Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401286

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401286
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

**Sujet principal :** Contestation d’un arrêté préfectoral de mise en demeure de quitter les lieux visant des gens du voyage installés sans autorisation sur la commune d’Azay-Le-Ferron. **Juridiction :** Tribunal administratif de Limoges (juge unique). **Solution retenue :** Rejet de la requête par ordonnance, sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, pour irrecevabilité manifeste et moyens inopérants. **Textes appliqués :** Article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024 à 17h22, l'association Action grand passage et M. A B demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet de l'Indre a mis en demeure les gens du voyage installés sans autorisation sur le territoire de la commune d'Azay-Le-Ferron, de quitter les lieux dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'arrêté, et de leur accorder le droit de rester sur ce site jusqu'au 21 juillet 2024.

Ils soutiennent que :

- ils se sont installés sur le site en litige compte tenu de la saturation de l'aire de grand passage existante ;

- ils ne troublent pas l'ordre public ;

- ils ont tenté d'engager un dialogue conformément à la demande du premier ministre dans la circulaire IOMD2308843J ;

- ils n'ont vocation qu'à occuper les lieux en cause jusqu'au 21 juillet 2024 après quoi ils quitteront le département ;

- l'arrêté comporte des mentions discriminatoires ;

- ils effectueront le nettoyage du site.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 modifiée, relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ahmed Slimani, premier conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux, mentionnés au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relatif à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 15 juillet 2024, le maire de la commune d'Azay-Le-Ferron a demandé au préfet de l'Indre de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation des occupants de terrains appartenant à la commune. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Indre a mis en demeure les intéressés de quitter, dans le délai de vingt-quatre heures, les terrains qu'ils occupent. L'association Action grand passage et M. B demandent d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

3. Aux termes de l'article 9 de la loi visée ci-dessus du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " () II. En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () ".

4. En premier lieu, il ressort clairement de la motivation de l'arrêté attaqué et ce n'est d'ailleurs pas contesté que le site occupé n'est pas prévu pour accueillir les gens du voyage et qu'il ne comporte ni sanitaires ni conteneurs pour déchets. Il ressort, par ailleurs, des pièces versées au dossier que le groupe d'occupants dont l'expulsion a été demandée est estimé à plusieurs dizaines de caravanes. En outre, l'occupation illégale compromet l'organisation de manifestations prévues à proximité du site occupé les 17, 20 et 21 juillet 2024. Compte tenu de son ampleur et de ses caractéristiques, l'occupation en cause, en dehors de tout emplacement prévu à cet effet et en l'absence, notamment, de toute installation permettant de stocker les déchets ménagers, est de nature à porter atteinte tant à la salubrité qu'à la tranquillité publiques.

5. En deuxième lieu, les dispositions citées au point 3 soumettent l'édiction d'une mise en demeure de quitter les lieux illicitement occupés à la seule circonstance que le stationnement des intéressés soit de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publique. Ainsi, les circonstances que les intéressés se seraient installés sur le site en litige compte tenu de la saturation de l'aire de grand passage existante, qu'ils n'auraient vocation à n'y demeurer que jusqu'au 21 juillet 2024 et qu'ils s'engageraient à effectuer un nettoyage du site et, que leur départ du terrain en cause ne fera que déplacer la problématique sur une autre commune sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

6. Enfin, il n'appartient pas au juge administratif, saisi sur le fondement des dispositions précitées de la loi du 5 juillet 2000, d'accorder aux occupants un délai pour évacuer le terrain sur lequel ils stationnent illicitement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par l'association Action grand passage et M. B, qui est pour partie entachée d'une irrecevabilité manifeste insusceptible d'être régularisée et qui ne contient par ailleurs que des moyens inopérants et un moyen assorti de faits insusceptibles de venir à son soutien, doit, faute pour les requérants d'avoir développé de nouveaux moyens dans le délai de recours contentieux, être rejetée en application des dispositions précitées des 4° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de l'association Action grand passage et M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Action grand passage, à M. B. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.

Fait à Limoges, le 17 juillet 2024

Le juge des référés,

A. SLIMANI

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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