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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2402263

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2402263

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2402263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOMOT-PINARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Gomot-Pinard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, l'a astreint à se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 8h30 au commissariat de police de Châteauroux et à ne pas sortir du territoire de la commune de Châteauroux sans autorisation de ses services ;

3°) de laisser la charge des dépens à chacune des parties.

Il soutient que :

- par sa nature même et les obligations de présentation prescrites, l'assignation à résidence prononcée à son encontre n'est ni nécessaire ni proportionnée ;

- l'arrêté du 4 décembre 2024 méconnaît l'article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 décembre 2024, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chambellant, conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-15 et R. 777-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C Chambellant a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1997, demande l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Indre l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Châteauroux pour une durée de quarante-cinq jours, l'a astreint à se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 8h30 au commissariat de police de Châteauroux et à ne pas sortir du territoire de la commune de Châteauroux sans autorisation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. / L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. / () / L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources ". M. B a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 10 décembre 2024 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en eu égard aux circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958 : " Nul ne peut être arbitrairement détenu. / L'autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi ".

4. Une mesure d'assignation à résidence prise sur le fondement l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne présente pas, par elle-même, le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni ne méconnaît les dispositions de l'article 66 de la Constitution. Cependant, il appartient à l'autorité administrative de retenir des conditions et des lieux d'assignation à résidence tenant compte, dans la contrainte qu'ils imposent à l'intéressé, du temps passé sous ce régime et des liens familiaux et personnels noués par ce dernier. Si la mesure d'assignation à résidence est susceptible d'inclure une astreinte à domicile, la plage horaire de cette dernière ne saurait dépasser douze heures par jour sans que l'assignation à résidence soit alors regardée comme une mesure privative de liberté, contraire aux exigences de l'article 66 de la Constitution, dans la mesure où elle n'est pas soumise au contrôle du juge judiciaire.

5. L'arrêté préfectoral du 4 décembre 2024 assignant M. B à résidence n'ayant ni pour objet ni pour effet de l'astreindre à son domicile pendant au moins douze heures par jour, elle ne constitue pas une mesure privative mais seulement une mesure restrictive de liberté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 66 de la Constitution du 4 octobre 1958 ne peut qu'être écarté comme inopérant.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : /() 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ;". Selon l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L.731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

8. En l'espèce, M. B soutient que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Toutefois, d'une part, il n'établit ni même n'allègue que les modalités de la décision portant assignation à résidence l'empêcheraient d'entretenir son enfant, par le biais de sa mère. D'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige, non contesté par le requérant, que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français de la Préfecture de la Seine-Saint-Denis du 17 octobre 2022 et a été condamné le 25 janvier 2022 par le tribunal judiciaire de Créteil à une peine d'interdiction du territoire français d'une durée de trois ans. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'éloignement de l'intéressé vers son pays d'origine ne constituerait pas une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui a pour seul objet de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, a porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni qu'elle méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, les moyens tirés de ce que la mesure d'assignation à résidence et les modalités de contrôle prévues par la décision attaquée seraient entachées d'une erreur d'appréciation et méconnaîtraient les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2024 du préfet de l'Indre présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761- 1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par M. B à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. A B, à Me Gomot-Pinard et au préfet de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024 à 14h00.

La magistrate désignée,

J. CHAMBELLANTLa greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La greffière en chef,

La Greffière,

M. D0 0cg

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