et de leur fils mineur, dans des conditions indéterminées en France où son époux et elle ont demandé l'asile le 29 août 2023. Sa demande, enregistrée le 21 septembre 2023, sous le régime de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée le 8 décembre 2023 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), notifiée le 2 janvier 2024. Concomitamment à sa demande d'asile, informée de cette possibilité, Mme E avait présenté le 26 décembre 2023 une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Au vu du rejet de la demande d'asile, et d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 8 mars 2024, par un arrêté du 20 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, a refusé de lui renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour en France pendant un an. Mme E demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2024. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme E tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade :
4. En premier lieu, alors que par le contenu de ses écritures contentieuses dans sa requête Mme E avait levé auparavant le secret médical, et tandis qu'il n'appartenait pas au préfet de produire dans ces circonstances le contenu des éléments médicaux sur lesquels se fonde l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 8 mars 2024 mais uniquement les conclusions de ce dernier, l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par son mémoire en intervention volontaire susvisé, a produit à l'instance les éléments médicaux relatifs à la situation de Mme E et les éléments contextuels dans son pays d'origine de l'affection dont elle est atteinte. Ces pièces, dans le cadre de la procédure contentieuse contradictoire, ont dans ces conditions propres à l'espèce été communiquées aux parties. Cette production établit notamment l'existence de l'avis visé dans la décision en litige du 20 juin 2024 et permet à Mme E de connaître utilement ses mentions et sa motivation. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que le refus de séjour en litige, faute de production dudit avis, mais sans autre précision permettant d'en apprécier la portée, méconnaîtrait les articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige, qui mentionne les circonstances propres à la situation personnelle de Mme E, ni des autres pièces du dossier, et notamment de la circonstance que le préfet de la Haute-Vienne s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que l'administration n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressée. Le moyen qui en est tiré doit dès lors être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
7. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii). Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ". Il résulte de ces dispositions combinées à celles de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins, nommés par le directeur général de l'Ofii, auquel un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur qui ne siège pas au sein du collège, est préalablement transmis. Pour cela, l'article 1 du même arrêté prévoit que " le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
8. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Ofii venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
9. Par l'avis susmentionné émis le 8 mars 2024 à la suite de la demande de titre de séjour présentée par Mme E, le collège de médecins de l'Ofii a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'elle pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine où les caractéristiques du système de santé et l'offre de soins lui permettent de bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
10. Pour contester cette appréciation, Mme E, qui a levé le secret médical, produit plusieurs documents médicaux, dont certains et notamment une attestation du centre hospitalier universitaire de Limoges du 22 juillet 2024 sont postérieurs à l'arrêté en litige mais décrivent la prise en charge médicale de l'intéressée depuis avant son entrée en France, des convocations pour des examens médicaux, et des documents généraux, notamment un rapport d'études en sciences politiques de 2022, et une analyse de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés, sur le système de santé en Géorgie, et notamment les performances de ce dernier pour la prise en charge en oncologie.
11. Il ressort par ailleurs de l'ensemble du dossier médical produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que Mme E, après avoir subi en Géorgie une tumorectomie élargie au ganglion sentinelle en avril 2023 et une quadrantectomie le 13 juin 2023 pour traiter un carcinome canalaire mammaire invasif de grade 2, a bénéficié en France d'une mastectomie le 21 novembre 2023, et conserve un résidu lésionnel cicatriciel de bas grade avec parallèlement un nodule granulomateux du lobe supérieur du poumon gauche détecté le 17 octobre 2023. Pour ce tableau clinique, ont été prescrits à Mme E un suivi oncologique semestriel et un traitement médicamenteux comprenant notamment du tamoxifène et de la triptoréline. Le pronostic n'est pas renseigné dans ces documents, mais la fiche RCP du service d'oncologie en date du 11 décembre 2023 ne révèle pas de caractère péjoratif des lésions subsistantes à cette date.
12. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de Mme E nécessiterait d'autres soins que le traitement et le suivi qui lui ont été prescrits, et que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a intégralement pris en compte pour émettre son avis. D'autre part, s'il apparaît que le même collège a estimé que la prescription de la triptoréline, médicament coûteux, n'était pas conforme aux protocoles en usage dans la situation de Mme E, qui n'avait pas reçu de chimiothérapie dans le prolongement de laquelle cette molécule est usuellement prescrite, et a ainsi apprécié en intégrant ce critère l'accessibilité de la requérante aux soins que nécessite son état en Géorgie, Mme E n'établit pas, par les éléments qu'elle produit, le caractère erroné de cette appréciation. Enfin, les éléments d'ordre général produits à l'appui de la requête sur le système de santé géorgien et l'accès aux soins ne contredisent pas sérieusement l'étude personnalisée au regard du cas particulier de Mme E à laquelle s'est livrée le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui a notamment localisé géographiquement la disponibilité des produits et des suivis que nécessite l'état de santé de l'intéressée ainsi que l'accessibilité économique de ceux-ci. Dans ces conditions, les pièces produites par Mme E n'apportent pas la preuve d'une appréciation erronée de son état de santé par le collège des médecins dans l'avis du 8 mars 2024 dont le préfet s'est approprié la teneur. Ainsi, les éléments produits par Mme E, s'ils viennent également à l'appui de la défiance qu'elle éprouve envers le système de santé dans son pays d'origine au regard de son expérience, ne peuvent suffire à renverser la présomption de disponibilité et d'accessibilité des soins adaptés à son état dans son pays d'origine et, partant, à la continuité des soins qui lui sont nécessaires. Le moyen tiré de ce que l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait été méconnu doit, par suite, être écarté.
13. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations ou tel qu'il découle de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qui prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ", d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine.
14. Mme E, ressortissante géorgienne, est entrée, selon ses déclarations, sur le territoire français le 21 août 2023 avec son mari et leur fils mineur. Elle fait valoir, à l'appui de sa requête, d'une part son état de santé, d'autre part la scolarité que son fils a entamée en France au collège.
15. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme E n'établit pas que les soins que nécessite son état de santé ne devraient pouvoir être dispensés qu'en France, et secondairement imposeraient la présence à ses côtés de son époux et de leur fils sur le territoire.
16. D'autre part, alors que les résultats scolaires de son fils mettent en évidence par l'absence de notation sauf en arts plastiques l'obstacle que constitue son allophonie malgré une implication marquée relevée dans les appréciations littérales de ses enseignants, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la scolarité, qui en elle-même n'ouvre aucun droit au séjour à la famille, reprenne, avec profit, dans leur pays d'origine commun. Enfin, Mme E ne dispose d'aucune ressource en France, et au regard de son entrée récente sur le territoire, n'apporte pas d'éléments permettant de démontrer l'existence d'une insertion particulière dans la société française. Elle n'allègue pas même être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à son départ pour la France dans un objectif de soins et où elle a ainsi nécessairement tissé des liens et où au demeurant pourra reprendre la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale et de la méconnaissance notamment des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour contenu dans l'arrêté du 20 juin 2024 doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire en litige :
18. Il résulte en premier lieu de ce qui a été dit précédemment que le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire en litige et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du rejet de la demande de titre de séjour doit être écarté.
19. En dernier lieu, par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 12 du présent jugement, le moyen tiré par Mme E de ce qu'en prenant la mesure d'éloignement malgré son état de santé le préfet de la Haute-Vienne aurait méconnu le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
21. Il résulte en premier lieu, de l'examen, qui précède, de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, que Mme E n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français qui en procède.
22. En revanche, et quoiqu'il soit loisible à Mme E de demander l'abrogation de l'interdiction de retour sur le territoire français sitôt qu'aura été exécutée la mesure d'éloignement, dans les circonstances particulières de l'espèce caractérisées par les conditions du séjour de Mme E en France et notamment l'état de santé qu'elle établit, au regard du suivi qu'implique ce dernier laissant le pronostic dans l'incertitude, et eu égard aux motifs du rejet de la demande de séjour de l'intéressée, en assortissant l'obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire durant un an, le préfet de la Haute-Vienne a entaché cette dernière décision d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de Mme E. Celle-ci est, par suite, fondée à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige.
23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E est seulement fondée à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige et que le surplus de ses conclusions aux fins d'annulation doit être rejeté.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
24. L'annulation, qui vient d'être prononcée, de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, comme le rejet du surplus des conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'impliquent aucune mesure d'exécution. Il n'y a dès lors pas lieu de faire droit à la demande d'injonction de Mme E.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie principalement perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de Mme E au titre des frais liés au litige. Il n'apparaît en outre pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de l'Etat les frais exposés par le préfet de la Haute-Vienne à l'instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:La décision du 20 juin 2024, comprise dans l'arrêté portant la même date, par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a interdit pendant un an le retour de Mme E sur le territoire français est annulée.
Article 3:Le surplus de la requête de Mme E est rejeté.
Article 4 :Les conclusions du préfet de la Haute-Vienne tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme C D, épouse E, et au préfet de la Haute-Vienne.
Copie en sera adressée pour information à Me Toulouse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
D. F
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la greffière en chef,
La greffière,
M. B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026