Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 6 août 2024, le 18 septembre 2024 et les 7 et 29 octobre 2024, Mme A... C... épouse B..., représentée par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 18 juin 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour d’une durée d’un an dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation au regard de son droit au séjour, dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur la décision attaquée
- a été prise par une autorité incompétente ;
- viole les article L. 233-1, L. 233-2, R. 233-1, R. 233-3 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Sur le refus de séjour opposé à son époux :
- ne repose pas sur un examen réel et sérieux de sa situation tel que révélé par des erreurs sur sa nationalité et sa date d’entrée en France ainsi que l’absence de mention de la présence de son épouse ;
- est entachée d’un vice de procédure tenant aux conditions de régularité de l’avis formulé par le collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ;
- viole les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile au regard de l’erreur sur sa nationalité ne permettant pas au préfet de s’assurer de l’accessibilité des soins dans son pays d’origine ; le traitement contre l’hépatite B est indisponible en République démocratique du Congo ;
- viole l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales alors que son épouse vit en France et qu’il remplit les conditions d’obtention d’un titre de séjour en qualité de conjoint d’un citoyen de l’Union européenne conformément à l’article L. 233-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 750 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Christophe a été entendu au cours de l’audience publique à laquelle aucune des parties n’était présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C... épouse B..., ressortissante grecque née en 1987, est entrée en France, selon ses dires, le 1er août 2023 afin d’y retrouver son mari, l’y ayant précédée le 23 avril 2023. Elle a sollicité le 16 avril 2024, la délivrance d’un titre de séjour. Par une décision du 18 juin 2024 dont elle demande l’annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de la décision en litige, bénéficie d’une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 14 février 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2024-029 du 15 février 2024, à l’effet notamment de signer « les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ». Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 233-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie (…)». Et aux termes de l’article R. 233-1 de ce code : « (…) Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour. ». Enfin, aux termes de l’article R. 233-3 du même code : « Les citoyens de l’Union européenne entrés en France pour y rechercher un emploi ne peuvent être éloignés pour un motif tiré de l’irrégularité de leur séjour tant qu’ils sont en mesure d’apporter la preuve qu’ils continuent à rechercher un emploi et qu’ils ont des chances réelles d’être engagés. »
4. Mme B... soutient qu’elle prend des cours de français pour pouvoir s’insérer professionnellement, qu’elle a d’ores et déjà trouvé un logement et que sa famille l’aide financièrement, en lui versant plusieurs centaines d’euros par mois. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressée ne dispose pas des ressources suffisantes pour elle et son conjoint afin de ne pas devenir une charge pour le système d’assistance sociale. Ainsi, le relevé de compte bancaire produit dans le cadre de sa requête outre qu’il n’est pas traduit, ne permet pas d’attester qu’elle dispose mensuellement pour elle et son conjoint de la somme minimale requise, correspond au montant forfaitaire du revenu de solidarité active qui s’élevait alors pour un couple sans enfant à la somme de 953,56 euros. De même, elle ne produit aucune attestation de prise en charge au titre de l’assurance maladie alors que le préfet relève en défense, sans être contesté, que la requérante est bénéficiaire de l’aide médicale d’Etat. La circonstance qu’elle n’y aurait pas eu recours, de manière importante, ne saurait traduire contrairement à ce qu’elle soutient, l’absence de prise en charge par le système d’assurance sociale alors même que ce dispositif ne s’adresse qu’aux ressortissants étrangers en situation irrégulière et précaire leur permettant de bénéficier à titre gratuit d’une prise en charge intégrale de leurs soins de santé. Enfin, son inscription dans un contrat de formation professionnalisante « habilitation de service public » en français langue étrangère auprès de l’association de formation des personnes adultes qui ne donne lieu à aucune rémunération, pas davantage que son inscription comme demandeur d’emploi auprès de pôle emploi ne sauraient justifier l’exercice d’une activité professionnelle ou à tout le moins des chances réelles d’obtenir un emploi. Enfin, la requérante ne produit aucune pièce démontrant qu’elle a recherché un emploi de manière effective. En outre, la décision attaquée qui ne prononce pas de mesure d’éloignement à l’encontre de l’intéressée, n’a ni pour objet ni pour effet de l’éloigner vers son pays d’origine. Mme B... n’est dès lors pas fondée à soutenir qu’elle ne constitue pas une charge pour le système d’assistance sociale français. Par suite, le moyen tiré de la violation des articles précités doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
6. Il ressort des pièces du dossier, qu’au jour de la décision attaquée la présence en France de Mme B... est très récente, moins d’un an. Si elle se prévaut de la présence de son époux, ce dernier dont la demande d’asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile le 19 janvier 2024, est en situation irrégulière et a fait l’objet d’une décision de refus de séjour du 22 décembre 2023. Enfin, Mme B... sans charge de famille, n’établit pas être dépourvue d’attache dans son pays d’origine ni qu’elle ne pourrait vivre aux côtés de son époux dans son pays, la République démocratique du Congo. Ainsi, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce et des conditions du séjour de Mme B... en France, la décision contestée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précédemment citées doit être écartés.
7. En dernier lieu, les moyens soulevés à l’encontre de la décision de refus de séjour du 22 décembre 2023 concernant son époux sont inopérants contre la décision attaquée. Par suite, ils doivent être rejetés.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte.
Sur les frais d’instance :
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Il résulte par ailleurs de ces mêmes dispositions qu'une personne publique, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, ne saurait présenter une demande au titre de ces dispositions en se bornant à faire état d'un surcroît de travail pour ses services et sans se prévaloir de frais spécifiques exposés par elle en indiquant leur nature. Par suite, en se bornant à demander au tribunal qu’une somme soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de justice sans faire état précisément des frais que l’Etat aurait exposés pour défendre à l’instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er
:
La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2
:
Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3
:
Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... épouse B..., à Me Toulouse et au préfet de la Haute-Vienne.
Délibéré après l’audience du 3 février 2026 où siégeaient :
- M. Revel, président,
- M. Christophe, premier conseiller,
- Mme Béalé, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2026.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
F-J REVEL
La greffière,
M. D...
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. D...