mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2402026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 16 novembre 2024, Mme D C, représentée par Me Bouchon, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision non-datée notifiée le 24 octobre 2024 du département de la Creuse retirant son agrément d'assistante familiale dans l'attente de la décision à intervenir sur le fond ;
2°) de mettre à la charge du département de la Creuse la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la condition d'urgence est remplie au vu des conséquences financières importantes qu'elle subit ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
o le délai de quinze jours entre l'information des motifs de la décision envisagée à son encontre et la date de sa convocation devant la commission consultative paritaire départementale n'a pas été respecté ;
o l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en droit en ce qu'il ne cite pas, notamment, l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles qui délimite les conditions de retrait de l'agrément ;
o la décision de retrait d'agrément a été prise avant même que n'ait lieu la commission consultative paritaire départementale ;
o la commission consultative ne s'est pas prononcée sur le retrait de son agrément mais sur le maintien de son retrait d'agrément ;
o la décision emporte violation du principe non bis in idem dès lors qu'elle a été sanctionnée, pour les mêmes faits, en 2023 et en 2024 ;
o la sanction du département ne repose que sur les dires des enfants sans qu'aucune procédure judiciaire ne soit engagée à son encontre alors que le témoignage de Luc manque de crédibilité, qu'il existe des preuves solides de progrès éducatifs, que l'enfant pratiquait la piscine, ce qui est peu compatible avec des faits de maltraitance, et qu'elle bénéficie de qualités professionnelles reconnues ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le conseil départemental de la Creuse, représenté par Me Mons-Bariaud, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
-la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'elle perçoit une somme supérieure au seuil de pauvreté et qu'elle a la possibilité d'échapper aux charges inhérentes à sa propriété soit en la vendant soit en la louant ;
-il n'existe aucun doute quant à la légalité de la décision :
o les délais de convocation ont été respectés ;
o le moyen tiré du défaut de motivation est totalement infondé ;
o la circonstance que le courrier de notification de l'arrêté de retrait d'agrément soit daté du 3 octobre signifie uniquement qu'il a pu être préparé dans la journée du 3 octobre mais, postérieurement à la tenue de la CCPD, laquelle s'est terminée à 10h50 ;
o eu égard à l'importance des notes établies par les services, la décision de retrait d'agrément est incontestablement fondée et il n'a commis aucune erreur d'appréciation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 31 octobre 2024 sous le numéro 2401990 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Bouchon, représentant Mme C, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures ;
- et les observations de Me Mons-Bariaud, représentant le conseil départemental de la Creuse, qui reprend et développe les moyens présentés dans ses écritures.
L'instruction a été clôturée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C exerçait la profession d'assistante familiale et avait reçu un agrément en février 2021, lequel avait été élargi à l'accueil d'un deuxième enfant en 2022, puis d'un troisième enfant en 2023. Par arrêté du 22 novembre 2023, le président du conseil départemental de la Creuse lui a retiré son agrément d'accueillante familiale, motif pris de ce que des propos relatant des faits de maltraitance avaient été rapportés par les enfants à l'éducatrice référente et à la psychologue référente de l'aide sociale à l'enfance. Par un jugement du 12 juillet 2024, le tribunal administratif de Limoges a annulé le retrait d'agrément, au motif que le caractère contradictoire de la procédure n'avait pas été respecté. Le 17 septembre 2024, Mme C a été convoquée devant la commission consultative paritaire départementale de retrait des agréments en vue d'un nouveau retrait d'agrément pour les mêmes faits. Par un arrêté non-daté, la présidente du département de la Creuse a de nouveau retiré son agrément à Mme C. La requérante demande au tribunal la suspension de cette décision.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". L'article L. 421-3 de ce code précise que l'agrément est accordé aux assistants familiaux si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Aux termes de l'article L. 421-6 du même code : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, () procéder à son retrait. () / Toute décision de retrait de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. / En cas de retrait d'un agrément motivé notamment par la commission de faits de violences à l'encontre des mineurs accueillis, il ne peut être délivré de nouvel agrément à la personne à qui l'agrément a été retiré avant l'expiration d'un délai approprié, quel que soit le département dans lequel la nouvelle demande est présentée. () ". Enfin, aux termes de son article R. 421-23 : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément (), il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. / L'assistant () familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales () ".
5. Dans l'hypothèse où le président du conseil départemental envisage de retirer l'agrément d'un assistant familial après avoir été informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer si ces éléments sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime de tels comportements ou risque de l'être. Il lui incombe, avant de prendre une décision de retrait d'agrément, de communiquer à l'intéressé ainsi qu'à la commission consultative paritaire départementale les éléments sur lesquels il entend se fonder. Si la communication de certains de ces éléments est de nature à porter gravement préjudice aux personnes qui auraient alerté les services du département, à l'enfant concerné ou aux autres enfants accueillis ou susceptibles de l'être, il incombe au département non de les communiquer dans leur intégralité mais d'informer l'intéressé et la commission de leur teneur, de telle sorte que, tout en veillant à la préservation des autres intérêts en présence, l'intéressé puisse se défendre utilement et que la commission puisse rendre un avis sur la décision envisagée.
6. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre la décision en litige, Mme C fait valoir qu'elle ne peut plus exercer son activité et qu'elle est ainsi privée des revenus nécessaires à assumer les charges du foyer.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le retrait de l'agrément de Mme C est fondé sur l'existence de plusieurs informations préoccupantes pour des suspicions d'actes de maltraitance et de violences physiques et psychologiques sur les enfants accueillis, parmi lesquelles figurent plusieurs notes établies entre août 2023 et octobre 2024 provenant de psychologues, de membres de l'aide sociale à l'enfance, d'une référente éducative, d'une éducatrice spécialisée ainsi que des avis de la commission consultative départementale paritaire du 16 novembre 2023 et du 3 octobre 2024. L'ensemble de ces éléments permettent raisonnablement de penser qu'il existe un risque concernant la sécurité et la santé des mineurs susceptibles d'être accueillis au domicile de la requérante. Il s'ensuit que le conseil départemental de la Creuse établit, eu égard à l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, l'existence d'un intérêt public suffisant pour justifier le maintien de l'exécution des décisions contestées. Par suite, en l'état de l'instruction, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par Mme C sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.
10. Ces dispositions font obstacle aux conclusions de Mme C dirigées contre le conseil départemental de la Creuse qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du conseil départemental de la Creuse présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du conseil départemental de la Creuse présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C et au conseil départemental de la Creuse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
Le juge des référés, La greffière,
D. A M. B
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour la Greffière en Chef,
La Greffière,
M. B
cg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026