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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500054

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500054

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500054
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCUISINIER PIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Cuisinier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2025 par lequel le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter tous les jours de la semaine à 9 heures à la gendarmerie d'Argentat-Sur-Dordogne ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet de la Corrèze était territorialement incompétent pour l'assigner à résidence ;

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 8 janvier 2025 ;

- l'arrêté du 8 janvier 2025 est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il ne s'est pas vu remettre, préalablement à l'assignation, la documentation prévue par les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2025, le préfet de la Corrèze conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gazeyeff, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles R. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 16 avril 1989 à N'Zerekore (Guinée), a fait l'objet le 4 juillet 2024 d'un arrêté portant obligation de territoire. Dans le cadre de l'exécution de cette décision, le préfet de la Corrèze, par un arrêté du 8 janvier 2025, dont le requérant demande l'annulation, l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de quarante-cinq jours avec obligation de se présenter chaque jour de la semaine à 9 heures à la gendarmerie d'Argentat-Sur-Dordogne.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées, dans l'instance n° 2500054.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence () ".

5. Il ressort du dispositif de l'arrêté contesté que le lieu d'assignation à résidence de M. B est situé dans le département de la Corrèze. Par suite, en vertu de l'article R. 732-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Corrèze était territorialement compétent pour édicter la mesure d'assignation prononcée à l'encontre de M. B.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme Nicole Chabannier, secrétaire général de la préfecture de la Corrèze et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de ce département en date du 2 décembre 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial n°19-2024-12-02-00003 du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Corrèze () " à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en cause manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, l'arrêté du 8 janvier 2025 vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai prononcée à l'encontre de M. B le 4 juillet 2024. Il mentionne également que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, qu'il ne dispose pas de documents d'identité et de voyage, qu'une demande de laissez-passer est en cours auprès des autorités guinéennes et que M. B justifie d'une adresse au 1, Le Soustre à Saint-Bonnet Elvert. Par suite l'arrêté en litige est suffisamment motivé et le moyen ne peut qu'être écarté.

8. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté en litige telle qu'elle a été décrite au point précédent, que le préfet de la Corrèze n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

10. Les dispositions précitées imposent, notamment, que l'information qu'elles prévoient soit communiquée, une fois la décision d'assignation à résidence notifiée, au plus tard lors de la première présentation de l'assigné à résidence aux services de police ou de gendarmerie. Il en résulte que la circonstance que M. B n'aurait pas reçu l'information prévue par cet article est sans incidence sur la légalité de la décision d'assignation à résidence contestée, laquelle s'apprécie à la date d'édiction de la décision.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ". Selon l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

12. Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

13. Pour soutenir que le préfet de la Corrèze aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, M. B soutient qu'il vit habituellement en Seine-Saint-Denis. Toutefois, l'attestation du centre communal d'action sociale de Saint-Denis dont il se prévaut se borne à indiquer que l'intéressé bénéficie d'un accompagnement social au sein de la structure depuis août 2017, et ne saurait être regardée comme permettant de justifier du domicile de M. B. L'intéressé a par ailleurs déclaré lors de son audition par les services de la gendarmerie le 8 décembre 2024, être hébergé chez un ami en Corrèze. Par suite, et alors que M. B ne saurait sérieusement soutenir que le préfet de la Corrèze aurait dû prendre en compte, pour son lieu de résidence, le centre de rétention administrative de Bordeaux dans lequel il a été retenu entre le 8 décembre 2024 et le 8 janvier 2025, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Corrèze a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence dans le département de la Corrèze.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Si M. B fait état de la présence en France de ses deux enfants âgés de 6 et 11 ans, il ressort du procès-verbal de son audition par les services de gendarmerie le 8 décembre 2024 qu'il ne réside pas avec eux, alors que l'intéressé n'établit ni même n'allègue contribuer à leur entretien et leur éducation. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, dès lors que M. B ne fait état d'aucune autre circonstance susceptible de démontrer une atteinte au respect de sa vie privée et familiale, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a porté une atteinte disproportionnée à ce droit au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cuisinier et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

D. GAZEYEFF

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

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