Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401666

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401666
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMARTY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a annulé l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel la préfète de la Creuse avait assigné à résidence M. C, ressortissant algérien, sur la commune de Bourganeuf pour une durée de soixante jours. La décision a été censurée pour erreur de droit, la durée maximale légale d'une assignation à résidence étant fixée à quarante-cinq jours par l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a également condamné l'État à verser 800 euros à l'avocate de M. C au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024 à 22h41, M. B C représenté par Me Marty, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 septembre 2024 par laquelle la préfète de la Creuse l'a assigné à résidence sur la commune de Bourganeuf pour une durée de soixante jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du 29 avril 2024 portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

-en fixant à soixante jours la durée de l'assignation à résidence, a méconnu les dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, la préfète de la Creuse conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 800 euros soit mise à la charge de M. C.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné M. Crosnier, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles R. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Crosnier ;

- et les observations de Me Marty, représentant M. C.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 28 juin 1992, est entré irrégulièrement en France en 2016. Après avoir fait l'objet de plusieurs refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien, assortis d'une obligation de quitter le territoire auxquelles il s'est soustrait, il a sollicité le 16 mai 2023 son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par son arrêté du 29 avril 2024, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande. Après son installation en Creuse, la préfète de ce département l'a, par son arrêté du 4 septembre 2024, assigné à résidence sur la commune de Bourganeuf pour une durée de soixante jours. M. C conteste cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article L. 732-3 de ce code dispose : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

3. L'arrêté litigieux, pris sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a assigné M. C à résidence sur la commune de Bourganeuf pour une durée de soixante jours en méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent. La préfète de la Creuse reconnait en défense qu'il s'agit d'une erreur de traitement de texte qui nuit à la lisibilité de la décision et qui sera prochainement rectifiée. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que l'arrêté querellé est entaché d'une erreur de droit.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel la préfète de la Creuse a assigné M. C à résidence sur la commune de Bourganeuf pour une durée de soixante jours doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

5. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la préfète de la Creuse demande à ce titre.

6. D'autre part, sous réserve que Me Marty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'Etat versera une somme de 800 (huit cents) euros à Me Marty, avocate de M. C, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 septembre 2024 portant assignation à residence de M. C sur la commune de Bourganeuf est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Me Marty, avocate de M. C, une somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Marty renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Marty et à la préfète de la Creuse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 Septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Y. CROSNIER Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef

La greffière,

M. A

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