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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2401973

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2401973

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2401973
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMARTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 25 octobre 2024 à 16h49, M. E B et Mme D A, représentés par Me Marty, demandent au juge des référés :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de les maintenir dans le dispositif d'hébergement d'urgence sous 24 heures à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à leur conseil, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- il y a urgence car le couple et leurs deux enfants, âgés respectivement de 1 an et 4 ans, vont se retrouver à la rue le 30 octobre 2024, le 115 leur ayant enjoint téléphoniquement de quitter à cette date l'hôtel où ils sont actuellement hébergés ; cette absence de maintien dans le dispositif d'hébergement d'urgence est d'autant plus préjudiciable au vu de la période hivernale qui s'annonce ; ils ne peuvent se reloger par eux même dans le parc locatif privé alors qu'ils ne disposent d'aucune ressource ;

- la décision leur refusant la poursuite de leur prise en charge porte une atteinte grave et manifestement illégale à leur droit à être maintenus dans un hébergement d'urgence, droit qui constitue une liberté fondamentale ;

- ils sont de par leur situation administrative et matérielle en situation d'une particulière vulnérabilité : ils sont en possession respectivement de récépissé de demande de titre de séjour et d'un justificatif d'enregistrement d'une première demande de titre de séjour ne les autorisant pas à travailler ; ils sont dépourvus de ressources, dans l'incapacité d'accéder à un logement ; ils sont parents de deux enfants âgés respectivement de 4 ans et d'1 an ; ils sont eux même dans une situation de détresse psychique et médicale pour lesquels ils justifient d'un suivi psychiatrique ; cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles ;

- la carence caractérisée de l'Etat est constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales des requérants : cette carence dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence est caractérisée ; elle a pour effet de ne pas permettre le maintien en hébergement d'un couple en situation régulière sans ressource dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale et de deux enfants mineurs âgés de 4 ans et d'1 an ;

- la décision de ne pas prolonger la prise en charge dont ils bénéficient au titre de l'hébergement d'urgence contrevient à l'intérêt supérieur de leurs deux enfants tel qu'il est garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiquée le 26 octobre 2024 au préfet de la Haute-Vienne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 25 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, pour exercer les fonctions de juge des référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 28 octobre 2024 à 15 heures 00 :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Marty, représentant les requérants, qui reprend les mêmes moyens et fait valoir que :

' la procédure de référé liberté se justifie en l'absence de notification écrite de la décision de fin d'hébergement et de l'impossibilité de faire valoir leurs observations ; information leur a été faite oralement sur boite vocale puis par oral, le centre de jour a refusé d'accuser réception de leur demande de prolongation d'hébergement, la demande a dû être adressée au 115 par leur conseil, sans aucune réponse depuis ; leurs suivis médicaux sont toujours en cours, leur fils âgé de 4 ans est lui-même pris en charge en orthophonie en raison d'un retard important de langage ; compte-tenu de la configuration de la famille, ils ne peuvent relever d'aucun autre dispositif, notamment pas celui de l'aide sociale à l'enfance ; la fin de cet hébergement est source d'angoisse et de stress très important pour les parents et les enfants ; la carence de l'Etat est caractérisée en l'absence de toute solution de sortie positive pour la famille qui a demandé par deux fois le maintien de leur hébergement d'urgence, portant ainsi atteinte à leurs droits fondamentaux à l'intérêt supérieur des enfants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Les requérants ont produit une pièce enregistrée le 28 octobre 2024 après la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B et Mme D A demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de les maintenir dans le dispositif d'hébergement d'urgence à compter du 30 octobre 2024.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " l'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président ou par le président de la commission mentionnée à l'article L. 432-13 ou à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Les requérants ont déposé une demande d'aide juridictionnelle le 25 octobre 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date de la présente ordonnance. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire des intéressés au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". En vertu des dispositions de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

6. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement de ces dispositions, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'État dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaitre, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

8. Il résulte de l'instruction que Mme A et M. B vivent dans des conditions de précarité matérielle extrême et sont sans ressources dès lors que M. B ne dispose que d'un récépissé de demande de titre de séjour, valable jusqu'au 2 mars 2025 ne l'autorisant pas à travailler et que Mme A ne dispose que de la confirmation du dépôt d'une première demande de titre de séjour ne l'autorisant pas à travailler. Ils sont accompagnés de deux jeunes enfants dont un enfant de moins d'1 an à la date de l'audience et d'un enfant de 4 ans, scolarisé. Leur situation a justifié d'un hébergement d'urgence à compter du 31 juillet 2024. Ils ont été informés téléphoniquement par le 115 d'une fin d'hébergement à compter du 30 octobre 2024, à la veille de la trêve hivernale. En outre, Mme A produit un certificat médical établi le 7 décembre 2023 par un praticien hospitalier du centre hospitalier spécialisé Esquirol de Limoges, démontrant qu'elle bénéficie d'un suivi par un infirmier et un médecin psychiatre ainsi que d'un traitement médicamenteux du fait d'un trouble anxieux important consécutif à son parcours de vie difficile avec traumatismes. M. B produit pour sa part un certificat médical établi le 4 janvier 2024 par le même médecin hospitalier confirmant son suivi par un médecin psychiatre et un traitement médicamenteux pour des troubles anxieux, pour les mêmes motifs. Il souffre de plus de troubles digestifs pour lesquels il a passé des examens médicaux et qui sont en cours de diagnostic. Les requérants soutiennent, sans être démentis sur ce point, poursuivre actuellement leur traitement respectif. En outre, ils produisent lors de l'audience, une évaluation par un orthophoniste de leur fils ainé démontrant un retard dans l'acquisition du langage nécessitant une prise en charge en orthophonie hebdomadaire, lui aussi toujours en cours qu'ils attribuent à leur propre détresse et anxiété. Dans ces conditions, eu égard à l'état de détresse et de grande vulnérabilité de la famille des requérants caractérisé par le jeune âge de leurs enfants, à l'état de santé tant des parents que du fils ainé de la famille, et à la situation d'urgence qui en résulte au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, et alors que le préfet qui n'était ni présent ni représenté à l'audience et qui n'a pas produit de mémoire en défense, n'apporte aucun élément de nature à établir la saturation du dispositif d'hébergement d'urgence, la carence de l'État dans son obligation d'assurer l'hébergement d'urgence des personnes sans abri doit être regardée, en l'état de l'instruction, comme ayant porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

9. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne et sous 24 heures, de maintenir l'hébergement des requérants dans un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir avec leurs enfants.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. B et Mme A ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, leur conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 (mille deux cents) euros, Me Marty renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B et à Mme A, par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B et Mme A sont admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne, sous 24 heures, de maintenir l'hébergement de M. B et Mme A dans un lieu d'hébergement susceptible de les accueillir avec leurs enfants.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux cents) euros à Me Marty, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, cette dernière ayant renoncé à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. B et à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros lui sera versée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B, à Mme D A, à Me Marty et au ministre des solidarités et des familles. Une copie en sera adressée au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024 à 17h00.

La juge des référés,

H. C

La greffière en chef,

A. BLANCHON

La République mande et ordonne

au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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