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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401415

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401415

jeudi 22 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS MICHEL LABROUSSE - CELINE REGY - FRANCOIS ARMAND & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté d'expulsion pris par le préfet de la Corrèze. Le tribunal a jugé que l'expulsion est une mesure de police administrative et non une sanction pénale, rendant inopérant le moyen tiré de la non-rétroactivité de la loi répressive plus sévère. Il a estimé que la présence de M. A... constituait une menace grave pour l'ordre public en raison de ses nombreuses condamnations pénales, justifiant l'application de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision a également été considérée comme proportionnée et non contraire à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2024, M. B... A..., représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a prononcé son expulsion du territoire français et fixé le pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, dérogeant à l’article L. 631-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne pouvait lui être appliqué, compte tenu du principe constitutionnel de non rétroactivité de la loi répressive plus sévère ;
- c’est à tort que le préfet de la Corrèze a estimé que sa présence sur le territoire constituait une menace grave pour l’ordre public ;
- l’arrêté contesté méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.



Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête comme non-fondée.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2024.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de M. Gazeyeff,
- les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant marocain né le 29 mai 1976 à Meknès (Maroc) est entré en France dans le cadre d’un regroupement familial en 1985 et a été titulaire d’une carte de résident du 1er janvier 1994 au 31 décembre 2023. Par un arrête du 19 juillet 2024, dont le requérant demande l’annulation, le préfet de la Corrèze a prononcé son expulsion du territoire français et fixé le pays de renvoi.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, une expulsion ne constitue pas une sanction ayant le caractère d’une punition, mais une mesure de police administrative destinée à préserver l’ordre public. Ainsi, le principe de non-rétroactivité de la loi répressive plus sévère ne peut être utilement invoqué à l’encontre d’une telle mesure.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 631-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ». Aux termes de l’article L. 631-3 du même code, dans sa version en vigueur prévu par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 : « Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / (…) Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article lorsqu'il a déjà fait l'objet d'une condamnation définitive pour des crimes ou délits punis de cinq ans ou plus d'emprisonnement ou de trois ans en réitération de crimes ou délits punis de la même peine. / (…) Par dérogation au présent article, peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 l'étranger mentionné aux 1° à 5° du présent article qui est en situation irrégulière au regard du séjour, sauf si cette irrégularité résulte d'une décision de retrait de titre de séjour en application de l'article L. 432-4 ou d'un refus de renouvellement sur le fondement de l'article L. 412-5 ou du 1° de l'article L. 432-3. ».

4. En l’espèce, M. A... a été condamné, entre le 14 juin 1996 et le 21 février 2023, à dix-neuf reprises à des peines allant de un à vingt-quatre mois d’emprisonnement, pour un total de dix ans et quatre mois, pour les faits de vol, recel, violence avec usage ou menace d’une arme suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours, transport et port sans motif légitime d’arme de catégorie 6, infractions à la législation sur les stupéfiants, vol avec destructions ou dégradation et vol avec violence. S’agissant plus particulièrement de ses deux dernières condamnations, M. A... a été condamné le 2 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Montauban à un an et trois mois d’emprisonnement pour outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique et violence sur un mineur par un ascendant. Il a également été condamnée le 21 février 2023 par le tribunal correctionnel de Montauban à une peine de deux ans d’emprisonnement dont dix mois avec sursis, interdiction de détenir ou porter une arme soumise à autorisation, retrait de l’exercice de l’autorité parentale pour des faits similaires. Dans ces conditions, alors que la commission d’expulsion a donné un avis favorable à la décision contestée, eu égard au caractère récent des deux dernières condamnations, de la gravité des faits et du caractère répété des agissements de M. A..., ce dernier n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que le préfet de la Corrèze a estimé que sa présence sur le territoire constituait une menace grave pour l’ordre public.

5. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ».

6. En l’espèce, M. A... fait valoir qu’il a passé l’essentiel de sa vie en France où il est entré régulièrement alors qu’il était âgé de 9 ans. Il se prévaut également de la présence de ses frères et de ses deux enfants. Il indique enfin être dépourvu de tout lien dans son pays d’origine, n’ayant gardé aucun lien au Maroc. Toutefois, le requérant n’établit l’existence d’aucun lien avec sa première fille et il ressort des pièces du dossier que M. A... s’est vu retiré l’exercice de l’autorité parental sur sa seconde fille et ne bénéficie plus que d’un droit de visite dans un cadre médiatisé. De même, s’il fait état de la présence de ses cinq frères, il n’établit pas, par la production d’attestations peu circonstanciées, des liens d’une particulière intensité. Enfin, il ne justifie d’aucune insertion sociale ou professionnelle en dépit de la durée de son séjour sur le territoire français. Dans ces conditions, et eu égard à la menace grave pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire, M. A... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté contesté a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation et, par voie de conséquence, les autres conclusions présentées par M. A... doivent être rejetées.



D E C I D E :



Article 1er
:
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2
:
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Corrèze et à Me Armand.



Délibéré après l'audience du 7 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,
M. Christophe, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026.


Le rapporteur,

D. GAZEYEFF
Le président,

FJ. REVEL


La greffière,

M. C...








La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef
La greffière,

M. C...







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