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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2402121

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2402121

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2402121
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Ghounbaj, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision d'assignation à résidence du 14 novembre 2024 prise par le préfet de la Haute-Vienne ;

3°) d'ordonner la fin de la mesure d'assignation à résidence et, par conséquent, l'interdiction de sortir du département de la Haute-Vienne ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de ce dernier à l'indemnité juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'autorité signataire de l'acte en litige était incompétente ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations écrites et de se faire assister par un mandataire de son choix ni d'interprète dans une langue qu'il comprend avant que ne soit adoptée la décision d'assignation à résidence ;

- la motivation de l'assignation à résidence repose seulement sur un renvoi à son impossibilité de quitter immédiatement la France car le laissez-passer consulaire n'est pas encore validé, ce qui n'est pas étayé et repose sur des éléments erronés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge du requérant la somme de 750 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature ;

- le principe du contradictoire a été respecté ;

- l'arrêté en litige est suffisamment motivé.

M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 18 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Siquier, première conseillère, en application des articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Siquier a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, déclare être entré en France sans visa en août 2023. Par un arrêté du 19 février 2024, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français et une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Par un nouvel arrêté du 14 novembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne l'a assigné à résidence sur la commune de Limoges pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter du lundi au vendredi à 11h au commissariat de police. M. B demande l'annulation de ce second arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 18 novembre 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, M. Laurent Monbrun, secrétaire général de la préfecture de la Haute-Vienne et signataire de l'arrêté en litige, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 27 octobre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n° 87-2024-177 du 28 octobre 2024, à l'effet notamment de signer " les arrêtés, décisions et actes pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il ressort de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative assigne à résidence un ressortissant étranger. Dès lors, les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne peuvent être utilement invoqués par M. B. Au demeurant, d'une part, il ressort du procès-verbal de vérification du droit de circulation ou de séjour de la direction interdépartementale de la police de l'air et des frontières de Toulouse, aéroport de Toulouse Blagnac que le requérant a été sollicité en vue de recueillir ses observations sur une éventuelle assignation à résidence et a seulement indiqué qu'il refuserait une telle mesure et, d'autre part, le requérant ne fait valoir aucun élément qui aurait pu conduire le préfet à prendre une autre décision. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. " et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". D'une part, si M. B excipe de ce que l'arrêté en litige est insuffisamment motivé, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté en litige est rendu au visa des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles L. 731-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 732-8, L. 733-1, L. 733-2, L. 733-4, L.814-1, R. 732-5, R. 733-1 et R. 733-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il apparaît suffisamment motivé en droit. D'autre part, le préfet de Haute-Vienne a mentionné la circonstance que M. B faisait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec interdiction de retour d'une durée d'un an, pris et notifié par le préfet de la Haute-Garonne le 19 février 2024 et a fait état de ce que son éloignement demeurait une perspective raisonnable puis, il relève que M. B est célibataire sans enfant et sans charge de famille et qu'il a résidé jusqu'à l'âge de 26 ans dans son pays d'origine où vivent encore ses parents et ses quatre sœurs, de sorte que l'arrêté en litige apparaît comme étant également suffisamment motivé en fait. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 14 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a assigné M. B à résidence doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais d'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 :Les conclusions de l'Etat tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4: Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

H. SIQUIER La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La greffière en chef,

La greffière,

M. C

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