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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401513

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401513

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHAROING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 août 2024, et un mémoire ampliatif, enregistré le 2 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Charoing, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour, la décision fixant le pays de destination, l'assignation à résidence et l'obligation de quitter le territoire :

- en prenant en compte une faible durée de séjour sur le territoire, le préfet s'est fondé sur des faits erronés qui l'ont conduit à une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- les mesures en litige portent une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale qu'il tient notamment de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- en ne prenant pas en compte des considérations humanitaires, le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2024, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

M. Daniel Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, a été désigné par le président du tribunal pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles

L. 776-1, R. 776-1 et R. 776-13-1 à R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Charoing, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 24 septembre 1997 à Casablanca, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France avec son père une première fois à l'âge de six ans, et la dernière fois en 2016. S'il a présenté au préfet de l'Hérault le 21 avril 2017 une demande de titre de séjour, celle-ci a été classée sans suite faute pour l'intéressé d'avoir produit les justificatifs requis pour l'instruction de sa demande. Son placement en garde à vue le 23 août 2018 pour des faits de violences avec menaces et usage d'une arme a révélé son maintien en situation irrégulière sur le territoire, qui a amené le même préfet à prendre à son encontre le 23 août 2018 une obligation de quitter le territoire français sans délai et à lui interdire le retour durant un an. M. C, qui avait refusé d'embarquer, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire après la levée de sa rétention administrative le 28 septembre 2018 par le juge des libertés et de la détention. Le 3 mai 2020, il a de nouveau fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de retour sur le territoire français, devenues définitives après le rejet de son recours par un jugement du tribunal administratif de Montpellier du 12 mai 2020, auxquelles il n'a pas déféré. Condamné le 3 décembre 2020 par le tribunal correctionnel de Montpellier à un emprisonnement de six mois pour outrage, menaces de mort ou atteinte aux biens dangereuse pour les personnes sur personne dépositaire de l'autorité publique, puis le 17 novembre 2022 par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Montpellier à quatre ans d'emprisonnement dont dix-huit mois avec sursis pour des faits de violences avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, violation de domicile avec manœuvre, menace, voies de fait ou contrainte. Par un arrêté du 19 août 2024, tandis que M. C purge sa peine au centre de détention d'Uzerche et après l'avoir invité le 13 août 2024 à présenter ses observations, le préfet de la Corrèze l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six ans. Par la requête sommaire susvisée, M. C demande l'annulation de cette obligation de quitter le territoire français.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. C a déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 1, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté en litige et des autres pièces du dossier que, si le préfet, pour prendre les mesures en litige, a, d'une part, pris en compte la situation personnelle et familiale de M. C, d'autre part, a estimé qu'il représente une menace pour l'ordre public, il a fondé la décision en litige principalement sur cette dernière considération au regard de la globalité de la situation, irrégulière, de l'intéressé sur le territoire et des conditions de son séjour en France. Il en résulte, ainsi qu'il le fait valoir dans ses écritures contentieuses, que le préfet de la Corrèze aurait en tout état de cause pris les mêmes mesures s'il ne s'était fondé que sur l'atteinte à l'ordre public. Dès lors, M. C ne peut utilement invoquer, serait-elle même établie, une erreur de fait dans le décompte de la durée de sa présence ur le territoire français.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d'y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, tel qu'il ressort de ces mêmes stipulations, de celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne, laquelle prévoit également que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications " ou tel qu'il découle de la Constitution du 4 octobre 1958, d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a, le cas échéant, conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. C, ressortissant marocain, est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français une première fois en 2005, à l'âge de huit ans par regroupement familial et soutient y résider de façon ininterrompue depuis 2011. Il fait valoir, à l'appui de sa requête, qu'il a ainsi passé la majeure partie de sa vie sur le territoire français dans un cadre familial reconstitué après avoir été abandonné par son père et délaissé par sa mère, restée au Maroc. Toutefois, au regard de son comportement marqué précocement d'atteintes à l'ordre public constantes et répétées, il ne produit aucun élément justifiant d'une réelle insertion dans la société française, où notamment, sans charges de famille, il est sans aucune ressource personnelle ni perspective à court terme. S'il soutient être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, il ressort des pièces du dossier que sa mère y réside. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Par les mêmes motifs, le préfet de la Corrèze n'a pas entaché la décision en litige d'une erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de M. C.

7. Enfin, Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. C n'est pas fondé à invoquer, sans d'ailleurs les préciser, des considérations humanitaires à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent être rejetées

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse une somme au conseil de M. C au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er: M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Corrèze.

Copie pour information en sera adressée à Me Charoing.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

D. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Cheffe

La Greffière

M. B

N°2401513N°2401513

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