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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401547

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401547

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJUGE UNIQUE D JOSSERAND-JAILLET
Avocat requérantMALABRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2024, Mme D E, représentée par Me Malabre, demande au tribunal pour elle-même et ses enfants mineurs A E et B C, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 août 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Ofii, à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 31 août 2024 et jusqu'à ce qu'il ait été définitivement statué sur sa demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 400 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle présente une situation de vulnérabilité compte tenu de sa situation médicale et familiale ;

- elle ne pouvait être regardée comme consécutive à une demande de réexamen sans être entachée d'erreur de droit et de fait ;

- elle constitue une violation du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en portant une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale ;

- elle méconnaît le droit à la dignité garanti par l'article 1er de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'article 11 du pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels et le préambule de la Constitution de 1946 ;

- elle est intervenue en violation du droit à l'hébergement ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 22 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Vu l'arrêté du vice-président du Conseil d'Etat en date du 10 mai 2022 par lequel M. Daniel Josserand-Jaillet, président honoraire du corps des magistrats des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, a été inscrit sur la liste des magistrats honoraires prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Josserand-Jaillet, président de tribunal administratif honoraire, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle l'Ofii n'était ni présent ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand-Jaillet ;

- les observations de Me Malabre, représentant Mme E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante ivoirienne née le 14 janvier 1993 à Yamoussoukro, est, selon ses déclarations, après avoir quitté son pays d'origine en 2022, entrée irrégulièrement le 15 novembre 2023, accompagnée de son fils mineur né le 14 juin 2014, en France où elle a demandé l'asile le 8 décembre 2023 et où est né son second fils le 3 mars 2024. Sa demande, étendue à son premier fils, a été rejetée le 19 février 2024 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 juillet 2024. Mme E a présenté le 23 mai 2024 une demande d'asile pour son fils né en France, sur laquelle il aurait, selon les écritures contentieuses en défense, été statué à la date du présent jugement par une décision de l'Ofpra non encore notifiée à l'intéressée, et au titre de laquelle elle a été munie d'une attestation de demande d'asile. L'intéressée avait, lorsqu'elle avait été munie de sa première attestation de demande d'asile le 21 novembre 2023, sollicité le bénéfice des conditions matérielles d'accueil auprès des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii). Par une décision du 12 août 2024, le directeur territorial de l'Ofii, qui lui avait notifié le 4 juillet 2024 sa sortie du lieu d'hébergement à compter au plus tard du 31 août 2024, lui a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme E demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Mme E a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 22 août 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Toutefois, aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () ". À cet égard, l'article L. 531-27 de ce même code prévoit que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ". À cet égard, l'article L. 522-3 de ce même code prévoit que : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

5. Il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) après l'enregistrement de la demande d'asile. Dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Ofii d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.

6. Pour retirer à Mme E le bénéfice des conditions matérielles d'accueil après avoir examiné ses besoins et sa situation personnelle et familiale, le directeur territorial de l'Ofii s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée avait présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile.

7. Aux termes de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure. Le fait que le demandeur ait explicitement retiré sa demande antérieure, ou que la décision définitive ait été prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, ou encore que le demandeur ait quitté le territoire, même pour rejoindre son pays d'origine, ne fait pas obstacle à l'application des dispositions du premier alinéa. Ces dispositions s'appliquent sans préjudice du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013.".

8. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Ofpra ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile, ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.

9. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 723-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. La demande ainsi présentée au nom du mineur présentant le caractère d'une demande de réexamen, le droit au maintien sur le territoire tel qu'il est défini par les dispositions précitées de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au point 4, sous réserve d'un examen au cas par cas, notamment en ce qu'il tient nécessairement compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné, s'étend aux parents de celui-ci qui avaient initialement présenté une demande d'asile en leur nom propre et ont présenté postérieurement la demande au nom de l'enfant.

11. Il ressort des pièces du dossier que parallèlement à sa demande d'asile rejetée le 3 juillet 2024 par la CNDA, Mme E a présenté le 23 mai 2024 une demande d'asile au nom de son fils mineur, circonstance qui n'a au demeurant pas été mentionnée dans la motivation de la décision en litige, et qui était à la date de la décision en litige pendante devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il suit de là que, sans dénaturer le caractère de la demande, ni commettre d'erreur de droit ou entacher sa décision d'erreur de fait, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu fonder en droit son refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en litige sur les dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Toutefois, ce faisant, l'autorité administrative ayant opposé ce refus, ainsi qu'il ressort de la motivation de sa décision, au seul motif de la présentation d'une demande de réexamen, sans que la fiche d'appréciation de la vulnérabilité datée du 9 août 2024 produite au dossier par l'OFII puisse à cet égard compléter cette motivation, s'est nécessairement crue en situation de compétence liée. Or, il résulte de la lecture combinée des stipulations de l'article 20, point 5, de la directive 2013/33/UE précitée et des dispositions, prises en application, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées au point 4 du présent jugement, qu'il appartient à l'administration qui décide de limiter le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dont relèvent les décisions opposant un refus, d'apprécier préalablement la situation particulière du demandeur, notamment au regard de sa vulnérabilité. Ainsi, en méconnaissance des stipulations et dispositions précitées, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'accorder à Mme E les conditions matérielles d'accueil en se fondant sur le seul motif tiré de ce que celle-ci a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, alors même que celle-ci se prévaut de son état de santé, qui révèle qu'elle souffre de troubles psychiques importants, et des traumatismes vécus dans son pays d'origine, où elle a été victime d'excision et de violences répétées, de tels éléments étant susceptibles de caractériser une situation de vulnérabilité au sens des dispositions de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, Mme E est fondée à soutenir que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à un examen suffisamment complet de sa situation, notamment au regard de la vulnérabilité, pour lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et doit, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu, et après examen des autres moyens de la requête, tandis qu'il résulte de l'instruction que l'intéressée a été rétablie dans les conditions matérielles d'accueil ensuite d'une décision du juge des référés du tribunal, l'exécution du présent jugement implique seulement le réexamen, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de la demande de Mme E tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous la double réserve que l'intéressée soit définitivement admise à l'aide juridictionnelle et que Me Malabre, avocat de Mme E, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Malabre de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er: Mme E est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2:La décision du 12 août 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à Mme E le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Limoges de réexaminer la demande d'octroi des conditions matérielles d'accueil présentée par Mme E dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4: L'État versera à Me Malabre la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la contribution de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6: Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie pour information en sera adressée au préfet de la Haute-Vienne et à Me Malabre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

D. JOSSERAND-JAILLET

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef

La Greffière

M. F

cg

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