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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401777

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401777

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUPONTEIL VALÉRIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées le 26 septembre 2024 et le 23 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Peudupin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étranger malade " ou " vie privée et familiale ", sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 31 décembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 10 janvier 2025.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gillet a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant angolais né le 30 juin 1966 à Tchimvula (Angola), déclare être entré sur le territoire français le 11 décembre 2019. Le 20 décembre 2020, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par une décision du 19 mars 2021, l'office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande, décision confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 10 février 2022. Il a déposé le 19 décembre 2023 une demande de titre de séjour portant la mention " étranger malade " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 septembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de faire droit à cette demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire national pendant une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () /Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. L'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse de délivrer un titre de séjour à M. A, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé. Il en résulte que l'arrêté attaqué, qui vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est également suffisamment motivé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français au regard des exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Vienne ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. A dès lors qu'il vise l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration et relève notamment que l'intéressé ne démontre pas être dépourvu de tout lien personnel et familial dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident encore sa femme et ses enfants. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

6. Pour refuser à M. A la délivrance du titre de séjour qu'il avait sollicité au regard de son état de santé, le préfet de la Haute-Vienne, faisant sien l'avis du 3 avril 2024 du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, a estimé que si l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Angola, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers l'Angola.

7. Pour contester ces éléments, M. A produit des certificats et documents médicaux faisant apparaître qu'il souffre d'un " volumineux calcul intrarénal gauche ", qu'il a fait l'objet d'une prise en charge médico-sociale le 13 décembre 2024 et qu'il a été convoqué pour une hospitalisation au centre hospitalier universitaire de Limoges le 15 janvier 2025. Toutefois, ces pièces médicales ne se prononcent pas sur la disponibilité des soins et traitements appropriés à sa maladie dans son pays d'origine et ne sont ainsi pas de nature à établir que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de l'Angola, le requérant ne pourrait pas y bénéficier effectivement du traitement approprié dont, au demeurant, il devrait avoir bénéficié à la date de la présente décision. Dans ces conditions, par les pièces produites, M. A ne contredit pas utilement l'appréciation du préfet qui s'est prononcé au vu notamment de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France en 2019, a vécu en Angola jusqu'à l'âge d'au moins cinquante-trois ans, soit l'essentiel de son existence, où il conserve d'ailleurs d'importantes attaches familiales dès lors qu'y résident, selon la fiche de renseignements remplie par ses soins dans le cadre de sa demande de titre de séjour, ses six enfants, dont quatre sont âgés de moins de seize ans. En outre, l'attestation d'hébergement à titre gratuit produit par M. A ne suffit pas à démontrer la réalité de son insertion sociale et professionnelle dans la société française et la seule circonstance qu'il bénéficie sur le territoire français d'un suivi médical ne saurait établir qu'il aurait fixé en France le centre de ses attaches personnelles. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas violé les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

11. Le requérant se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français et de la nécessité d'un suivi médical à raison de la maladie chronique dont il est atteint, tels que rappelés aux points 7 et 9 du présent jugement. Toutefois, ces circonstances ne suffisent pas, à elles seules et pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 7 et 9 du présent jugement, à établir l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Enfin, si le requérant fait valoir, en tant que motif exceptionnel de nature à l'admettre au séjour, que sa vie serait menacée en cas de retour en Angola, il n'accompagne cette affirmation d'aucun commencement de preuve alors que l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et la cour nationale du droit d'asile, instances devant lesquelles l'intéressé a exposé ces mêmes craintes, ont estimé que celles-ci n'étaient pas fondées. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Vienne, en adoptant la décision attaquée, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 16 septembre 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".

14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qu'une personne publique, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, ne saurait présenter une demande au titre de ces dispositions en se bornant à faire état d'un surcroît de travail pour ses services et sans se prévaloir de frais spécifiques exposés par elle en indiquant leur nature. Par suite, en se bornant à demander au tribunal qu'une somme soit mise à la charge de M. A au titre des frais de justice sans faire état précisément des frais que l'Etat aurait exposés pour défendre à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Peudupin et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,

M. Crosnier, premier conseiller,

M. Gillet, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

K. GILLET

Le président,

D. ARTUSLe greffier,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le greffier en chef,

La greffière

M. C

cg

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