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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2501787

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2501787

mardi 16 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2501787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantTIERNEY-HANCOCK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. A... B... visant à annuler l'arrêté préfectoral du 1er septembre 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. La juridiction a accueilli la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, estimant que la requête, enregistrée le 10 septembre 2025, était tardive. Le délai de recours contentieux de sept jours, prévu à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expirait le 8 septembre 2025 à minuit, et n'était pas susceptible de prorogation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 septembre 2025, M. D... A... B..., représenté par Me Tierney-Hancock, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 1er septembre 2025 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans.

Il soutient que l’arrêté du 1er septembre 2025 méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2025, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 750 euros au titre de l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens ne sont pas fondés.


Par ordonnance du 12 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 3 novembre 2025.


M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 19 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Gazeyeff a été entendu au cours de l’audience publique à laquelle aucune des parties n’était présente ou représentée.


Considérant ce qui suit :

1. M. D... A... B..., ressortissant tunisien né le 24 août 2001 à Djerba Houmt Souk (Tunisie), est entré en France en 2021 selon ses déclarations. Par un arrêté du 1er septembre 2025, le préfet de la Haute-Vienne l’a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans. Le requérant demande l’annulation de cet arrêté.


Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l’article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ». L’article L. 731-1 de ce code prévoit : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : /1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ». Aux termes de l’article L. 732-8 de ce code : « La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. » L’article L. 921-1 de ce code prévoit : « Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ». Selon l’article R. 921-3 de ce code : « Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévues aux articles L. 921-1 et L. 921-2 ne sont susceptibles d'aucune prorogation ».

3. Il résulte de l’ensemble des dispositions citées ci-dessus, qui traduisent l’objectif de célérité du législateur dans le traitement contentieux des mesures d’éloignement des étrangers faisant l’objet d’une mesure d’assignation à résidence dans la perspective de cet éloignement, que, si les délais de recours contentieux sont en principe des délais francs, le délai de contestation de sept jours prévu à l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui doit être regardé comme un délai non-franc, commence à courir le lendemain du jour de la notification et expire le dernier jour du délai à minuit.

4. Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté attaqué, ainsi qu’un arrêté d’assignation à résidence ont été notifiés à M. B... le 1er septembre 2025 à 12 heures 30 par un agent de la police nationale. Le délai de recours contentieux de sept jours fixé par l’article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelé par les mentions des voies et délais de recours de la notification de l’arrêté attaqué, expirait donc le 8 septembre 2025 à minuit. Par suite, les conclusions aux fins d’annulation de cet arrêté, présentées le 10 septembre 2025 sont tardives et la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie.


Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ». Aux termes de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : « (…) Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. (…) Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat (…) ».

6. Il résulte par ailleurs des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative qu'une personne publique, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, ne saurait présenter une demande au titre de ces dispositions en se bornant à faire état d'un surcroît de travail pour ses services et sans se prévaloir de frais spécifiques exposés par elle en indiquant leur nature. Par suite, en se bornant à demander au tribunal qu’une somme soit mise à la charge de M. B... au titre des frais de justice sans faire état précisément des frais que l’Etat aurait exposés pour défendre à l’instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur ce fondement.

D E C I D E :


Article 1er
:
La requête de M. B... est rejetée.

Article 2
: Les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3
:
Le présent jugement sera notifié à M. D... A... B... à Me Tierney-Hancock et au préfet de la Haute-Vienne.



Délibéré après l’audience du 2 décembre 2025 où siégeaient :

- M. Revel, président,
- Mme Béalé, conseillère,
- M. Gazeyeff, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2025.


Le rapporteur,

D. GAZEYEFF
Le président,

F-J. REVEL

La greffière,

M. C...




La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La Greffière,

M. C...






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