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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401361

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401361

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGHOUNBAJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté les requêtes de Mme et M. C D, qui contestaient les arrêtés du préfet de la Gironde ordonnant leur transfert aux autorités suédoises pour l'examen de leur demande d'asile. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance des articles 4, 5, 26 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 (Dublin III), ainsi que le défaut d'examen de la situation, n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des décisions de transfert, en s'appuyant sur les dispositions du règlement Dublin III et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n°2401361, Mme A C D, représentée par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé son transfert auprès des autorités suédoises pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, dans le délai de 72 heures et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, ou à lui verser s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 en l'absence de mention des informations relatives à la possibilité de transfert volontaire notamment en omettant de préciser la date et le lieu auxquels elle devrait se présenter en cas d'exercice de cette faculté ;

- elle n'a pas été informée que les autorités françaises seront responsables du traitement de sa demande d'asile en cas d'inexécution de la décision de transfert dans le délai de six mois suivant la décision d'acceptation des autorités suédoises ;

- il n'est pas établi que l'entretien individuel se soit déroulé dans les conditions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est impossible de s'assurer qu'elle aurait reçu toute l'information requise sur la procédure Dublin en temps utile, en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'autorité préfectorale n'établit pas que les informations exigées par l'article 29 paragraphe 1er du règlement (UE) n° 603/2013 lui ont été fournies ;

- le préfet a édicté sa décision sans prendre en considération ses observations et sans se fonder sur des éléments objectifs ;

- la décision de transfert d'office n'est pas justifiée dès lors qu'elle n'a pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire national ;

- le préfet de la Gironde ne justifie pas que les autorités suédoises ont été saisies d'une demande de reprise en charge préalablement à l'édiction de l'arrêté dans le respect des conditions prévues par l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni que ces autorités y ont répondu dans les délais impartis conformément aux dispositions de l'article 18.1 b) du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfet n'a pas explicité les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il n'y avait pas lieu de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ainsi que l'article et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

II. Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n°2401362, M. B C D, représenté par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé son transfert auprès des autorités suédoises pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, dans le délai de 72 heures et sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, ou à lui verser s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 en l'absence de mention des informations relatives à la possibilité de transfert volontaire notamment en omettant de préciser la date et le lieu auxquels il devrait se présenter en cas d'exercice de cette faculté ;

- il n'a pas été informé que les autorités françaises seront responsables du traitement de sa demande d'asile en cas d'inexécution de la décision de transfert dans le délai de six mois suivant la décision d'acceptation des autorités suédoises ;

- il n'est pas établi que l'entretien individuel se soit déroulé dans les conditions prévues à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est impossible de s'assurer qu'il aurait reçu toute l'information requise sur la procédure Dublin en temps utile, en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'autorité préfectorale n'établit pas que les informations exigées par l'article 29 paragraphe 1er du règlement (UE) n° 603/2013 lui ont été fournies ;

- le préfet a édicté sa décision sans prendre en considération ses observations et sans se fonder sur des éléments objectifs ;

- la décision de transfert d'office n'est pas justifiée dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de quitter volontairement le territoire national ;

- le préfet de la Gironde ne justifie pas que les autorités suédoises ont été saisies d'une demande de reprise en charge préalablement à l'édiction de l'arrêté dans le respect des conditions prévues par l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni que ces autorités y ont répondu dans les délais impartis conformément aux dispositions de l'article 18.1 b) du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfet n'a pas explicité les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il n'y avait pas lieu de mettre en œuvre la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 ainsi que l'article et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chambellant, conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 777-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chambellant a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, née le 9 février 1990 à Duhok (Irak) et M. C D, né le 1er juillet 1987 à Amadya (Irak) déclarent être entrés en France le 6 mai 2024. Le 14 mai 2024, ils ont sollicité le bénéfice de l'asile en se présentant à la préfecture de la Haute-Vienne. Ce même jour, la consultation du fichier Eurodac effectuée à partir du relevé de leurs empreintes décadactylaires a révélé qu'ils avaient déposé en Suède une première demande d'asile le 3 décembre 2021. Les autorités suédoises ont été saisies le 19 juin 2024 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont acceptée par un accord explicite du 24 juin 2024, en application de ce même article. Le préfet de la Gironde a pris à leur encontre deux arrêtés en date du 8 juillet 2024 portant transfert aux autorités suédoises. Ils sollicitent l'annulation de ces arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les nos 2401361 et 2401362 concernent les membres d'un même couple, présentent à juger des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

4. Les époux C D ont déposé deux demandes d'aide juridictionnelle sur lesquelles il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire des intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spéciaux n°33-2023-164, a donné délégation à Mme E F, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figure l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés contestés doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 de ce code : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. ". Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre d'une décision de transfert dès lors que cette motivation est prévue par les dispositions précitées.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient les époux C D, les dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ne faisaient pas obligation au préfet de la Gironde de les informer de la possibilité qu'ils avaient de se rendre en Suède par leurs propres moyens. Si les requérants soutiennent n'avoir reçu aucune information quant à la date et au lieu auxquels ils devaient se présenter, ils ne justifient pas avoir informé l'administration de leur intention de se rendre en Suède par leurs propres moyens. Par ailleurs, aucune disposition du règlement (UE) n° 604/2013 ne faisait obligation au préfet de la Gironde d'informer les intéressés de ce que les autorités françaises deviendraient responsables de l'examen de la demande d'asile en cas d'inexécution dans un délai de six mois de la décision de transfert.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / () ".

9. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle il décide la réadmission de l'intéressé dans l'État membre responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

10. Il ressort des pièces du dossier que les époux C D ont attesté avoir reçu le 14 mai 2024, lors de leur entretien à la préfecture de la Haute-Vienne intervenu ce même jour, dès le début de la procédure, les brochures A " J'ai demandé l'asile dans l'Union Européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " en version kurde, langue qu'ils ont déclaré comprendre. Par suite, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 (). 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que les époux C D ont bénéficié de l'entretien individuel mentionné par les dispositions précitées, qui s'est déroulé le 14 mai 2024 à la préfecture de la Haute-Vienne avec le concours d'un interprète assermenté de l'association ISM, en langue kurde, langue que les intéressés ont déclaré comprendre. Il ressort des mentions du compte-rendu que les époux C D ont pu exposer, de façon circonstanciée, différents éléments relatifs à leur situation personnelle, et faire état de leur parcours migratoire depuis leur départ d'Irak, pays dans lequel ils résidaient. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas été en capacité de faire valoir toutes observations utiles à leur situation, en particulier sur les risques auxquels ils seraient exposés en cas de retour en Irak. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'association ISM (" Inter Services Migrants Interprétariat ") bénéficie de l'agrément prévu par les dispositions précitées de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, accordé, à compter du 10 avril 2024, pour une durée d'un an, par une décision du ministre de l'intérieur du 8 avril 2024 relative à une demande d'agrément, publiée au Journal officiel de la République française le 10 avril 2024. En tout état de cause, contrairement à ce qui est soutenu, les dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et des articles L. 141-2 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent aucunement la présence physique d'un interprète pour assister l'étranger lors de l'entretien individuel et prévoient, au contraire, qu'une telle assistance peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication en cas de nécessité, tenant en l'espèce à l'absence d'interprète disponible sur site. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen doit être écarté.

13. En sixième lieu, la méconnaissance de l'obligation d'information prévue par l'article 29 du règlement (UE) n° 603/2013, qui a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une décision de transfert.

14. En septième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation des époux C D et, notamment qu'il n'aurait pas tenu compte des observations formulées par les intéressés et qu'il ne se serait pas fondé sur des éléments objectifs, ou qu'il n'aurait pas apprécié l'opportunité d'appliquer les clauses discrétionnaires prévues par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 alors qu'il n'est pas tenu de justifier dans l'arrêté de transfert des raisons pour lesquelles il décide de ne pas faire application de ces dernières. Par suite, les moyens invoqués doivent être écartés.

15. En huitième lieu, le paragraphe 1 de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 prévoit que le transfert du demandeur d'asile s'effectue conformément au droit national de l'Etat membre requérant. Il résulte des dispositions de l'article L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le demandeur peut faire l'objet d'un transfert à l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, pouvant être exécuté d'office sous réserve du respect de son droit de recours. Ainsi, le préfet de la Gironde pouvait, en application de ces dernières dispositions, décider de transférer les époux C D aux autorités suédoises sans les mettre auparavant en mesure de quitter volontairement le territoire national et sans préciser les raisons pour lesquelles le transfert d'office a été décidé.

16. En neuvième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'administration a adressé, le

19 juin 2024, une demande de reprise en charge aux autorités suédoises via le réseau de communication " DubliNet ", sur le fondement de l'article 18.1 b) (UE) n°604/2013. Le préfet établit, en outre, que les autorités suédoises ont fait connaître leur accord 24 juin 2024 sur le fondement de l'article 18.1 d) du règlement précité. Dans ces conditions, les époux C D ne sont pas fondés à soutenir que le préfet n'apporte la preuve ni de la saisine des autorités suédoises aux fins de reprise en charge ni de l'accord de ces autorités.

17. En dixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement / () 2. L'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

18. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection a été introduite dans un Etat membre autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre, l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

19. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Gironde a pris en considération les éléments invoqués par les requérants pour apprécier s'il y avait lieu de déroger à la responsabilité de la Suède pour l'examen de leurs demandes d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que les époux C D, qui déclarent être entrés irrégulièrement sur le sol français le 6 mai 2024, ne résidaient sur le sol français que depuis un peu plus de deux mois, à la date de la décision attaquée. En outre, ils ne disposent d'aucune attache familiale en France. En conséquence, en l'absence de tout élément qui s'opposerait à leur transfert vers la Suède et qui permettrait de justifier que leurs demandes d'asile soient examinées en France, les moyens tirés de ce que le préfet de la Gironde aurait entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation, en s'abstenant de mettre en œuvre la clause de souveraineté prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ou méconnu les dispositions de cet article, doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les époux C D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 8 juillet 2024 par lesquels le préfet de la Gironde a prononcé leur transfert aux autorités suédoises. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Les époux C D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes nos 2401361 et 2401362 des époux C D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C D, M. B C D, à Me Ghounbaj et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

La magistrate désignée,

J. CHAMBELLANT

La greffière,

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour Le Greffier en chef,

La greffière,

M. G

Nos 2401361,240136mf

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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