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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401830

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401830

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401830
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAVOC'ARENES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées les 3 et 4 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Toulouse, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis à 9 heures aux services de police de Brive-la-Gaillarde, à l'exception des dimanches et jours fériés ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 30 septembre 2024 ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen ainsi que les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet de la Corrèze qui n'a pas produit d'observations en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, notamment en ses articles 2 et 4 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gillet, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles R. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gillet,

- et les observations de Me Toulouse, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que le préfet de la Corrèze n'était pas compétent pour prendre l'arrêté contesté, lequel ne précise d'ailleurs pas le lieu d'interpellation dans sa motivation, et que l'intéressé n'a en tout état de cause pas respecté la mesure d'assignation à résidence prononcée à son encontre.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 11 février 1992 à Relizane (Algérie), déclare être entré sur le territoire français à la fin du mois d'août 2023 et s'y est ensuite maintenu irrégulièrement alors qu'il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français non exécutée en date du 30 janvier 2024. Par un arrêté du 30 septembre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter tous les lundis, mercredi et vendredis à 9 heures au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le lieu d'assignation à résidence de M. B est le département de la Corrèze. Par suite, en vertu de l'article R. 732-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Corrèze est territorialement compétent pour édicter la mesure d'assignation prononcée à l'encontre de M. B, sans qu'il soit besoin que l'arrêté contesté mentionne le lieu d'interpellation de l'intéressé.

6. En second lieu, il ressort du site internet de la préfecture de la Corrèze que Mme Nicole Chabannier, secrétaire général de la préfecture de la Corrèze et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de ce département en date du 30 août 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 19-2024-08-30-0001 du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Corrèze () " à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en cause manque en fait.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ". Selon l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

8. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

9. D'une part, pour soutenir que le préfet de la Corrèze aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, M. B soutient qu'il vit habituellement à Limoges et est hébergé chez des amis, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français délivrée par le préfet de la Haute-Vienne et qu'il a été interpellé dans un " Flixbus " au départ de la gare routière de Limoges. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B produit une attestation sur l'honneur par laquelle il déclare être sans domicile fixe. De plus, ni l'attestation de Mme D indiquant qu'elle héberge " de façon ponctuelle " l'intéressé depuis le 1er août 2024 à son domicile, ni l'attestation d'élection de domicile de l'intéressé auprès du centre communal d'action social de Limoges, qui n'est qu'une simple domiciliation postale, ne permettent d'établir que M. B était hébergé à titre habituel ou, à tout le moins, à titre suffisamment pérenne dans le département de la Haute-Vienne à la date de la décision contestée. Au surplus, M. B n'établit ni même n'allègue avoir fait valoir d'autres éléments sur ce point lors de son audition par les services de la gendarmerie, alors qu'au demeurant une copie du procès-verbal de déroulement de la retenue devait être remise à l'intéressé en application du troisième alinéa de l'article L. 813-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé ne produit aucun autre élément à l'appui de ses allégations et qu'il ne peut se prévaloir de la seule circonstance qu'il ne respecte pas la mesure prononcée à son encontre, le préfet de la Corrèze n'a pas entaché sa décision d'assignation à résidence d'une erreur d'appréciation en déterminant le périmètre de cette assignation au regard du département dans lequel M. B a fait l'objet d'un contrôle d'identité par la gendarmerie, en l'absence de tout autre lieu d'hébergement suffisamment stable et identifié hors de ce département à la date de l'arrêté contesté. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

10. D'autre part, en imposant à M. B de se présenter trois fois par semaine à 9 heures au commissariat de police de Brive-la-Gaillarde afin de confirmer sa présence, le préfet de la Corrèze n'a pas davantage, en l'absence d'éléments étayés invoqués par M. B qui se borne à se prévaloir de son absence de moyens de locomotion et de ressources, entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

11. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Corrèze n'a pas, eu égard à la situation de l'intéressé et aux buts en vue desquels la mesure a été prise, porté une atteinte excessive à la liberté d'aller et venir de M. B.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ".

13. Entré sur le territoire français à la fin août 2023, M. B fait valoir qu'il a des amis à Limoges et qu'il est en couple avec Mme D, rencontrée le 20 juin 2024, laquelle est de nationalité française et réside dans le département de la Haute-Vienne. Cependant, compte tenu du caractère récent de sa relation nouée avec cette dernière et de l'absence d'autres éléments probants de nature à établir son insertion personnelle et familiale en dehors de la Corrèze, M. B ne fait état d'aucune contrainte pesant sur sa vie professionnelle ou familiale qui ferait obstacle au respect des obligations découlant de la mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. Par suite, compte tenu des conditions du séjour de M. B, qui n'a pas respecté la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, le moyen tiré de ce que le préfet de la Corrèze a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par Me Toulouse au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Toulouse et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

K. GILLET

Le greffier,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

cg

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