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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401481

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401481

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDIA IBRAHIMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2024, Mme A B, représentée par Me Dia, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de renouveler son titre de séjour " étudiant ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 920 euros, à verser à son conseil, en application des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ce dernier ayant renoncé à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle laquelle n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et approfondi en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle a été introduite au-delà du délai de recours prévu à l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Christophe,

- et les observations de Me Dia, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1997, est entrée en France le 2 octobre 2018 sous couvert d'un visa long séjour " étudiant " valant titre de séjour. Ce dernier a été régulièrement renouvelé jusqu'au 4 novembre 2023. Le 16 avril 2024, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 9 juillet 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et notamment les articles L. 423-23 et L. 435-1, fait état de la situation personnelle et familiale de Mme B en indiquant notamment l'absence de démonstration de relations stables et durables avec son père qui vit en France, qu'elle a vécu la majeure partie de sa vie au Sénégal, pays dont elle a la nationalité et dans lequel elle ne démontre pas être dépourvue de tout lien. Ainsi, l'arrêté attaqué qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme B comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de sa demande de titre de séjour du 16 avril 2024 que Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et non au titre de la poursuite de ses études. Par suite, elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

5. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance [] ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France le 2 octobre 2018, sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", puis s'est vu délivrer des titres de séjour sous cette même mention, régulièrement renouvelés jusqu'au 4 novembre 2023, de sorte qu'elle n'avait pas vocation à être autorisée à séjourner sur le territoire français au-delà de la fin de ses études. Célibataire, sans enfant, la requérante se prévaut de la présence en France de son père de nationalité française avec lequel elle soutient entretenir des liens proches et étroits sans toutefois en attester par la simple production de la carte nationale d'identité de ce dernier alors qu'elle a résidé jusqu'à l'âge de 21 ans au Sénégal où elle ne démontre pas que son père lui aurait rendu visite ou aurait entretenu avec elle des liens stables et intenses. Si elle se prévaut d'une acceptation en Master " manager du développement commercial " auprès de la chambre de commerce et d'industrie de Limoges pour la session 2024/2026, outre que cette acceptation est postérieure à la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait trouver une formation similaire dans son pays d'origine. Dès lors, l'intéressée, qui ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, ce moyen sera écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux en tant que le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Ces dispositions font obstacle, d'une part, à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens et, d'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de Mme B la somme que le préfet de la Haute-Vienne demande au titre des frais exposés par l'Etat et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Dia et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024 où siégeaient :

- M. Revel, président,

- M. Christophe, premier conseiller,

- Mme Chambellant, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

Le rapporteur,

F. CHRISTOPHE

Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

N° 2201481

if

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