jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401303 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi du 18 juillet 2024, la vice-présidente du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Limoges la requête de M. A B.
Par cette requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé à son encontre des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, ainsi que l'arrêté modificatif du 31 mai 2024 par lequel il a fixé à 17h55 en lieu et place de 17h30 l'heure à laquelle il devait se présenter à la brigade de gendarmerie d' Objat.
Il soutient que :
- le ministre de l'intérieur a méconnu les dispositions de l'article 3 de la loi n°2017-1510 du 30 octobre 2017 car :
- la condamnation pénale motivant sa décision est ancienne de plus de 10 ans et constitue une erreur de jeunesse à une période où il était influençable ; le ministre de l'intérieur aurait dû prendre en compte les résultats des expertises psychologiques et psychiatriques et de dangerosité de ces dernières années dont la plus récente date de juin 2023, qui sont mentionnées dans son casier judiciaire et qui font état de l'absence de radicalité et de dangerosité criminologique et qui mettent en avant son envie de s'insérer dans la société et de mener une vie normale ; il a compris les causes qui l'ont amené à commettre la plus énorme erreur de sa vie et depuis il s'est remis en question, a avancé et chaque jour essaye de se construire un avenir et une vie digne et sereine ce qui exige une stabilité familiale et professionnelle ;
- les arrêtés attaqués compromettent sa possibilité de conserver son emploi de maçon exercé depuis le 14 février 2024 car, travaillant à Saint-Robert, il se trouve obligé de refuser d'intervenir sur des chantiers en dehors du département ; il ne peut pas obtenir de sauf-conduit faute de pouvoir obtenir un justificatif de ses déplacements professionnels auprès de son employeur car cela l'obligerait à révéler son passé judiciaire à ce dernier ; il ne peut pas exécuter correctement ses tâches professionnelles quotidiennes qui exigent des heures supplémentaires et l'obligent à retourner à Saint-Robert à la fin de son travail avant de pouvoir se présenter à la gendarmerie d' Objat à laquelle il ne pourra donc pas arriver pour 17h55 ; l'arrêté attaqué le place dans une situation économique difficile notamment car il a un crédit à charge alors qu'il est le seul membre de son foyer à avoir un revenu, sa compagne s'occupant de son enfant handicapé.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le ministre de l'Intérieur conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de Mme Benzaïd ;
- et les conclusions de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 28 mai 2024, le ministre de l'intérieur a prononcé à l'encontre de M. B des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance selon lesquelles à compter de sa notification, soit le 28 mai 2024 et pour une durée de trois mois. M. B a interdiction de se déplacer en dehors du territoire du département de la Corrèze, sous réserve d'avoir obtenu préalablement une autorisation écrite (sauf-conduit), et doit se présenter une fois par jour à la brigade de gendarmerie d'Objat situé route de Bridelache tous les jours, y compris les dimanches et les jours fériés ou chômés, et déclarer et justifier l'adresse de son nouveau lieu d'habitation en cas de changement de ce dernier. Puis, par arrêté du 31 mai 2024, le ministre de l'intérieur a modifié l'arrêté du 28 mai 2024 en fixant à 17h55 en lieu et place de 17h 30 l'heure de présentation à la gendarmerie. M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure dans sa version créée par l'article 3 de la loi du 30 octobre 2017 : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. ".
3. Il résulte des dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures qu'il prévoit doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives.
4. Tout d'abord, la première condition tient à l'existence d'une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé. En l'espèce, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que M. B a été condamné le 20 novembre 2017 par le tribunal judiciaire de Paris à huit ans d'emprisonnement, peine assortie d'une période de sûreté de la moitié de cette durée pour participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, le tribunal ayant notamment retenu qu'il s'était rendu en Syrie afin d'y rejoindre les rangs des organisations Jahbat al-Nosra et Daech. En outre, le ministre de l'intérieur fait valoir sans être contesté par M. B que ce dernier a été destinataire de deux sanctions disciplinaires lorsqu'il était en détention. Tout d'abord il a été sanctionné de vingt jours de cellule disciplinaire pour avoir, le 3 juillet 2020, violenté un autre détenu à coups de poing et de pieds avant de le projeter contre une grille au fond de la cour de promenade et de l'étrangler. Ensuite, il a été sanctionné à dix jours de cellule disciplinaire et à un déclassement d'emploi ou de formation le 16 février 2022, pour avoir donné un " coup de boule " au niveau du visage à un codétenu le 6 février 2022 dans sa cellule, cette agression ayant nécessité une extraction en urgence à l'hôpital de sa victime et huit points de sutures au niveau du visage. Si M. B se prévaut des résultats des expertises psychologiques et psychiatriques et de dangerosité de ces dernières années dont celle de juin 2023 qui feraient état de l'absence de radicalité et de dangerosité criminologique et qui seraient mentionnées dans son casier judiciaire, il n'apporte au dossier la copie d'aucun de ces documents. Dans ces conditions, au regard de l'ensemble de ces éléments, M. B doit être regardé, à la date de la décision attaquée, comme remplissant la condition tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics que son comportement constitue.
5. Ensuite, la seconde condition se décline en deux sous-conditions alternatives tenant, d'une part, aux relations entretenues avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme et, d'autre part, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. En l'espèce, il ressort de la lecture de l'arrêté du 28 mai 2024 que le ministre de l'intérieur a décidé que M. B remplissait ces deux sous-conditions. Le requérant soutient avoir cessé d'adhérer à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes et avoir rompu tout lien avec des personnes ou organisations œuvrant dans ce but, à la suite de sa condamnation à huit ans d'emprisonnement et s'être réinséré socialement par le travail et sa vie familiale. En défense, ni le ministre ni la note des services de renseignements n'évoquent l'existence de relations qu'entretiendrait M. B avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, pas même durant sa vie en détention. Ensuite, le ministre se borne à se référer à la circonstance qu'au cours de son transfert le 22 octobre 2020 au centre de détention de Neuvic-sur-L'Isle (24), l'ouvrage " La citadelle du Musulman " " était retrouvé " sans préciser si cet ouvrage lui appartenait. De plus, si la note des services de renseignement indique que cet ouvrage est " très répandu dans le milieu salafiste-djihadiste ", elle décrit son contenu ainsi " l'ouvrage a pour vocation de guider le musulman dans tous les actes de sa vie quotidienne, à travers la récitation d'invocations censées légitimer toutes ses actions ". Dès lors, la circonstance que l'ouvrage ait été retrouvé lors du transfert de M. B est insuffisante pour établir qu'il soutenait, diffusait et adhérait à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes. Par suite, le ministre de l'intérieur a commis une erreur d'appréciation et méconnu les dispositions de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure en décidant, à la date de l'arrêté attaqué, que M. B entretenait des relations avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme et qu'il soutenait, diffusait ou adhérait à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé à l'encontre de M. B des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance et, par voie de conséquence, l'arrêté modificatif du 31 mai 2024 par lequel il a fixé à 17h55 en lieu et place de 17h30 l'heure à laquelle il devait se présenter à la brigade de gendarmerie d' Objat.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé à l'encontre de M. B des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, ainsi que l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel il a fixé à 17h55 en lieu et place de 17h30 l'heure à laquelle il devait se présenter à la brigade de gendarmerie d'Objat sont annulés.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée au préfet de la Corrèze.
Délibéré après l'audience du 1er août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Artus, président,
M. Josserand-Jaillet, président honoraire,
Mme Benzaïd, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.
La rapporteure,
K. BENZAÏD
Le président,
D. ARTUS La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour Le Greffier en Chef,
La Greffière,
M. C
No 2401303
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026