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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401637

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401637

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Vieillemaringe, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et l'autorisant à travailler dans l'attente de la décision rendue sur le fond et ce, dans un délai de 15 jours suivant notification de la décision à intervenir ;

4°) de condamner l'État à verser à Me Vieillemaringe, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-la condition tenant à l'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée de refus de renouvellement de titre de séjour modifie sa situation juridique et qu'il existe une présomption d'urgence dans ce cas ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

o la décision contestée n'est pas motivée en droit et en fait ;

o la décision contestée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour ;

o en édictant cette décision, l'administration a violé les dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et donc son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

o la décision contestée résulte d'une erreur d'appréciation de l'administration quant à la menace pour l'ordre public qu'il représenterait.

La préfecture de la Corrèze n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 septembre 2024 sous le n° 2401635 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. A a présenté son rapport lors de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était représentée.

L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. B, ressortissant algérien, est né le 5 décembre 1975 et est arrivé sur le territoire français en septembre 1979, à l'âge de 4 ans. M. B a effectué l'entièreté de sa scolarité en France. Il a bénéficié de divers titres de séjour, dont une carte de résident valable jusqu'en 2001, puis jusqu'en 2011. M. B a ensuite demandé la régularisation de sa situation, ce qui lui a été refusé par une décision du 27 janvier 2014 puis, par un arrêté en date du 21 octobre 2019, statuant sur sa demande de réexamen. Cette dernière décision a été annulée par un jugement n° 1902227 du tribunal administratif de Limoges du 9 juin 2022, lequel a également enjoint au préfet de la Corrèze de remettre à M. B une carte de résident. Un titre de séjour expirant le 25 août 2023 a été remis à M. B. Par arrêté du 30 juillet 2024, le préfet de la Corrèze a refusé la demande de renouvellement de certificat de résidence algérien d'un an mention " vie privée et familiale " de M. B et lui a ordonné de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. M. B demande la suspension du refus de renouvellement de son titre de séjour.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3.M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2024. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4.Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

5.L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre donnant droit au séjour, comme d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6.Aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ; (). ".

7.Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en 1979, à l'âge de 4 ans, a bénéficié, depuis sa majorité, de plusieurs titres de séjour dont le dernier expirait le 25 août 2023. Le récépissé de demande de carte de séjour fournit à M. B date du 5 juin 2024, si bien qu'il a porté sa demande de renouvellement de titre de séjour au-delà du délai légal précédant l'expiration du document. Ainsi, la demande de renouvellement de M. B doit s'analyser en une première demande de titre de séjour, de sorte que la décision du préfet ne constitue pas une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, laquelle aurait bénéficié d'une présomption d'urgence. M. B doit en conséquence justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision attaquée.

8.Pour démontrer l'urgence, M. B fait état d'une part de ce que la décision du préfet de la Corrèze le place en situation irrégulière, d'autre part, qu'il ne sera plus en mesure de travailler en tant qu'intérimaire à compter du 4 septembre 2024 et, enfin, qu'il se trouve dans une situation précaire puisque son bailleur a souhaité mettre fin à son contrat de bail et qu'il a dû déposer une demande d'hébergement d'urgence en date du 3 septembre 2024.

9.Or, il résulte de l'instruction que le titre de séjour de M. B a expiré le 25 août 2023 et que ce n'est qu'à la date du 5 juin 2024 que M. B a effectué sa demande de renouvellement et obtenu le récépissé de demande de titre de séjour, de sorte qu'il se trouvait en situation irrégulière depuis plusieurs mois. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a notamment travaillé quelques mois en tant qu'intérimaire sur une période s'étendant du 3 juillet 2023 au 12 février 2024, il était en situation irrégulière lors de cette période, de sorte que le refus de titre de séjour opposé par la préfecture à la date du 30 juillet 2024 n'a pas modifié sa situation. Enfin, il n'émane d'aucune pièce du dossier que le contrat de bail de M. B aurait été rompu du fait de sa situation, d'autant plus que M. B était déjà en situation irrégulière lorsqu'il a loué la chambre, en septembre 2023, ni même que M. B serait dépourvu de logement dès lors, d'une part, qu'il pourrait bénéficier de l'hébergement d'urgence et, d'autre part, que son frère, qui l'a hébergé auparavant réside dans le même département. Ainsi, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

10.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le juge des référés,La greffière en chef,

D. A A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

A. BLANCHON

cg

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