mardi 18 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2401809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AVOC'ARENES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er octobre 2024, M. B D, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et ce dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée et demande qu'il soit mis à la charge du requérant une somme de 750 euros à verser à l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant géorgien né le 14 janvier 1982 à Samtredia (Géorgie), M. D, est entré en France, selon ses déclarations, le 16 décembre 2018 et a présenté une demande d'asile le 27 décembre 2018 qui a été rejetée le 31 juillet 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par deux arrêtés du 25 octobre 2019 et du 4 octobre 2022, M. D a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Le 23 janvier 2024, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de ses liens privés et familiaux ainsi qu'au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 2 août 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. En premier lieu, si M. D soutient que l'arrêté du 2 août 2024 est entaché d'une erreur de fait, dès lors qu'il mentionne à tort une date d'entrée en France le 24 novembre 2020 alors qu'il soutient être entré en France deux ans plus tôt, il ressort des pièces du dossier et notamment du formulaire de demande de titre de séjour, signé par l'intéressé, que ce dernier a déclaré être entré en France le 24 novembre 2020, qu'ainsi, l'erreur de fait dont M. D se prévaut ne saurait être imputable au préfet de la Haute-Vienne. Par ailleurs, une telle erreur, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas examiné sérieusement la situation de M. D, ne caractérise pas un tel défaut d'examen. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Selon l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,
L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, si la présence sur le territoire de M. D est ancienne depuis son entrée en France le 24 novembre 2020, l'intéressé s'est soustrait aux deux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet après le rejet de sa demande d'asile. Par ailleurs, si M. D se prévaut de la présence en France de ses deux enfants de nationalité géorgienne, Elene et Luka, nés respectivement le 10 mai 2013 et le 18 septembre 2017 en Géorgie, issus d'une union avec Mme E, ressortissante géorgienne titulaire d'un titre de séjour depuis le mois de mars 2023, il ressort des pièces que le couple est séparé depuis 2022 et que les enfants vivent avec leur mère. Dans ces conditions, alors que M. D n'établit pas, par les pièces produites, à savoir, quelques tickets de paiement dans des établissements de restauration rapide, trois tickets de paiement dans une enseigne d'habillement, six photographies et une attestation d'une travailleuse sociale au demeurant peu circonstanciée, contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Enfin, les seules pièces qui sont produites par le requérant, qui ne justifie pas de ressources, ne sont pas de nature à démontrer une intégration particulièrement notable en France ou qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, et alors que la circonstance que Mme A, agricultrice, ait indiqué souhaiter recruter M. D ne saurait caractériser un motif exceptionnel justifiant sa régularisation, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, notamment dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, M. D n'établit pas contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision contestée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants du fait de la séparation d'avec leur père doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
7. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
8. Eu égard à ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de ce que la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux ainsi que celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, en tout état de cause, être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du préfet de la Haute-Vienne au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Ce jugement sera notifié à M. B D, au préfet de la Haute-Vienne et à Me Toulouse.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Revel, président,
M. Christophe, premier conseiller,
M. Gazeyeff, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.
Le rapporteur,
D. GAZEYEFF
Le président,
FJ. REVEL
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme,
Pour La greffière en chef,
La greffière,
M. C0000if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026