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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500144

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500144

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFADIABA-GOURDONNEAU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges a été saisi par Mme A, ressortissante algérienne, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 1er octobre 2024 lui refusant un titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour un an. La requérante invoquait notamment une erreur de droit et une méconnaissance des stipulations de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 (article 7 bis b) et 6-5) ainsi que de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, celle-ci ayant été introduite dans le délai légal compte tenu de la demande d’aide juridictionnelle. Sur le fond, il a annulé l’arrêté préfectoral au motif que le préfet ne pouvait se fonder uniquement sur l’absence de visa long séjour pour refuser le titre, sans examiner la situation personnelle et familiale de l’intéressée au regard des stipulations de l’accord franco-algérien.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 26 janvier 2025 et le 27 février 2025, Mme B A, représentée par Me Fadiaba-Gourdonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et ce dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté du 1er octobre ;

- le préfet de la Haute-Vienne a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 7 bis b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le préfet ne pouvait se borner à lui opposer son défaut de visa long séjour ;

- l'arrêté du 1er octobre 2024 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par des mémoires enregistrés le 20 février 2025 et le 21 mars 2025 le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 750 euros à verser à l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-171 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante algérienne née le 17 février 1965, Mme A est entrée sur le territoire français le 9 novembre 2016. Le 31 octobre 2023, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au titre de ses liens personnels et familiaux en France. Par un arrêté du 1er octobre 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1 ". Aux termes de l'article L. 911-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. Sous réserve des troisième et avant-dernier alinéas du présent article, il statue dans un délai de six mois à compter de l'introduction du recours ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / () / 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; / 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. / () ". Selon l'article 56 du même décret : " La décision du bureau, de la section du bureau ou de leur président est notifiée à l'intéressé par le secrétaire du bureau ou de la section du bureau par lettre simple en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, et au moyen de tout dispositif permettant d'attester la date de réception dans les autres cas. () ". Aux termes de l'article 69 de ce décret : " Le délai du recours prévu au deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé. () ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressée de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle. Il en va ainsi quel que soit le sens de la décision se prononçant sur la demande d'aide juridictionnelle, qu'elle en ait refusé le bénéfice, qu'elle ait prononcé une admission partielle ou qu'elle ait admis le demandeur au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, quand bien même dans ce dernier cas le ministère public ou le bâtonnier ont, en vertu de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991, seuls vocation à contester une telle décision.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 1er octobre 2024 a été notifié à la requérante le 5 octobre 2024 et que l'intéressée a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 30 octobre 2024, soit avant l'expiration du délai de recours contentieux. La requérante a ensuite été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 décembre 2024. Ainsi, le délai de recours d'un mois prévu par les dispositions précitées a été prorogé à compter du 26 décembre 2024. Par suite, la requête de M. A, enregistrée le 26 janvier 2025 n'est pas tardive et la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de la Haute-Vienne doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. Aux termes de l'article 7 bis b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () b) A l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ; () ".

7. L'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour ce faire.

8. En l'espèce, pour refuser de délivrer à Mme A un titre de séjour en qualité d'ascendant de français, le préfet de la Haute-Vienne s'est exclusivement fondé sur la circonstance que Mme A ne disposait pas d'un visa de long séjour. Or, un tel motif n'est pas au nombre de ceux qui pouvaient légalement justifier un refus de délivrance de certificat de résidence en qualité d'ascendant de français. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un tel titre et, par voie de conséquence, des autres décisions contenues dans l'arrêté en litige.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Haute-Vienne procède au réexamen de la demande de titre de séjour. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de procéder à un tel réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à l'Etat sur ce fondement. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Fadiaba-Gourdonneau sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er octobre 2024 est annulé.

Article 2:Il est enjoint au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer la demande de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3:L'Etat versera à Me Fadiaba-Gourdonneau la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4:Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5:Ce jugement sera notifié à Mme B A, à Me Fadiaba-Gourdonneau et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Revel, président,

M. Boschet, premier conseiller,

M. Gazeyeff, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

Le rapporteur,

D. GAZEYEFF

Le président,

FJ. REVEL

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

Pour La greffière en chef,

La greffière,

M. Cjb

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