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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2501296

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2501296

vendredi 25 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2501296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAKAKPOVIE EKOUE DIDIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges annule l'arrêté du 4 juillet 2025 par lequel le préfet de la Corrèze a assigné à résidence M. A, ressortissant marocain faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le tribunal retient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en assignant l'intéressé à résidence en Corrèze, alors que celui-ci résidait dans le Puy-de-Dôme, sans tenir compte de ses déclarations. La décision est fondée sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. A dans un délai de sept jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2025, M. B A, représenté par Me Akakpovie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2025 par lequel le préfet de la Corrèze l'a assigné à résidence dans le département de la Corrèze pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis au commissariat de police de Tulle, 2 rue Anne Vialle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corrèze de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à percevoir la somme correspondant à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que l'assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne réside pas en Corrèze mais dans le Puy-de-Dôme.

Par un mémoire, enregistré le 23 juillet 2025, le préfet de la Corrèze a produit des pièces au dossier.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 9 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hélène Siquier, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles R. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né en 1992 à Errachidia, a fait l'objet le 31 juillet 2024 d'un arrêté du préfet de la Corrèze lui faisant obligation de quitter le territoire français. Dans le cadre de l'exécution de cet arrêté, le préfet de la Corrèze, par un arrêté daté du 4 juillet 2025, a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis au commissariat de police de Tulle. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 9 juillet 2025 sur laquelle il n'a pas été statué à la date du présent jugement. Il y a lieu, en application des dispositions mentionnées au point 2, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

5. En l'espèce, il ressort des deux procès-verbaux d'audition de M. A du 4 juillet 2025, le second étant produit par le préfet en défense, que ce dernier a déclaré à chaque fois résider 12 rue Gambetta à Issoire dans le département du Puy-de-Dôme. Le préfet, qui n'était pas présent à l'audience, n'apporte aucun élément de nature à démontrer que M. A ne résidait pas à cette adresse. Dès lors que le préfet n'a pas tenu compte des informations apportées par le requérant pour décider d'assigner à résidence M. A, notamment celles relatives à son lieu de résidence, le préfet de la Corrèze a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français ".

7. Le présent jugement n'implique pas que le préfet réexamine la situation du requérant mais seulement, en application des dispositions précitées de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont l'intéressé fait l'objet. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet de la Corrèze qu'il y soit mis fin à compter de la notification du présent jugement.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Akakpovie, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Akakpovie de la somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 4 juillet 2025 portant assignation à résidence de M. A dans le département de la Corrèze est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de mettre immédiatement fin aux mesures de surveillance prises à l'encontre de M. A.

Article 4 : L'Etat versera à Me Akakpovie une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Akakpovie renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Akakpovie et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2025.

La magistrate désignée,

H. D

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne

au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour La Greffière en Chef,

La Greffière,

M. C

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