vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401743 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024 à 00h32, la société Biogroup Astralab, représentée par Me Ducos, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'arrêté du préfet de la Corrèze du 19 septembre 2024, par lequel le préfet de la Corrèze a réquisitionné le site du laboratoire Biogroup Astrlab situé 25, avenue Marmontel à Ussel (19200) ainsi que son personnel afin d'assurer la continuité des soins dans le cadre d'un mouvement de grève organisé les 20, 21 et 23 septembre 2024 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors que l'arrêté en litige, compte tenu de l'imminence de la grève prévue est de nature à faire échec à celle-ci ;
- l'arrêté litigieux porte manifestement atteinte au droit de grève, constituant une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'illégalité, en ce que les motifs invoqués sont vagues et ne permettent pas, en l'état, d'identifier avec précision les carences auxquelles il serait nécessaire de pallier par une telle réquisition ; au surplus, celui-ci ne précise ni les modalités de cette réquisition, ni la nature des prestations requises, ni même les moyens humains et matériels exacts qui seraient alors réquisitionnés pour satisfaire à cette exigence, en méconnaissance des dispositions du 4° de l'article L. 2215-1 du CGCT ;
- la réquisition envisagée est injustifiée en ce que le site du laboratoire Biogroup Astralab à Ussel est situé en face de l'hôpital d'Ussel, lequel dispose de tout le matériel nécessaire pour réaliser des analyses médicales sur place ; par ailleurs, malgré la grève, la société requérante a pris soin d'informer les établissements de santé, et notamment l'hôpital d'Ussel, qu'elle maintiendrait son activité pour le compte de ces établissements, afin d'assurer la continuité du service et notamment la prise en charge des analyses urgentes ;
- l'arrêté litigieux est disproportionné, en ce qu'il prévoit une réquisition, et ce, alors même que des alternatives, moins attentatoires aux libertés fondamentales, existent.
Le préfet de la Corrèze, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution du 5 octobre 1958, notamment son préambule
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Gayrot et Me Granger, représentant la société Biogroup Astralab, qui ont repris et développé les moyens présentés dans leurs écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 19 septembre 2024, le préfet de la Corrèze a réquisitionné le site du laboratoire de biologie médicale Biogroup Astralab situé au 25, avenue Marmontel à Ussel (19200) et de ses personnels afin d'assurer la continuité des soins relevant d'une urgence les 20, 21 et 23 septembre 2024, dans le cadre d'un mouvement de grève nationale des laboratoires de biologie médicale. La société Biogroup Astralab demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre d'exécution de cet arrêté.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
3. Aux termes de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois () 4° En cas d'urgence, lorsque l'atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques l'exige et que les moyens dont dispose le préfet ne permettent plus de poursuivre les objectifs pour lesquels il détient des pouvoirs de police, celui-ci peut, par arrêté motivé, pour toutes les communes du département ou plusieurs ou une seule d'entre elles, réquisitionner tout bien ou service, requérir toute personne nécessaire au fonctionnement de ce service ou à l'usage de ce bien et prescrire toute mesure utile jusqu'à ce que l'atteinte à l'ordre public ait pris fin ou que les conditions de son maintien soient assurées. L'arrêté motivé fixe la nature des prestations requises, la durée de la mesure de réquisition ainsi que les modalités de son application. Le préfet peut faire exécuter d'office les mesures prescrites par l'arrêté qu'il a édicté. () ".
En ce qui concerne l'urgence :
4. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence d'une situation d'urgence au sens de cet article.
5. L'arrêté portant réquisition d'un site d'analyse de la société requérante a directement pour effet de faire obstacle à l'exercice du droit de grève en contraignant ce laboratoire à avoir une activité normale les 20, 21 et 23 septembre 2024. Cet arrêté crée ainsi une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
6. Le droit de grève présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Si toutefois le préfet peut légalement, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales, requérir les salariés en grève d'une entreprise privée dont l'activité présente une importance particulière pour la satisfaction des besoins essentiels de la population, notamment en matière de santé publique, lorsque les perturbations résultant de la grève créent une menace pour l'ordre public, il ne peut prendre que les mesures nécessaires, imposées par l'urgence et proportionnées aux nécessités de l'ordre public.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment des indications données lors de l'audience publique, que le laboratoire Biogroup Astralab situé à Ussel a, par un courriel en date du 13 septembre 2024, informé les différents établissements de santé, et particulièrement l'hôpital d'Ussel avec lequel il dispose d'un contrat de partenariat, que malgré le mouvement de grève annoncé, le laboratoire maintiendrait son activité et notamment la prise en charge de toutes les analyses dites urgentes, de telle sorte que la continuité du service soit assurée. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'a indiqué le préfet dans son arrêté, la grève n'aura pas pour effet de porter " atteinte à la sécurité des patients en l'absence de continuité de la réalisation des examens de biologie ". Par suite, la décision de réquisitionner le site du laboratoire Biogroup Astralab sis 25 avenue Marmontel à Ussel, les 20, 21 et 23 septembre, est entachée d'une illégalité manifeste qui porte une atteinte grave à la liberté fondamentale que constitue le droit de grève.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de la Corrèze en date du 19 septembre 2024.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Corrèze a réquisitionné le site du laboratoire Biogroup Astrlab situé 25, avenue Marmontel à Ussel les 20, 21 et 23 septembre 2024 inclus, est suspendu.
Article 2 : L'État versera à la société Biogroup Astralab la somme de 800 (huit cents) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Biogroup Astralab et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de la Corrèze.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
Le juge des référés,
F.J. A
La greffière en chef,
A. BLANCHON
La République mande et ordonne
au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière en Chef,
A. BLANCHON
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026