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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500484

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500484

jeudi 5 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de la Haute-Vienne lui refusant un titre de séjour pour raisons médicales et l'obligeant à quitter le territoire. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir, le tribunal a estimé que le refus de séjour n'était pas entaché d'illégalité, en se fondant sur l'avis du collège de médecins de l'OFII et en jugeant que l'état de santé de l'intéressé ne présentait pas de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il a également écarté le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2025, M. B A, représenté par Me Roux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et de travail d'un an et, à titre subsidiaire, de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 794 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier ayant renoncé à percevoir l'indemnité de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'alinéa 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision lui refusant le séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences et porte une atteinte disproportionnée au regard de son droit à la vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur des enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béalé a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né en 1973, déclare être entré en France le 27 août 2021. Le 27 juin 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 18 décembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ".

3. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il a sollicité, le préfet de la Haute-Vienne s'est notamment fondé sur l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 6 novembre 2024 aux termes duquel si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical établi le 9 septembre 2024 par Mme C, psychothérapeute, que le requérant souffrirait de " troubles anxieux et légèrement interprétatifs ". Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir que le défaut de prise en charge médicale de M. A serait de nature à emporter des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, que M. A, qui déclare être entré sur le territoire français le 27 août 2021, s'y est maintenu irrégulièrement. En outre, il a déclaré être célibataire et sans enfant. S'il invoque la présence de sa fratrie sur le territoire national, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, il ne justifie pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, ce alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Par suite, M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision contestée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 () ".

7. Si en application de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable notamment aux ressortissants algériens en l'absence de disposition de portée équivalente dans l'accord franco-algérien visé ci-dessus, le préfet est tenu, dès lors que la demande de séjour formée par un tel ressortissant relève d'une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code, de saisir la commission du titre du séjour, il n'y est tenu que pour le seul cas des ressortissants algériens qui remplissent effectivement les conditions prévues par l'accord franco-algérien auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non pour tous les demandeurs qui se prévalent de ses stipulations. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 et 5 ci-dessus que M. A ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour et qu'ainsi le préfet n'était pas tenu de réunir préalablement la commission du titre de séjour avant de statuer sur la demande de l'intéressé. Le moyen tiré d'un vice de procédure tenant au défaut de saisine de cette commission doit, dès lors, être écarté.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens soulevés par M. A à l'encontre de la décision du préfet de la Haute-Vienne rejetant sa demande de délivrance de titre de séjour n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit dès lors être écarté.

9. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5 et en tenant compte des conséquences spécifiques de la décision portant obligation de quitter le territoire, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2024. Ses conclusions en ce sens doivent, par conséquent, être rejetées, y compris celles aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

12. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative qu'une personne publique, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, ne saurait présenter une demande au titre de ces dispositions en se bornant à faire état d'un surcroît de travail pour ses services et sans se prévaloir de frais spécifiques exposés par elle en indiquant leur nature. Par suite, en se bornant à demander au tribunal qu'une somme de 750 euros soit mise à la charge de M. A au titre des frais de justice sans faire état précisément des frais que l'Etat aurait exposés pour défendre à l'instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Les conclusions du préfet de la Haute-Vienne tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Roux et au préfet de la Haute-Vienne.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Gazeyeff, conseiller,

- Mme Béalé, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.

La rapporteure,

J. BEALE

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

La Greffière en Chef,

A. BLANCHON

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