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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401610

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401610

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées les 2 et 3 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet de la Creuse l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de La Souterraine, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an assortie d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Creuse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans ce même délai et, dans les deux hypothèses, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision était incompétent pour la signer ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, la préfète de la Creuse conclut au non-lieu à statuer sur la requête de M. A, l'arrêté en litige ayant été abrogé par un arrêté du 3 octobre 2024 à compter du 29 août 2024. Subsidiairement, il conclut au rejet de la requête.

Par un mémoire enregistré le 18 novembre 2024, M. A soutient que les conclusions à fin d'annulation conservent leur objet pour la période comprise entre la date d'édiction de l'arrêté en litige et la date de prise d'effet de son abrogation.

Par ordonnance du 2 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 31 décembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gillet,

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant afghan né le 21 septembre 1999 à Laghmân (Afghanistan), qui déclare être entré sur le territoire français le 9 avril 2022, a sollicité des autorités françaises son admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 2 mai 2024. Par un courrier envoyé le 10 juin 2024, l'intéressé a régulièrement sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle en vue de former un recours contre cette décision, ainsi que l'a postérieurement admis le président de la Cour nationale du droit d'asile par une ordonnance du 29 août 2024. Par un arrêté du 31 juillet 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Creuse l'a néanmoins obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a astreint à se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de La Souterraine, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an assortie d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a pas d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'administration abroge l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet la requête formée à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision portant son abrogation soit devenue définitive.

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête de M. A, le préfet de la Creuse a, par un arrêté du 3 octobre 2024, abrogé l'arrêté en litige à compter du 29 août 2024. Par suite, l'administration a entendu ne plus permettre l'exécution de la mesure d'éloignement à compter de cette date et, ce, indépendamment du droit au séjour de l'intéressé en considération de sa démarche devant la Cour nationale du droit d'asile. De plus, à la date du présent jugement, il n'est pas contesté que l'arrêté du 3 octobre 2024 est devenu définitif. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et qu'il n'est pas davantage allégué que les décisions d'obligation de quitter le territoire français, de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire français, contenues dans l'arrêté du 31 juillet 2024, aient reçu exécution pendant la période où elles étaient en vigueur, les conclusions de M. A dirigées contre ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a, par suite, pas lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

4. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Toulouse, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de M. C A.

Article 2 : L'Etat versera à Me Toulouse une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Toulouse et au préfet de la Creuse.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Gillet, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

K. GILLET

Le président,

D. ARTUSLe greffier,

M. B

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

M. B

cg

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