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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401329

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401329

vendredi 2 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, qui contestait les arrêtés du préfet de la Haute-Vienne du 22 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, prononçant une interdiction de retour de deux ans et l'assignant à résidence. Le tribunal a jugé que la décision d'éloignement était légalement fondée sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'entrée irrégulière et de l'absence de titre de séjour de l'intéressé. Il a écarté les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'absence de risque de fuite et l'erreur manifeste d'appréciation, estimant que le préfet n'avait pas commis d'illégalité. La solution retenue confirme la légalité des mesures d'éloignement et d'assignation à résidence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2024, et un mémoire ampliatif, enregistré le 1er août 2024, M. A C, représenté par Me Fadiaba-Gourdonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 22 juillet 2024 par lesquels le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours dans le département de la Haute-Vienne ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour, l'assignation à résidence et l'obligation de quitter le territoire :

- le signataire ne justifie pas de sa compétence ;

- alors qu'il justifie ne pas présenter de risque de fuite, l'obligation de quitter le territoire sans délai en litige ne peut légalement faire obstacle à son placement sous contrôle judiciaire, en date du 22 juillet 2024, en vue de sa comparution fixée au 7 novembre 2024 ;

- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- ces décisions sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de destination :

- l'obligation de quitter le territoire en litige sont entachées d'un défaut de base légale en ce qu'elles se fondent sur un refus de séjour lui-même illégal ;

En ce qui concerne la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- alors qu'il justifie ne pas présenter de risque de fuite, l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ne peut légalement faire obstacle à son placement sous contrôle judiciaire, en date du 22 juillet 2024, en vue de sa comparution fixée au 7 novembre 2024 ;

- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er et le 2 août 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut :

- au rejet de la requête ;

- à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 1er août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles

L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien née le 7 janvier 1993 à El Kef, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en janvier 2024 avec son épouse de nationalité algérienne. L'irrégularité de sa présence en France a été révélée par son interpellation le 20 juillet 2024 par les services de police, et sa garde à vue pour des faits de violence aggravée sur son épouse, qui ont conduit à son placement sous contrôle judiciaire et sa convocation pour être jugé le 7 novembre 2024 par le tribunal judiciaire de Limoges. Par deux arrêtés du 22 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour quarante-cinq jours dans le département de la Haute-Vienne. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par l'intéressé, que depuis son arrivée irrégulière sur le territoire français M. C n'a formé aucune demande de titre de séjour.

4. Il ressort des termes du dispositif du premier des arrêtés du 22 juillet 2024, éclairé par sa motivation, dont M. C demande l'annulation dans la présente instance que, s'il a pour objet d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays de renvoi et prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, il n'étend pas cet objet ni n'a pour effet de rejeter une demande de titre de séjour qu'aurait présentée M. C ou de lui refuser le séjour autrement qu 'au seul constat de sa situation irrégulière. Il suit de là que le préfet de la Haute-Vienne a entendu, pour prendre la décision en litige, se placer exclusivement dans le cas prévu par le 1° de l'article L. 611-1précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par ailleurs expressément visé dans l'arrêté en litige.

5. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, ( ) ".

6. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 2 à 4 du présent jugement que la présente requête n'est pas dirigée contre un refus de titre de séjour. Dès lors, les conclusions de M. C tendant à l'annulation d'un refus de séjour sont irrecevables et ne peuvent, dans cette mesure, qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés en litige pris dans leur ensemble :

7. En premier lieu, Mme B D, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté du 19 mai 2024 en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 21 août 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2023-130 du même jour, à l'effet notamment de signer en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". M. C n'allègue pas même que les conditions de cette délégation n'étaient pas réunies. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En deuxième lieu, et en tout état de cause, si le prononcé par l'autorité judiciaire d'un contrôle judiciaire de l'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement entrave jusqu'à sa levée l'éloignement effectif de l'intéressé, il ne fait en revanche pas obstacle à l'intervention d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une interdiction de retour sur le territoire français, comme au demeurant d'une décision fixant le pays de destination. M. C ne peut dès lors utilement faire valoir sa convocation à une audience du tribunal judiciaire pour le 7 novembre 2024 non plus que la mesure de contrôle judiciaire dont il fait l'objet en vertu d'une ordonnance du 22 juillet 2024 à l'appui de sa demande d'annulation de l'obligation de quitter le territoire et de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige, non plus, à supposer le moyen articulé à l'encontre de cette décision et en tout état de cause, de l'assignation à résidence.

9. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation des arrêtés en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Vienne se serait à tort estimé en situation de compétence liée pour, d'une part, interdire à M. C le retour sur le territoire français, d'autre part, à supposer le moyen articulé contre ces décisions, lui faire obligation de quitter le territoire français et l'assigner à résidence.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

10. En quatrième lieu, il ressort de l'ordonnance de placement de M. C sous contrôle judiciaire du 22 juillet 2024 que l'intéressé, prévenu de faits de violences volontaires sur conjoint, dont il lui reviendra de contester la réalité devant le juge pénal, se trouve obligé de se tenir éloigné de la victime et astreint, notamment, à acquérir les valeurs de la citoyenneté. C'est dans ces conditions sans erreur d'appréciation de la menace que représente l'intéressé pour l'ordre public que le préfet, à qui il appartient d'assurer ce dernier, a pu prendre également en considération ces éléments de fait dans l'examen de la situation globale de M. C, au regard notamment de son entrée récente en France, pour prendre à son encontre la mesure d'éloignement en litige et, au demeurant, l'assortir d'une interdiction de retour sur le territoire français.

11. En cinquième lieu, M. C ne peut, en tout état de cause, invoquer par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire en litige, l'illégalité d'une décision de refus de séjour qui, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 6 du présent jugement, n'a pas d'existence.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. C ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. C au titre des frais liés au litige. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de l'Etat les frais exposés par le préfet de la Haute-Vienne à l'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Les conclusions de l'Etat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2024.

Le magistrat désigné,

D. F

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Cheffe

La Greffière

M. E

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