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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401752

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401752

samedi 21 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401752
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSEGIF - d'Astorg,Frovo et Associés

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024 à 18h06, la société Bio 86, représentée par Me Ducos demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'arrêté du préfet de l'Indre du 18 septembre 2024 portant réquisition du site du laboratoire de biologie médicale Bio 86 situé 20, boulevard Chanzy au Blanc (36300), du vendredi 20 au lundi 23 septembre 2024 inclus ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- eu égard à l'imminence de la grève, il en résulte à l'évidence une situation d'urgence dès lors que si l'arrêté en litige devait être maintenu, il serait de nature à faire échec à la grève prévue les 20, 21, 22 et 23 septembre 2024 ;

- la réquisition est injustifiée et disproportionnée dès lors d'une part que la mesure ordonnée est entachée d'une erreur grossière et ne présente aucune utilité pour répondre au but recherché de maintien d'un service minimum de santé, d'autre part, qu'il est flagrant que la réquisition est fondée sur des motifs inaptes à la justifier, enfin, qu'il existe des alternatives suffisantes à la réquisition ;

- l'arrêté en litige n'indique aucunement les modalités de réquisition.

La requête a été communiquée au préfet de l'Indre qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958, notamment son préambule ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Granger, représentant la société Bio 86, qui a repris et développé les moyens présentés dans ses écritures et a fait valoir en outre que la réquisition couvre la journée du dimanche alors que le laboratoire du Blanc est habituellement fermé ce jour-là, qu'il n'assure jamais aucune urgence puisqu'il ne fait que des prélèvements et ne pratique aucune analyse, ces dernières étant effectuées dans d'autres laboratoires du même groupe et qu'il n'entretient aucun partenariat avec des établissements de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 septembre 2024, le préfet de l'Indre a réquisitionné le site du laboratoire de biologie médicale Bio 86 situé au 20, boulevard Chanzy au Blanc (36300), durant la grève nationale des laboratoires de biologie médicale du vendredi 20 au lundi 23 septembre 2024 inclus. La société Bio 86 demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre d'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Aux termes de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois () 4° En cas d'urgence, lorsque l'atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques l'exige et que les moyens dont dispose le préfet ne permettent plus de poursuivre les objectifs pour lesquels il détient des pouvoirs de police, celui-ci peut, par arrêté motivé, pour toutes les communes du département ou plusieurs ou une seule d'entre elles, réquisitionner tout bien ou service, requérir toute personne nécessaire au fonctionnement de ce service ou à l'usage de ce bien et prescrire toute mesure utile jusqu'à ce que l'atteinte à l'ordre public ait pris fin ou que les conditions de son maintien soient assurées. L'arrêté motivé fixe la nature des prestations requises, la durée de la mesure de réquisition ainsi que les modalités de son application. Le préfet peut faire exécuter d'office les mesures prescrites par l'arrêté qu'il a édicté. () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. La condition d'urgence posée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce. En particulier, le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article. La circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence d'une situation d'urgence au sens de cet article.

5. L'arrêté portant réquisition du site Bio 86 du Blanc a directement pour effet de faire obstacle à l'exercice du droit de grève en contraignant ce laboratoire à être ouvert aux horaires habituels les 20, 21, 22 et 23 septembre 2024 inclus. Cet arrêté crée ainsi une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Le droit de grève présente le caractère d'une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Si toutefois le préfet peut légalement, sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales, requérir les salariés en grève d'une entreprise privée dont l'activité présente une importance particulière pour la satisfaction des besoins essentiels de la population, notamment en matière de santé publique, lorsque les perturbations résultant de la grève créent une menace pour l'ordre public, il ne peut prendre que les mesures nécessaires, imposées par l'urgence et proportionnées aux nécessités de l'ordre public.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment des indications données à l'audience, d'une part, que le laboratoire du Blanc qui est un laboratoire " pré-post analytique ", c'est-à-dire n'effectuant que des prélèvements, n'est pas en mesure de réaliser d'analyses, ces dernières étant faites dans d'autres laboratoires d'analyse du groupe vers qui les prélèvements faits sont acheminés et, d'autre part, que si les laboratoires d'analyse de la société Bio 86 ont averti les établissements avec qui elle avait des partenariats qu'elle entendait assurer la continuité des services pour leurs établissements durant la période de grève, ce n'est pas le cas du laboratoire réquisitionné du Blanc dès lors que ce dernier ne dispose d'aucun partenariat avec des établissements de santé. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le laboratoire du Blanc soit en mesure d'assurer les urgences médicales, avérées ou indispensables, pour éviter une perte de chance dans le cadre de la continuité des prises en charge, objet de l'arrêté litigieux. Au demeurant, alors que ni le préfet, ni l'Agence régionale de santé ne produisent d'élément de nature à évaluer l'impact de la grève sur le besoin d'analyse, ni la nécessité d'une ouverture totale durant toute les journées des jours de grève, eu égard, notamment, à l'offre publique existante dont aucun élément tangible n'est produit sur l'incapacité dans laquelle elle se trouverait d'absorber un report partiel d'activité durant une période temporaire de quatre jours, il n'est pas mieux démontré qu'aucune solution alternative à la réquisition n'aurait pu être trouvée, avant le 20 septembre 2024. Enfin, en l'absence de toute pièce justificative déposée en défense et de toute observation en défense au cours de l'audience publique, il n'est pas démontré que l'ampleur du mouvement de la grève annoncée serait susceptible d'avoir, sur l'activité d'analyse des prélèvements médicaux, un impact tel qu'il serait susceptible de compromettre immédiatement et gravement le fonctionnement du dispositif sanitaire au sein du département, s'agissant de la sécurité des patients et de la continuité des soins, en rendant nécessaire l'organisation sans délai, par voie de réquisition, d'un service minimum. Par suite, la décision de réquisitionner le site du laboratoire Bio 86, du vendredi 20 au lundi 23 septembre 2024 inclus, est entachée d'une illégalité manifeste qui porte une atteinte grave à la liberté fondamentale que constitue le droit de grève.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Indre en date du 18 septembre 2024.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Indre du 18 septembre 2024 portant réquisition du laboratoire de biologie médicale Bio 86 situé au 20, boulevard Chanzy au Blanc (36300), durant la grève nationale des laboratoires de biologie médicale du vendredi 20 au lundi 23 septembre 2024 inclus est suspendu.

Article 2 : L'État versera à la société Bio 86 la somme de 800 (huit cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Bio 86 et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer. Une copie en sera adressée pour information au préfet de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2024.

Le juge des référés, La greffière,

Y. BM. C

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

M.C

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