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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401562

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401562

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 30 août 2024, M. D, représenté par Me Fare, demande au juge des référés :

1°) de suspendre la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Vienne a suspendu son permis de conduire pour une durée de 6 mois, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de restituer le permis de conduire du requérant, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la présente ordonnance ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision litigieuse préjudicie gravement et immédiatement à sa situation ; il est employé en tant qu'opérateur de production par une société spécialisée dans l'exploitation, la préparation et la vente de matières liées à la fabrication de produits céramiques ; il est amené, dans le cadre de ses fonctions, à effectuer de nombreux déplacements sur les différents sites de la société et cette suspension le prive de revenus ;

- son propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés :

o de l'incompétence matérielle de l'auteur de l'acte en ce que l'arrêté litigieux a été signé par Mme E B, cheffe de bureau, et non par le préfet de la Haute-Vienne ;

o de l'insuffisance de motivation en droit et en fait de cette dernière, eu égard aux dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

o du vice de procédure, en ce que le préfet a, méconnu le principe du contradictoire ; par ailleurs, le requérant n'a pas été mis en mesure de demander au procureur de la République, un examen technique, une expertise ou la recherche de l'usage de médicaments psychoactifs prévus à l'article R. 235-11 du code de la route ;

o de l'erreur de droit, en ce que le préfet se serait cru en situation de compétence liée dans le cadre de la procédure faisant suite au contrôle routier du requérant ;

o de l'erreur de fait, en ce que le requérant conteste fermement la matérialité des faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 août 2024 sous le n° 2401535 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. A a présenté son rapport au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée et à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.

Considérant ce qui suit :

1.M. D a fait l'objet d'un contrôle routier le 25 juillet 2024 sur la commune de d'Aix-sur-Vienne durant lequel il a été contrôlé positif aux substances ou plantes classées comme stupéfiants. M. D a alors été soumis à un dépistage salivaire permettant de détecter l'usage de stupéfiants. Le même jour, son permis de conduire a été retenu. Par arrêté du 29 juillet 2024, le préfet de la Haute-Vienne a prononcé la suspension de la validité de ce permis de conduire pendant une durée de six mois. M. D demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "

Sur la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'un arrêté de suspension de la validité d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.

4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. D soutient qu'il a besoin de son permis de conduire dès lors qu'il est amené dans le cadre de ses fonctions à effectuer de nombreux déplacements en voiture, que cette décision l'empêche d'exercer son activité et le prive de ses revenus. Toutefois, M. D, qui n'apporte aucun élément quant à sa situation professionnelle, n'établit pas qu'il lui serait impossible de prévoir temporairement de nouvelles modalités d'organisation en ayant recours à des modes de transport alternatifs, notamment en utilisant un véhicule ne nécessitant pas la détention du permis de conduire pendant la durée de la suspension de son permis ou même en se faisant véhiculer par des tiers lorsqu'il peut être amené à se déplacer. En outre, il est constant que M. D a été contrôlé le 25 juillet 2024 à 12h40 sur la commune d'Aixe-sur-Vienne pour conduite après avoir fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. La décision attaquée, prise en raison de la constatation de cette infraction, répond, eu égard à la gravité de cette dernière, à des exigences de protection et de sécurité routière dont il appartient au juge des référés de tenir compte, comme il a été dit au point 3, pour apprécier objectivement et globalement si la condition d'urgence prévue par les dispositions susmentionnées est satisfaite. Dans ces conditions, à supposer même que la suspension de son permis de conduire occasionne une gêne pour M. D pendant un temps limité le contraignant à se réorganiser, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, n'est pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision, que les conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. D la somme demandée par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et à la Préfecture de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière en chef,

D. A A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

A. BLANCHON

cg

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