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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401795

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401795

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401795
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. B C, représenté par Me Toulouse, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel le président de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche l'a suspendu de ses fonctions pour une durée supplémentaire de quatre mois à compter du 11 septembre 2024 ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes du Haut Limousin en Marche de le réintégrer dans ses fonctions dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

' elle méconnaît les articles L. 530-1 et L. 531-1 du code général de la fonction publique en prolongeant sa suspension alors qu'il n'a commis aucune faute grave sanctionnable disciplinairement ; en effet, les faits pour lesquels il a été condamné ont été commis en dehors de ses heures de travail, sont sans lien avec son activité professionnelle et sans risque particulier de rattachement à la collectivité qui l'emploie ;

' elle méconnaît également l'article L. 531-1 de ce code faute pour l'administration d'avoir saisi sans délai le conseil de discipline ;

' elle méconnaît les articles L. 531-2 et L. 531-3 du même code en ce que, étant définitivement condamné depuis le 26 février 2024, il ne faisait l'objet d'aucune poursuite pénale à la date du 6 septembre 2024 et ne pouvait, dès lors, être de nouveau suspendu de ses fonctions ;

' elle est entachée d'un défaut de motivation quant à l'existence en fait d'un intérêt du service à maintenir sa suspension au-delà du délai légal de quatre mois, alors notamment que sa condamnation pénale n'est nullement incompatible avec l'exercice de ses fonctions de chauffeur de benne à ordures ménagères ;

- il y a urgence compte tenu de la durée de la mesure, par nature provisoire, et de la date prévisible d'intervention d'un jugement au fond, de ses conséquences sur son état de santé psychologique et physique, de la gravité de son illégalité ainsi que de l'atteinte qu'elle porte à ses intérêts eu égard, notamment, à l'influence qu'elle est susceptible d'exercer sur l'avis que pourrait prendre le conseil de discipline et, par suite, sur la décision éventuelle de sanction de l'administration.

La requête a été communiquée à la communauté de communes du Haut Limousin en Marche, qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 30 septembre 2024 sous le n° 2401797.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique à laquelle la communauté de communes du Haut Limousin en Marche n'était pas représentée :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche titulaire du grade d'adjoint technique de deuxième classe, a, par un arrêté non contesté du 2 mai 2024, été suspendu de ses fonctions pour une durée de quatre mois à la suite de sa condamnation par le tribunal correctionnel de Limoges, le 16 février 2024, pour des faits d'agression sexuelle commis sur un mineur de quinze ans. Par un arrêté du 6 septembre 2024, le président de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche a prolongé sa suspension pour une durée de quatre mois. M. C, qui a formé un recours tendant à l'annulation de cette décision, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre son exécution dans l'attente qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ". L'article L. 531-2 de ce code précise que : " Si, à l'expiration du délai mentionné à l'article L. 531-1, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions. / Le fonctionnaire qui fait l'objet de poursuites pénales est également rétabli dans ses fonctions à l'expiration du même délai sauf si les mesures décidées par l'autorité judiciaire ou l'intérêt du service y font obstacle. ".

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 6 septembre 2024, qui prolonge la suspension de M. C au-delà du délai mentionné à l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique alors que l'intéressé, définitivement condamné, ne faisait plus l'objet de poursuites pénales à cette date, méconnaît les dispositions citées au point précédent est de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

6. Il résulte de l'instruction, notamment du certificat établi le 12 septembre 2024 par un psychiatre, que M. C, maintenu dans l'impossibilité d'exercer son activité professionnelle depuis plus de cinq mois à la date de la présente ordonnance, fait l'objet d'un suivi psychiatrique et présente une " dépression sévère " dont les manifestations, décrites dans plusieurs attestations concordantes émanant de son entourage, sont particulièrement prégnantes depuis qu'il a été suspendu de ses fonctions. Ainsi, compte tenu de la détérioration de son état de santé psychique et alors même que la mesure en litige n'affecte pas significativement sa rémunération, M. C doit être regardé comme justifiant que celle-ci préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation. Si, par ailleurs, l'arrêté attaqué mentionne que l'intérêt du service commanderait une telle mesure de prolongation, il ne résulte pas de l'instruction que la réintégration de l'intéressé, dont les fonctions de chauffeur de benne à ordures ménagères sont essentiellement solitaires, causerait un trouble de nature à perturber le bon fonctionnement du service. Il suit de là que la condition d'urgence est remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté litigieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Compte tenu du motif de suspension retenu, l'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que le requérant soit provisoirement rétabli dans ses fonctions, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur son recours au fond. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au président de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche de procéder à ce rétablissement dans un délai qu'il y a lieu de fixer à sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche une somme de 1 200 euros à verser à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 6 septembre 2024 par lequel le président de la communauté de communes du Haut Limousin en Marche a prolongé la suspension de M. C de ses fonctions est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes du Haut Limousin en Marche de rétablir provisoirement M. C dans ses fonctions, jusqu'à ce qu'il soit statué sur l'affaire au fond, dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : La communauté de communes du Haut Limousin en Marche versera à M. C une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à la communauté de communes du Haut Limousin en Marche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le juge des référés,La greffière en chef,

D. A A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

cg

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